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    Qui pourrait tuer le Bitcoin?

    © Sputnik . Evgeny Biyatov
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    Traduction de la presse russe (août 2019) (54)
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    Il est aujourd’hui difficile de s’imaginer le marché de l’argent numérique sans sa monnaie principale. On a l'impression que le Bitcoin a déjà prouvé sa consistance et qu’il existera toujours, mais ce n’est pas tout à fait le cas.

    L’offre est strictement limitée par le nombre de pièces, soit 21 millions de Bitcoins. Plus de 80% ont déjà été émis, et la dernière pièce sera obtenue approximativement en 2140. A première vue, la première monnaie numérique du monde a donc encore au moins 120 ans d’existence tranquille. La réalité est pourtant plus compliquée, écrit le quotidien RBC

    Selon une étude menée par la société BitFlyer dans plusieurs pays européens, plus de la moitié des personnes sondées estiment que le Bitcoin disparaîtra dans un avenir proche. Ainsi, 55% affirment que la principale monnaie numérique du monde cessera d’exister d’ici 2029 - sans nommer les raisons de cette disparition apparemment inévitable du Bitcoin. Il existe cependant des dizaines de théories sur les causes éventuelles de la mort de la première cryptomonnaie, absurdes et peu probables ou réellement possibles.  

    Les interdictions des régulateurs et des autorités

    Un groupe de travail du gouvernement indien a proposé fin juillet d’introduire une interdiction totale des cryptomonnaies dans le pays. Le minage, le stockage, la vente, la transmission et l’émission des pièces numériques pourraient ainsi se solder par une amende de 250 millions de roupies (environ 3,63 millions de dollars) et une peine de six ans d'emprisonnement. On ne sait pas pour l’instant si le projet de loi sera adopté par les autorités, mais son entrée en vigueur pourrait baisser la valeur de la cryptomonnaie. Toutefois, on doute que cela puisse entraîner un effondrement total de l’industrie numérique. Suite à l’interdiction récente des achats et des ventes de Bitcoin en Iran, on n’a constaté que des fluctuations peu importantes des prix. La même tendance a été ensuite enregistrée en Afghanistan, au Maroc, en Algérie, au Bangladesh et en Bolivie.

    Dans tous les cas, les positions du Bitcoin pourraient être considérablement ébranlées par des interdictions éventuelles dans les pays influents sur le marché des cryptomonnaies, par exemple en Amérique ou en Chine. Un rassemblement de tous les États contre le Bitcoin pourrait constituer un coup encore plus dur, mais il semble peu probable compte tenu d’un grand nombre d'États favorables à l’industrie numérique. Qui plus est, les interdictions ne font souvent qu’attiser l’intérêt des utilisateurs qui recherchent des moyens de plus en plus complexes de contourner les sanctions et les lois.  

    Le piratage

    Le Bitcoin se base sur l’algorithme Proof-of-Work utilisé pour confirmer les transactions et créer les nouveaux blocs. Un utilisateur possédant une capacité de calcul plus importante pourrait trouver plus de blocs et donc obtenir une rémunération plus importante. Si plus de la moitié des capacités du réseau se retrouvaient entre les mêmes mains, cela pourrait compromettre son fonctionnement.

    La possibilité de «l’attaque 51%» a été mentionnée dans le White paper de la première cryptomonnaie. Satoshi Nakamoto écrivait que si la majorité des nœuds CPU était contrôlée par les mineurs privés, la croissance de la chaîne serait plus rapide et dépasserait les autres chaînes de blocs. Afin de modifier les données du bloc précédent et le fonctionnement des autres nœuds, un attaquant devrait déployer énormément d’efforts. Dans tous les cas, l’attaque 51% reste en théorie le moyen le plus efficace de détruire le Bitcoin.

    Jimmy Song, concepteur de projets dans le domaine des cryptomonnaies, a expliqué en janvier sur sa page sur Twitter pourquoi il serait très difficile d’organiser une attaque 51% contre le réseau BTC: à ces fins, il est nécessaire non seulement d'avoir un nombre suffisant d'ASIC pour s'emparer du hashrate, mais aussi de trouver une source d’énergie suffisante pour tous ces équipements. Qui plus est, une telle attaque deviendra de plus en plus coûteuse avec le temps et la croissance du hashrate.   

    La mort de l’industrie du minage

    Cet été, quand le cours de la première cryptomonnaie s’est approché de la barre des 10.000 dollars, l’activité des mineurs du réseau BTC a atteint son pic historique de 65,19 Th/s. En 2018, suite à un effondrement rapide du Bitcoin, les principaux producteurs d'équipements de minage avaient annoncé des pertes colossales et l’arrêt de leur activité.

    Ainsi, le producteur de cartes graphiques et de puces Nvidia a annoncé que la période de la demande maximale des GPU de minage était déjà révolue. Selon les calculs de l’entreprise, les revenus des ventes auraient dû se réduire à 100 millions de dollars, alors qu’ils ont chuté en réalité à 18 millions de dollars. A cause de l’effondrement du marché des cryptomonnaies, la production de cartes graphiques de minage non seulement n’apportait aucun bénéfice, mais causait aussi des pertes.

    Ainsi, on a déjà prouvé qu’une chute des cours du Bitcoin pouvait porter préjudice à l’industrie du minage. On ne sait pas si l’inverse est également correct.     

    La prise du Bitcoin par les géants numériques

    Les éventuelles manipulations du cryptomarché par les acteurs majeurs sont débattues très activement et depuis longtemps. Il existe beaucoup de théories concernant leurs moyens d’influencer le cours du Bitcoin, L’une des tactiques les plus populaires de contrôle du marché est la suivante: un grand acteur vend une somme importante de cryptomonnaie pour un prix inférieur à celui du marché, cette initiative suscite la panique et la chute du cours, après quoi l’initiateur achète les actifs pour un prix très avantageux en obtenant un bénéfice considérable. Ce cycle pourrait se répéter plus tard. Est-ce que ces acteurs majeurs ont assez d’influence pour détruire le Bitcoin? Personne ne le sait.

    Certains estiment que l’acteur le plus important est Satoshi Nakamoto, créateur du Bitcoin. Selon des informations non-confirmées, il détient non seulement un million de pièces (pratiquement 6% de leur nombre actuel), mais a aussi un moyen de détruire le BTC. Dans tous les cas, beaucoup de spécialistes considèrent cette histoire du type «je t'ai donné naissance, je causerai ta fin», incarnée par Satoshi Nakamoto, comme un mythe.

    Une menace plus réaliste réside dans le prochain lancement de Bakkt, une plateforme globale et régulée pour les échanges d'actifs numériques. Les uns attendent cet événement avec espoir, alors que les autres nourrissent des craintes considérables. Certains indiquaient encore en 2018 que ce service ne se solderait pas par une révolution dans l’industrie numérique, mais par la prise du Bitcoin par les investisseurs institutionnalisés. 

    Le 19 septembre 2018, dans le contexte des informations sur le futur lancement de Bakkt, des représentants inquiets du marché des cryptomonnaies ont envoyé à la Securities and Exchange Commission une lettre évoquant les dangers du règlement incorrect de l’introduction corporative du Bitcoin pour la technologie-même. Les auteurs estiment que si Bakkt maintenait tous les fonds sur un seul compte et les utilisait pour octroyer les crédits et les investissements, cela pourrait mêler les fonds des débiteurs et des créanciers. Une situation similaire a été constatée au cours de la crise financière de 2007-2008. Qui plus est, l’accumulation des Bitcoins sur un seul compte pourrait multiplier les risques de piratage, torpiller la décentralisation et engendrer l’effondrement de la première cryptomonnaie.

    Parmi les théories les plus absurdes sur la mort du Bitcoin, on peut citer notamment la coupure d’internet dans le monde entier, une cyberguerre mondiale ou la destruction des BTC par les Altcoins. Quelles répercussions faut-il attendre en cas de disparition de la première cryptomonnaie? Cette question devient de plus en plus pertinente d’année en année. Néanmoins, il serait probablement plus important de comprendre ce qui arriverait si le Bitcoin persistait. 

    L’utilisateur de Reddit Luka Magnotta a publié il y six ans une lettre venue de l’avenir. Il s’agit d’un message de 2025, année où le cours de la première cryptomonnaie dépassera un million de dollars. La plupart des pièces numériques se trouveront entre les mains d’une poignée de personnes qui ont créé de véritables villes pour se protéger eux-mêmes et les mineurs. Les États ne contrôleront plus les impôts, la croissance ralentira, alors que les groupes terroristes feront la chasse aux cryptomilliardaires. Le monde sera plongé dans le chaos et le seul moyen de le sauver sera de détruire la première cryptomonnaie.

    Il nous reste encore six ans avant 2025: énormément d’événements peuvent encore se produire pendant cette période. Et même si on doute actuellement que le cours du Bitcoin puisse atteindre un million de dollars, un tel scénario n’est pas totalement invraisemblable.  

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur de l'article repris d'un média russe et traduit en français.

    Dossier:
    Traduction de la presse russe (août 2019) (54)
    Tags:
    Satoshi Nakamoto, cryptomonnaie, bitcoin
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