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    Désaccord majeur

    Affaire Sibeth Ndiaye, parole à la défense

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    Stanislas Tarnowski
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    Quand ses collègues prennent la défense de Sibeth Ndiaye dans la désormais célèbre affaire du SMS, «Yes, la meuf est dead», ce n’est pas sur le fond, mais pour lancer un procès en sexisme et en racisme à ses détracteurs. Pourtant, qu’elle soit noire ou femme ne change rien au fait que le SMS de Mme Ndiaye était tout à fait déplacé.

    Affaire Sibeth Ndiaye, le retour du numéro 2 de la vengeance!

    Je vous en parlais hier, la chargée de comm» d'Emmanuel Macron fait les gorges chaudes des réseaux sociaux en ce moment, avec son désormais célèbre «Yes, la meuf est dead», à propos de feu Simone Veil.

    Entre ceux qui trouvent que son style pour le moins familier n'a pas sa place au sommet de l'État, ceux qui la trouvent méprisante, ceux qui voudraient qu'elle prenne la porte, comme Nicolas Dupont-Aignan qui réclame que «la meuf soit fired», on ne peut pas dire que la demoiselle se soit attiré des masses de sympathie.

    Mais, ce serait sans compter sans les habituels chiens de garde du système et de la bien-pensance. Celle qui s'y colle, c'est Marlene Schiappa‏, notre brillante secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes, qui fait aussi preuve au passage d'une belle solidarité gouvernementale. Et ça nous donne ça:

    La violence en politique commence par le cyber-lynchage et étrangement, cible davantage les femmes.

    Soutien #SibethNdiaye #sexisme #racisme

    Et l'adjoint au maire de Paris, l'élu PCF Ian Brossat d'enchaîner: «On pense ce qu'on veut de #SibethNdiaye, mais en voyant la fachosphère se déchaîner, ça me donne plutôt envie de la laisser tranquille». «S'indigner des propos de @SibNdiaye oui. En profiter pour en faire un défouloir de propos racistes et ignobles non», écrit de son côté le rabbin parisien Gabriel Farhi.

    Alors, que parmi le flot de critiques à l'encontre de Sibeth Ndiaye, on trouve un certain nombre de Tweets racistes, je n'en disconviens pas et je le réprouve. Mais je souhaite néanmoins revenir un instant sur le tweet de Marlene Schiappa:
    # sexisme #racisme

    C'est tellement typique de ce que le physicien et essayiste Jean Bricmont a pu appeler la BHLisation des esprits… oui, vous savez cette manie, dès qu'on n'est pas d'accord avec vous, d'invoquer le nazisme, le stalinisme, le racisme ou n'importe quel autre «isme» qui disqualifie l'auteur et son propos, évitant au passage toute discussion de fond, ce à quoi s'emploie bien sûr Marlene Schiappa- dans son Tweet.
    Bon, la tendance n'est pas jeune. Desproges la pointait déjà du doigt quand il soulignait que, je cite:
    «Quand un noir dit qu'un blanc est con, on dit que le blanc est con. Quand un blanc dit qu'un noir est con, on dit que le blanc est raciste.»

    Partant de là, vous comprendrez bien que ce que je reproche (et je ne suis pas le seul, tant s'en faut) à Mme Ndiaye, ce n'est ni d'être une femme ni d'être noire. Dans un cas comme dans l'autre, soyons clairs, on s'en fout.

    Parce que je crois un tout petit peu au discours sur la méritocratie républicaine, parce que je juge quelqu'un à ses actes et non à ce qu'il est, parce qu'en vertu des deux principes précités, j'estime que la condition de femme et de noire de Mme Ndiaye ne la protège pas de la critique, j'affirme contre Mme Schiappa que ce qu'elle appelle le «cyber-lynchage» de sa collègue est parfaitement justifié… si tant est qu'elle ait bien écrit le SMS litigieux, ce que l'intéressée dément, bien sûr.

    Parce que quelqu'un élevée dans les meilleurs lycées de Dakar et de Paris, qui a fréquenté les bancs des facs parisiennes un certain nombre d'années, qui a milité à l'UNEF, ce syndicat étudiant, filière de recrutement classique des cadres du PS, connaît le poids des mots.
    Elle devrait savoir que l'on ne parle pas —ou n'écrit pas- comme à ses potes quand on représente la République. Elle devrait savoir que l'on fait d'autant plus attention au choix de ses mots quand on parle d'une morte, qui plus est adulée comme Simone Veil. Elle devrait savoir aussi que la rapidité de communication n'excuse pas tout. Était-ce vraiment plus long de taper «oui, Mme Veil est morte» que «yes, la meuf est dead», qui a en plus un petit accent guilleret qui rajoute à la maladresse globale du propos.

    Et Mme Schiappa devrait savoir enfin que Sibeth Ndiaye aurait subi les mêmes reproches, si elle avait été un mâle blanc, n'en déplaise à sa paranoïa antiraciste et féministe de circonstance. Je vous renvoie à ce propos au «casse toi pauv» con», qui a très justement collé aux baskets de Sarkozy pendant tout son quinquennat et même après.

    Mais sans doute, Marlène Schiappa pense-t-elle, comme l'éructait Sibeth Ndiaye à un confrère qui ne suivait pas ses consignes, que ce que je fais, «"C'est pas du travail de journaliste, c'est du travail de sagouin!"

    Le sagouin vous salue bien bas, mesdames.

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    Tags:
    Sibeth Ndiaye, Simone Veil, Emmanuel Macron
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