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    Severodvinsk

    L'explosion sur une plateforme maritime russe était-elle réellement un «mini-Tchernobyl»?

    © Sputnik . Oleg Kouleshov
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    Moskovski komsomolets
    Traduction de la presse russe (août 2019) (34)
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    Les cinq collaborateurs du Centre de recherche en physique expérimentale morts le 8 août à Severodvinsk ont été enterrés lundi avec tous les honneurs à Sarov.

    Un deuil de deux jours a été respecté dans la ville de Sarov après la mort de ses physiciens à l'oblast d'Arkhangelsk suite à l’explosion lors d’un essai.

    Ces chercheurs accomplissaient une mission d'importance nationale: ils testaient un moteur à réaction liquide avec une source d'alimentation à radio-isotopes. A un moment donné s'est produite une explosion avec un départ de feu qui a tué les cinq physiciens nucléaires et fait trois blessés, indique le journal Moskovski komsomolets. 

    Presque immédiatement après la tragédie se sont propagées des rumeurs concernant un «nouveau Tchernobyl»: l'explosion d'un réacteur nucléaire et la menace pour la population des régions voisines. Lundi, les collaborateurs du Centre et de l'agence nucléaire russe Rosatom ont expliqué au quotidien Moskovski komsomolets ce qui s'était passé.

    La tragédie s'est produite dans la région d'Arkhangelsk, dans les eaux de la mer Blanche, sur une plateforme maritime.

    Le groupe comprenait des spécialistes de haut niveau qui avaient déjà participé à de tels travaux: Alexeï Viouchine, 43 ans, un développeur talentueux d'équipements scientifiques, informaticien, Evgueni Korotaev, 50 ans, ingénieur numérique, Viatcheslav Lipchev, 40 ans, ingénieur-essais, Sergueï Pitchouguine, 46 ans, ingénieur-essais, et Vladislav Ianovski, 71 ans, chef du département de recherche et d'essai de l'institut. Il faisait partie des spécialistes les plus expérimentés du centre nucléaire, où il avait travaillé pendant 47 ans. Cet employé émérite de l'industrie atomique avait reçu plusieurs récompenses ministérielles. 

    «Une succession de hasards tragiques, d'incertitudes. A partir d'une analyse préliminaire nous avons vu qu'ils (les défunts) s'étaient battus pour reprendre la situation en main. Mais, malheureusement, ils n'ont pas réussi», a déclaré à chaud le directeur du centre Valentin Kostioukov.

    Le département des communications de la compagnie publique Rosatom a précisé à MK qu'après les essais s'était produite une inflammation du combustible de missile suivie d'une explosion, qui a projeté plusieurs collaborateurs dans la mer. Les recherches ont continué tant qu'il restait un espoir de retrouver des survivants.

    Les essais sur la plateforme

    D'après le directeur scientifique du Centre de recherche en physique expérimentale, Viatcheslav Soloviev, les recherches et les élaborations étaient menées au profit du ministère de la Défense dans le cadre d'un programme de recherche du Centre nucléaire de Sarov.

    «L'un des domaines de recherche porte sur la création de sources d'énergie compactes utilisant des matériaux radioactifs fissiles», a-t-il déclaré dans un communiqué officiel du Centre. Il a indiqué également que de telles élaborations étaient menées à l'étranger: «Des chercheurs américains ont testé un réacteur nucléaire compact d'une puissance de plusieurs kilowatts.»

    Ses propos concernant le réacteur avaient suscité la panique sur les réseaux sociaux. En réalité, dans le cas de la Russie, il s'agissait d'essais d'un moteur à réaction de départ à combustible solide. Ce dispositif ne peut pas être qualifié de réacteur parce que son énergie principale est électrique, alimentée par la chaleur d'une source à radio-isotopes.

    Les conséquences éventuelles de l'explosion

    Les autorités locales ont informé les habitants des villages voisins, dans les premières heures après la tragédie, qu'une brève hausse de la radiation s'était produite. L'information a été confirmée par le directeur adjoint du Centre de recherche en physique expérimentale Alexandre Tchernychev, membre de l'Académie des sciences de Russie, qui a ajouté que cette hausse avait également été enregistrée à Severodvinsk, située à 30 km du lieu de la catastrophe.

    «Nous avons établi par des mesures directes à Sevmach (chantier naval - ndlr) que la hausse de la radioactivité était du double par rapport aux mesures habituelles et avait duré moins d'une heure. Ni nos experts ni les experts extérieurs n'ont constaté de pollutions radioactives résiduelles», a rassuré le chercheur. 

    «L'accident n'était pas lié à la radioactivité», a déclaré le professeur Gueorgui Tikhomirov, directeur adjoint de l'Institut de physique nucléaire et de technologies de l'université nationale de recherche nucléaire MEPhI (Institut d'ingénierie physique de Moscou), docteur ès sciences mathématiques et physiques.

    Selon lui, les essais étaient menés sur un dispositif dont les systèmes étaient alimentés par des sources d'énergie similaires aux générateurs thermoélectriques à radio-isotopes (GTR) utilisés dans l'industrie spatiale.

    Tir d'un missile antibalistique russe depuis un polygone du ministère russe de la Défense
    © Sputnik . Press service of the Ministry of Defence of the Russian Federation
    «Les GTR utilisent des éléments radioactifs compactés et basés sur des isotopes radioactifs non volatils», a expliqué le physicien nucléaire. Et d'ajouter qu'une brève émission de faibles doses de radiation pouvait être provoquée par un endommagement des sources radioactives. 

    «Étant donné que la radiation est diluée par de grandes masses d'air et que les mesures ultérieures n'ont montré aucun excès, cela témoigne d'une faible émission de radiations lors de l'incident», a noté Gueorgui Tikhomirov.

    Ce dernier a souligné qu'aujourd'hui les services de surveillance radioactive travaillaient sur l'ensemble du territoire de la Russie et du monde, qu'ils auraient enregistré tout excès et l'auraient rapporté. Il a jugé «déplacée» la comparaison, dans les médias et sur les réseaux sociaux, de cet incident avec un «mini-Tchernobyl». Le fait est que dans un réacteur nucléaire d'une centrale se déroule une réaction de chaîne de fission, une grande quantité d'énergie est émise et se trouve une grande masse de matières radioactives, de combustible et de produits fissiles. Alors que les GTR emploient des sources à faible quantité d'isotope radioactif. 

    «Suite à l'explosion, l'onde de choc a détruit l'hermétique de la source d'isotope. Les personnes à proximité auraient pu recevoir une certaine dose de radiation. Mais je souligne que c'est un incident local et qu'il ne peut rien y avoir de sérieux du point de vue des conséquences radioactives», a déclaré l'expert. 

    Faut-il que les habitants des communes voisines consomment de l'iode?

    «Nous ne disposons pas d'informations détaillées sur la source utilisée dans l'accident de la région d'Arkhanguelsk, mais nous savons tout du point de vue de la sécurité de la population. Le fond radioactif est très bas, et il a très peu augmenté, c'est-à-dire que la hausse du fond radioactif en une heure et demie a apporté une dose de rayonnement supplémentaire de 1 microsievert. C'est mille fois inférieur à la dose de 1 millisievert, qui équivaut au niveau autorisé de radiation de la population en un an. La dose obtenue d'un rayon X est largement supérieure. La hausse constatée est cent fois inférieure au rayonnement reçu lors d'un vol en avion», déclare Leonid Bolchov, directeur de l'Institut du développement sûr de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Russie.

    Il est normal qu'avec l'apparition d'informations comportant des termes comme «radiation» et «fond accru», les habitants s'inquiètent et achètent de l'iode. Mais en l'occurrence le «mini-Tchernobyl» n'est pas factuel mais médiatique. Pas besoin d'iode, donc.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit en français.

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    Traduction de la presse russe (août 2019) (34)

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