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    Désaccord majeur

    Présidentielle 2017 : « Le système médiatique tient encore les esprits »

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    Edouard Chanot
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    Notre chroniqueur Edouard Chanot analyse les raisons de la défaite de la droite française au lendemain du premier tour.

    Élimination des partis « de gouvernement » et échec de la droite dans son ensemble. Le système médiatique tient encore les esprits. Il est capable de propulser un jeune premier, de rendre à la mode le néant.

    Le néant d'un banquier de 39 ans qui n'avait pas pensé notre guerre contre le terrorisme islamique avant l'attaque des Champs-Élysées.

    Le néant d'un énarque lancé par François Hollande, qui a recyclé les vieux caciques du système, de Cohn-Bendit à Jacques Attali en passant par Pierre Bergé, rajeunis par le maquillage requis sur les plateaux télévisés.

    Le néant d'un jeune homme qui, sous ses airs de trentenaire, ressasse la doxa libérale-libertaire du dernier demi-siècle, oubliant l'insécurité culturelle et accusant son pays de crime contre l'Humanité.

    Pour la droite, c'est la Bérézina. Sa responsabilité est considérable. De la droite, pas de Fillon : celui-ci ne faisait que refléter les travers de la droite « de gouvernement », prompte à courber l'échine devant les invectives moralisantes, à gérer une ligne politique comme on gère un patrimoine, pensant qu'un programme aux allures de business plan pouvait suffire. La droite « de gouvernement » aura montré son incapacité à unir, comme le pense Patrick Buisson, l'électorat populaire et l'électorat conservateur. Elle avait atteint 31 % au premier tour en 2007, elle en est réduite à 19,91 % dix ans plus tard.

    Au-delà de ses divisions, la droite est minoritaire. L'ensemble de la droite n'atteint que 46,17 % des voix. Marine Le Pen réalise un score décevant — en interne, les frontistes espéraient dépasser 25 % et se hisser en tête du premier tour.

    Et maintenant, Les Républicains s'apprêtent à voter pour le candidat contre qui ils ont tenté de faire campagne… même sa frange la plus conservatrice. Simple exemple : Hervé Mariton, député qui aura bataillé contre la loi Taubira instaurant le mariage homosexuel va voter pour le candidat qui pourrait bien instaurer la GPA. Sens Commun, le mouvement issu de la Manif Pour Tous, a justifié son refus de vote Le Pen en critiquant son étatisme… alors que MLP a déclaré vouloir abroger le dit mariage.

    Dans l'absolu, ce premier tour dévoile que les partis, ces institutions héritées du XIXème siècle, sont aujourd'hui des institutions moribondes. Ils n'ont pas pu résister à la société liquide qui ne connaît que le contrat. Les législatives à venir confirmeront cette mise à mort.

    Dans l'absolu, nous assistons au duel entre le Front républicain et le Front national. Entre la République émancipatrice et l'enracinement national. Marine Le Pen est en tête dans 19 000 communes de France, contre 7 200 pour Macron, mais elle n'a obtenu que 5 % dans la capitale. La France qui souffre se voit sommée d'arborer le sourire béat du bonheur liberal-libertaire.

    Dans l'absolu, sans doute est-ce un coup d'arrêt au mouvement dextrogyre, à l'influence des thématiques de droite au sein de la société française, palpable depuis 15 ans. Car en effet, les mouvements métapolitiques peuvent être brisés par la politique, car n'en déplaise à certains, la politique détermine autant la culture que l'inverse.

    Que pourrait-elle donc faire, cette droite ? Hier au QG de François Fillon, les militants engagés au sein de l'équipe admettaient quelquefois à demi-mots le vote pour MLP, malgré l'invitation de leur candidat défait. Les députés Nadine Morano ou Jean-Frédéric Poisson, plus marginaux, ont refusé de se mettre en marche.

     

    ​Mais deux semaines d'acharnement et de glorification du front républicain auront sans doute raison de l'électorat. D'ailleurs, là n'est pas la seule raison : Marine Le Pen n'a — pour l'instant — pas donné assez de gages, tendu assez de perches à cet électorat des Républicains, des « inclus de la mondialisation » — son positionnement lui permet d'atteindre le second tour mais le grand écart entre la France insoumise et Sens Commun est sans doute trop douloureux. En termes sociologiques d'abord : si les militants LR pourraient voter pour elle, la classe plus aisée, ayant intériorisé depuis des années la barrière psychologique du vote populiste et les craintes économiques, lui fait toujours défaut. En termes géographiques ensuite : si le Sud et le Nord pourraient rejoindre Marine Le Pen, l'Ouest lui reste imprenable.

    « Au Nom du peuple » dit-elle. Mais aujourd'hui en 2017, le peuple semble ignorer jusqu'à sa propre existence.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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