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    Multiculturalisme : « non, vous ne ferez pas de moi un homme nouveau »

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    « Le métissage est en marche ! » se réjouissent les idéologues de l’anti-racisme. Pour notre chroniqueur Edouard Chanot, l’antiracisme et l’idéologie du métissage ne pourront tenir leurs promesses.

    Il s'agit d'un sujet difficile en lui-même, et encore davantage alors que nous sommes confrontés à une crise migratoire. J'espère, chers auditeurs, que vous excuserez un peu de subjectivité.

    On m'a rappelé ce matin le bon souvenir de mon professeur de philosophie de terminale. Rendant un jour sa copie à un élève, qui avait écrit en substance que le monde se portera mieux une fois métissé, ce cher Monsieur Hilaire — qui a tenté une année durant de nous faire comprendre l'allégorie de la caverne — avait simplement soupiré « comment pouvez-vous écrire cela ?  ». Et pas davantage, car Monsieur Hilaire était aussi indulgent que vieillissant — ma classe l'avait sans doute déjà assez pourvu en cheveux blancs. Mais peut-être ai-je acquis de lui, moi, « jeune Français de sang mêlé », la conviction de l'aberration logique, de la naïveté confondante du rêve multiculturaliste.
    Alors à mon tour, j'ai soupiré en lisant Luc Gruson sur le site de France Culture :

    « La France est le pays d'Europe avec le plus de mariages mixtes français et étrangers. Nous avons une tradition d'accueil de plus de deux siècles qui est très ancrée chez nous contrairement à ce qu'en disent les politiques et les média. Le métissage est en marche !  »

    L'article porte sur l'action culturelle en direction des migrants, mais Gruson y est cité pour des propos sur les mariages mixtes. Sans doute ne peut-on pas reprocher aux partisans des mélanges de tout mélanger allégrement… Luc Gruson est un fonctionnaire de la cause multiculturelle, l'ancien directeur du musée de l'immigration et l'auteur d'un rapport ministériel sur l'intégration culturelle des migrants; il est chargé, depuis, d'une mission en ce sens.

    Gruson empile dès lors les illusions : peut-être la France est-elle en tête des mariages mixtes — 15 % des mariages célébrés en sont. Mais peut-être oublie-t-il qu'une part significative d'entre eux concerne des binationaux ou des Français de fraîche date, omettant dès lors que de tels mariages pourraient être un signe de non-intégration, et que notre pays fut un pays d'émigration — natalité aidant — avant d'être une terre d'accueil.

    Une volte-face radicale

    Ainsi exprime-t-il la doxa aujourd'hui au pouvoir, doxa tout aussi omniprésente. Des photos United Colors of Benetton des années 90 aux concours Miss France de 2016 — qui a vu 4 métisses sur 5 finalistes… nous avons assisté à une dynamique antiraciste, à une volte-face radicale entre deux idéologies.

    L'antiracisme se voulait la réaction face au totalitarisme nazi ou simplement face aux nationalismes, habilement assimilés l'un à l'autre. Soulignons au passage que les raciologues nazis comme Hans Günther ne rejetaient pas nécessairement le fait que les peuples d'Europe aient été métissés. Ils voulurent cependant purifier scientifiquement la race germanique, assurer le destin nordique d'un homme nouveau. Le modernisme parvint ainsi à caricaturer l'enracinement. D'autres pays n'étaient pas en reste non plus : aux États-Unis, le mariage interracial était prohibé dans dix-sept États jusqu'en 1967.

    « Une société est raciste ou ne l'est pas. Il n'existe pas de degrés du racisme », assènera Franz Fanon, donnant le La de la traque au racisme supposé omniprésent au sein de peuples occidentaux jugés coupables.

    « Le métissage est en marche ! » déclare aujourd'hui triomphant Luc Gruson, avec cet enthousiasme propre aux obsédés du progrès en cours, du sens de l'histoire, de l'« eschatologie immanente », c'est-à-dire de la création d'un paradis terrestre par un homme se jouant des dieux et jouant à Dieu. Une course éperdue issue d'une pure construction intellectuelle, d'une vision esthétique, mais imprudente du monde, allant de pair avec l'abolition des frontières et des particularismes culturels.

    L'idéologie du métissage a caricaturé, érigé en dogme, un fait marginal qui traverse l'histoire des peuples européens. L'idéologie du métissage est devenue une véritable profession de foi qui, encore une fois, pardonnez cette subjectivité, est profondément dérangeante pour le métis que je suis.

    On nous promet encore un avenir radieux dans lequel s'épanouirait un homme nouveau. Plutôt d'ailleurs une femme nouvelle, plus séduisante pour les esprits récalcitrants — elle pourra être blonde aux yeux bleus, mais cette fois avec la peau mate.

    L'illusion de l'homme nouveau

    Bien sûr, le métissage est en partie naturel pour un pays comme le nôtre, ouvert de moitié vers le large et par son autre moitié vers le continent. Émancipation et enracinement sont, comme pour d'autres, une tension constante. Mais tâchons au moins de distinguer cet état de fait d'un antiracisme qui se révèle, chaque jour davantage, comme l'exact excès opposé du racisme d'Etat.

    Un grand, un gigantesque retournement se nourrissant de l'épuisement d'un peuple autochtone voulant en finir avec lui-même, se voulant Un avec l'Autre — A majuscule — Autre perçu comme un tout homogène et identique (Mathieu Bock Côté), ou aveuglé par « l'idéologie du Même » (Alain de Benoist), c'est-à-dire par un universalisme égalitariste poussé à son paroxysme, destructeur des innombrables spécificités humaines.

    Un gigantesque retournement, totalitaire dans son essence malgré son apparente douceur, car désireux de contrôler l'intimité des sentiments et de la procréation.

    Mais l'antiracisme et l'idéologie du métissage ne pourront tenir leurs promesses. Nietzsche a décrit à merveille la tension interne, inhérente à l'être métissé issu des périodes de dilution, tension que la société dans son ensemble ne manquera pas de réfléter. Ainsi, les libertaires voudraient-ils créer un être émancipé de ses attaches, aussi destructeur que déraciné, rouage aussi consentant que parfait pour une machine capitaliste et libérale qui prospère sur l'individualisme nomade.

    Non, chers antiracistes, vous ne ferez pas de moi un homme nouveau.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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