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    Désaccord majeur

    De quand le réveil des peuples date-t-il ?

    Désaccord majeur
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    Edouard Chanot
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    Pour notre chroniqueur Edouard Chanot, il essentiel de dater la révolte des peuples à laquelle nous assistons. Ainsi pourrions-nous comprendre qu’elle est un phénomène européen, et non anglo-saxon.

    On parle de France ou d'Amérique périphérique, de populismes, de révolution conservatrice, de réveil des peuples. Du Brexit à Donald Trump ou Marine Le Pen, et jusqu'à Rodrigo Duterte en Asie, le phénomène est maintenant évident, il est totalement impossible de le nier, même si bien sûr certains s'en lamentent.

    Comme le socialisme fut au XIXème la réponse au libéralisme industriel, l'enracinement est au XXIème siècle siècle la réponse au libéralisme-libertaire. Réponse à l'agressivité de l'universalisme émancipateur, au « doux commerce » mondialisé, qui entendait apaiser les mœurs mais s'attaque en réalité au monde en mondialisant les rapports d'hostilité.

    Cela étant dit, il ne s'agit pas ici de disserter sur ce constat. Nous voudrions aujourd'hui poser une question : de quand ce réveil des peuples date-t-il ?

    L'élection de Trump, le 9 novembre 2016 ? Le Brexit, le 23 juin 2016? Ces deux dates sont en effet essentielles, ce choc provient des pays jusque-là exportateurs de la vision du monde que nous venons de critiquer. Et puis parler du 9 novembre 2016, c'est très symbolique, c'est l'écho du 9 novembre 1989 et de la chute du mur comme le faisait remarquer Alain de Benoist. Un cycle de 27 années, de déploiement du néolibéralisme sous la Pax Americana…

    Le polémiste Eric Zemmour écrivait d'ailleurs au lendemain du Brexit que nous vivions « une nouvelle Révolution poussée par les vents d'Ouest. Mais une contre-révolution ». Ainsi serions-nous influencés, et cela serait en accord avec la tradition révolutionnaire depuis le XVIIIème siècle, par le monde anglo-saxon. Mais sans doute a-t-il tort… au moins géographiquement.

    Une pluralité de figures autonomes

    En théorie, la réaction n'est pas chose neuve. Le très sulfureux Carl Schmitt l'écrivait en 1943, en pleine seconde guerre mondiale : « Face à l'unité globale de l'impérialisme planétaire, capitaliste ou bolchevik, se lève une pluralité de grands espaces concrets et pleins de sens. La lutte est une lutte pour (…) savoir si l'avenir permettra ou non la coexistence d'une pluralité de figures autonomes. »

    Qu'exprimait-il ici ? Simplement un plaidoyer pour un monde multipolaire, seule alternative face aux prétentions d'une domination aussi unique qu'universaliste. Un plaidoyer pour un monde multipolaire, donc… il y a 73 ans.

    Et rappelez-vous : qui furent les héritiers de cette doctrine, après la Seconde Guerre Mondiale ? Qui donc la mit en pratique ? Eh bien le tiers-monde, ou plutôt les non-alignés de 1956 : Nasser, Tito et Nehru. Et les dirigeants contemporains susmentionnés, aussi imparfaits peuvent-ils être, se situent aussi dans cette tendance et dans cette volonté de défendre des espaces porteurs de sens et des particularités historiques et, peut-être dirions-nous même, spirituelles.

    Une frange du peuple français a d'ailleurs exprimé cela dès 2002, en portant le pour le moins controversé Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l'élection présidentielle, puis par le NON retentissant de 2005 contre le traité établissant une constitution pour l'Europe… alors que l'Amérique en était encore à préparer une invasion du Moyen-Orient. Ainsi, notre pays n'est-il pas à la traine du monde anglo-saxon… Mais nous ne voulons pas ici faire de la France la mère de cette révolution.

    En fait, la date qu'il nous faudrait peut-être retenir est le 9 août 1999. Que s'est-il passé ce jour-là ?

    Le 9 août 1999

    Vladimir Poutine est devenu Président du gouvernement russe, par intérim. Il l'est devenu effectivement au Printemps suivant. Alors bien entendu, Poutine est davantage un tsar qu'un populiste, mais l'essentiel n'est pas là : il s'agit du premier dirigeant, du premier politique, à avoir incarné et exprimé le refus de la promesse libérale et une certaine fierté nationale, c'est-à-dire un certain enracinement, en brisant l'oligarchie corrompue et corruptrice des années 90.

    On va me dire que je ne suis guère objectif. Pourtant, cette date nous permet de comprendre, dans l'absolu, que la révolte nous vient des confins orientaux des terres européennes… et non du grand large occidental.

    Tags:
    Brexit, Rodrigo Duterte, Donald Trump, Marine Le Pen, Asie, Europe, France, États-Unis
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