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    Désaccord majeur

    Les fainéants contre Macron

    Désaccord majeur
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    Stanislas Tarnowski
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    Les propos d’Emmanuel Macron contre les «fainéants, les cyniques, les extrêmes» qui s’opposeraient à ses réformes ont soulevé des vagues d’indignation dans la classe politique. Arrogance de nanti, mépris de classe, provocation calculée? Et si les propos de Macron, et le lieu où il les a tenus –Athènes– cachaient encore autre chose?

    Hé ho, ça va, Emmanuel Macron, on ne vous dérange pas trop?

    Non, mais sinon, vous n'avez qu'à continuer à faire comme d'habitude, à ignorer superbement, du haut de votre Olympe en carton, le petit peuple qui vous a (mal) élu. Mieux, vous n'avez qu'à continuer à nous insulter, nous autres qui ne sommes rien, hein, y-a-qu'à faire ça.

    Vous vous en doutez, je m'engouffre, avec un opportunisme qui me fait honte, dans la polémique du week-end, déclenchée par Jupiter et ses propos tenus sur l'acropole —tiens, ce n'est pas Zeus, qui crèche là, d'habitude?— au cas où vous auriez loupé le coche, je vous laisse profiter sans filtre de la pensée complexe de notre bien-aimé président:

    Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes.

    Alors, évidemment, toute la classe politique s'indigne du mépris, de l'insulte faite par Macron à tous ceux qui sont trop bêtes, trop paresseux, trop extrémistes, trop cyniques donc, pour penser comme lui à commencer par les M & M's de l'opposition, j'ai nommé Méluche et Marine:

    Le premier en profite pour battre le rappel pour la manif de demain:

    ​La seconde pour ironiser grassement, reprenant un registre qui ne lui avait pas trop réussi lors du débat présidentiel d'entre deux tours, mais qu'elle manie mieux en 140 caractères. On voit par là les limites des sa pensée:

    ​La gauche du PS, en la personne de Pascal Cherki, parle de mépris de classe:

    ​… tandis alors que les propos de Macron ont même réussi à faire sortir Martine Aubry de sa stase spatio-temporelle dans laquelle elle était coincée depuis quelques mois (si, si, elle est encore bien vivante, merci pour elle). Bon, ça n'a pas été jusqu'à lui donner de l'esprit, si l'on en juge par son tweet animé d'une rage molle:

    ​Bref, vous vous en doutez, je ne pouvais pas passer ça sous un silence qui aurait paru complaisant, voire fainéant, cynique, lâche, illettré, chafouin, veule, alcoolique, ou extrémiste.

    Alors, bien sûr, certains pointent du doigt la jeunesse et l'arrogance de Macron, élevé une petite cuiller dans la bouche et ayant eu, pour se pencher sur son berceau politique, d'aussi bonnes fées qu'Attali, Hollande, Bergé, Drahi, Collomb, Minc, Bigorgne BHL ou Kouchner. Bref, l'arrogance de celui qui n'a jamais appris l'humilité avec une ou deux de ces bonnes claques que vous file parfois l'existence, histoire de vous apprendre. Il y a du vrai là-dedans.

    D'autres, par contre, nous l'avons vu, fustigent le mépris de classe du Président. Et de fait, après les «illettrés» de Gad, il nous quand même sorti les «alcooliques» du Nord et bien sûr, son célèbre:

    Une gare, c'est un lieu ou l'on croise les gens qui ont réussi et les gens qui ne sont rien.

    Alors, j'apprends incidemment que le prix des billets de train et des pass Navigo va encore augmenter, mais peut-être pas pour tout le monde. Avec Macron, le tarif sera à la tête du client: «excusez-moi, vous prenez le train des gagnants ou celui des perdants?»

    Bref, tout ça, ça claque pas mal, en termes de mépris de classe, il faut bien le dire et le fait même que Macron se voit en Président Jupitérien prouve assez dans quelle estime il tient le bas peuple des mortels.

    Ce qui expliquerait au passage pourquoi, au-delà de stratégies de comm» douteuses, évoquées par certains de nos confrères, il n'hésite guère à leur lancer ses éclairs en plastique, impressionnants de loin, mais qui ne font peur à personne vu de près.

    Pour ma part, je vois aussi dans ses propos:

    Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes.

    L'arrogance superbe de celui qui est dans le camp du bien convaincu de son intelligence et de la justesse imparable de ses solutions. Pensez, bercé par Minc et Attali, qui se trompent avec une régularité de coucou suisse, mais qui pérorent toujours avec la même assurance, il a de qui tenir.

    Donc il est dans le Vrai, le Bien, le Beau avec tout plein de majuscules, et tous ceux qui sont contre lui sont forcément —avec des majuscules- dans le Faux, le Mal, le Moche et c'est bien fait pour eux. Ne l'avait d'ailleurs déjà dit à Bucarest, hein?

    La France n'est pas un pays réformable. Beaucoup ont essayé, ils n'ont pas réussi. Parce que les Françaises et les Français détestent les réformes.

    Que les Français aient avalé des kilomètres de couleuvres… heu de réformes depuis 20 ou 30 ans, parfois dans la douleur et la colère il est vrai, ne semble pas l'effleurer. Que les réformes qu'il promeut, en bon petit soldat de Bruxelles et d'un libéralisme débridé, ne conviennent pas forcément à tout le monde et qu'après tout, c'est précisément ce pour quoi nous avons une démocratie —en principe, hein- lui en touche une sans faire bouger l'autre. Il est dans le VRAI, vous dit-on, ce n'est pas la peine d'insister.

    Non, moi, ce qui me choque dans cette polémique sur les fainéants, c'est que, comme pour les Français «incapables de réformes» lancées depuis Bucarest ou la «France coupable de crimes contre l'humanité» proféré à Alger, Macron, contrairement à son engagement d'ailleurs, choisisse toujours d'insulter le pays et ses habitants depuis l'étranger… Un peu comme le mec qui vous balance un gros doigt d'honneur et un «j'te nique» quand il est à 20 mètres, bien sûr de ne pas se prendre un retour de bâton dans sa face.

    Ce n'est pas très, très jupitérien comme attitude, ça, si?

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