Débat Fillon-Juppé, le poids de l’ennui, le choc des paupières

Désaccord majeur
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Débat sans éclat entre François Fillon et Alain Juppé à l’approche du second tour des primaires de droite. 8,5 millions de téléspectateurs l’ont pourtant suivi dont nos confrères de la presse. Qu’en ont-ils pensé ? Extraits choisis.

Ahh, on s'est bien fait suer ! Moi qui attendais un bon match entre Fillon et Juppé, j'en ai été pour mes frais. Entre l'énarque apathique et le notable de province grisonnant, la castagne n'a pas été au rendez-vous, c'est le moins que l'on puisse dire. Comme l'écrivent justement nos confrères de Match, je cite, « La France profonde contre l'alternance molle ». Pas très excitant, tout ça !

​Mais bon, avec 8,5 millions de téléspectateurs, au moins, c'est France2 et TF1 qui sont contents. Alors parmi eux, il y a ceux que ça intéressaient vraiment, ceux qui n'avaient rien de mieux à faire de leur soirée, ceux qui cherchent désespérément quoi dire aux collègues devant la machine à café le matin et ceux qui étaient bien obligés, comme moi, de se fader le débat parce qu'ils devaient en parler le lendemain, bref, mes confrères de la grande et la petite presse. Tiens, en passant, je le compte en heures sup', le visionnage du débat ?

​Mais est-ce qu'on a tous regardé la même émission ? Allez, on continue la revue de presse pour voir :

Bon, donc sur le côté ch… aseptisé du débat, tout le monde est à peu près d'accord, ça nous donne des trucs comme ça : « Fillon-Juppé, un dernier débat tendu, mais courtois », pour RFI.

​Ou encore « Après les escarmouches, les fleurets mouchetés », pour Le Midi libre.

​Bref, un « débat à la loyale » synthétise l'AFP, un brin déçue, comme nous tous.

Bon, OK, donc, nos deux candidats ont soigneusement évité les noms d'oiseaux, ont comparé leurs programmes sérieusement, comme deux bons élèves appliqués qui récitent bien leur leçon, courtoisement… voire plus si affinités ?

J'ai l'impression d'avoir été le seul que ça choque, mais entendre Juppé et Fillon se tutoyer, se donner du François et du Alain à tout bout de champ… comment dire ? Bien sûr, ils se connaissent depuis 40 ans, il fallait calmer le jeu, mais là, ça faisait tout de même un petit peu trop copinage, blanc Fillon et Juppé blanc, ça ne donnait même pas envie de continuer à les écouter, pour tout vous dire… 

Rassurez-vous, on a quand même trouvé quelques points saillants dans ces échanges, à chacun selon ses petites obsessions. On a donc L'Obs qui s'est focalisé sur… Clovis !

​Ben oui, parce que Fillon en a marre que « Dans les livres aujourd'hui, on enlève Clovis, Jeanne d'Arc, Voltaire, et même Rousseau ! » Pour lui, « Les programmes d'histoire sont rédigés par des idéologues » et si ça continue, il faudra que ça cesse, la repentance et la culpabilisation ! En passant, François, Clovis est bien au programme de primaire ! Pour Juppé, « L'histoire, ce n'est pas un récit, un roman, c'est une science ». Bon, pour Juppé, à peu près tout peut se résoudre par l'intervention d'un expert, ce n'est pas un crâne d'œuf pour rien.

Crâne d'œuf qui a bien essayé de nous tirer quelques larmichettes en récitant ses éléments de langage sur la polémique dont il fait l'objet pour ses liens avec l'islamisme plus ou moins radical. Éléments de langage ? Si vous trouvez que j'exagère, regardez les vidéos, les citations de presse, j'ai déjà entendu le même discours au mot près au moins trois fois avant ce débat.

Donc, Alain Juppé se plaint qu'on l'appelle « Ali Juppé » et le « bouclier de l'Islam ». Une campagne qui lui « a fait beaucoup de mal », pleurniche « le meilleur d'entre nous », ce qui n'a pas échappé à nos confrères de l'Express : « "Ali Juppé", "homophobe"… Les candidats s'attaquent sur les rumeurs »

​Alors, sur l'homophobie de Fillon, je ne sais pas si vouloir encadrer l'adoption par des couples homosexuels et interdire la GPA est homophobe, mais sur les liens entre Juppé et les Frères musulmans, je vous rappelle que ce ne sont pas que d'horribles fachos qui le disent, mais bien des musulmans eux-mêmes. Parmi eux, Mohamed Louizi, ancien frère musulman et auteur du livre « Pourquoi j'ai quitté les frères musulmans » évoquait l'affaire à notre micro

Et ça nous fait une belle transition vers l'international. Amer et lucide, Euractiv, un site consacré à l'Union européenne, constate que « La Russie [est] plus présente que l'Europe dans le débat Fillon-Juppé »

​Pas faux. Nos confrères de RT se félicitent que « François Fillon veut sortir de la logique des blocs et de la guerre froide ».

​Quant au site français de Sputnik, il prend un malin plaisir à relever que pour Fillon, « La politique de Hollande à l'égard de la Russie est absurde »

​On n'allait pas louper ça, vous vous en doutez, même si sur le fond, les deux ex-Premiers ministres divergent finalement assez peu sur notre employeur, Poutine.

Enfin, le moment ou on a failli se marrer, c'est quand les journalistes ont demandé aux débatteurs leurs fiertés et leurs regrets : Juppé nous sort qu'il a beaucoup de regrets, avant de rétropédaler dans la semoule : « En fait, pas tant que ça… Je vais réfléchir à votre question. »

Fillon, qui semblait avoir préparé la question-piège, façon entretien d'embauche, a sorti du tac au tac : « Avoir mis autant de temps à convaincre. »

Ça n'a pas échappé à l'Express, qui titre : « Fillon laisse Juppé seul avec ses "regrets" »

​Ça nous laisse avec les nôtres, ceux d'avoir cru que ce débat pourrait un peu aller au fond des choses.

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débats, Présidentielle française 2017, Alain Juppé, François Fillon, France
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