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    Désaccord majeur

    Facebook, collabo du FBI

    Désaccord majeur
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    Stanislas Tarnowski
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    Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook a annoncé que son réseau social travaillait «activement avec le gouvernement américain dans son enquête sur l’implication de la Russie» dans l’élection présidentielle. Au delà de ce que l’on pense de l’affaire, cette attitude est inquiétante pour la neutralité du Net et la liberté d’expression.

    Chers auditeurs, comme le disait un de mes camarades, qui bosse dans une agence de communication digitale, et qui donc connaît son sujet, «faut pas aller sur Internet, c'est plein de nazis et de pédophiles!» Pire encore, c'est plein de Russes qui désinforment les esprits fragiles, font de la propagande, manipulent les élections, font élire Donald Trump et probablement diffusent des plans de bombes atomiques à construire soi-même dans son garage.

    C'est du moins ce que laissent à penser les dernières nouvelles en provenance du pays de la liberté d'expression. Mais non, bande de bobos gavés à la moraline, au discours officiel, à la bien-pensance et à l'air du temps, pas la France!

    La France… Avec ses diverses lois instituant des délits d'opinion —aussi moralement condamnables que puissent éventuellement être les opinions en question par ailleurs-, comme les loi Pleven et Gayssot notamment. Des lois qui instituent des délits de «provocation à la haine et provocation à la discrimination.»

    Délits sur lesquels s'engraissent à coups de procès de nombreuses associations, promptes à traquer la moindre déviance idéologique, des comportements qui rappellent les Zeures-les-plus-sombres… qu'elles fussent brunes ou rouges, d'ailleurs, pas de discrimination chez moi.

    Alors je sais, ça choque, car on nous explique à longueur de temps que certaines pensées n'ont pas le droit de cité, «pas de liberté pour les ennemis de la liberté», mais moi, vous le savez, c'est plutôt «je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire».

    Non, je parle du vrai pays de la liberté d'expression, les États-Unis. Car autant je ne voue pas un culte démesuré à ce pays, c'est le moins que l'on puisse dire, autant j'en apprécie le fameux 1er amendement à la Constitution, celui qui interdit au Congrès d'adopter des lois limitant la liberté de religion et d'expression, la liberté de la presse ou le droit à «s'assembler pacifiquement». Et donc, aux USA, on peut croire au grand Dieu Pouple, affirmer que la terre est plate, assumer le grotesque de se balader en uniforme nazi (tiens, les revoilà, eux), ou démentir tout cela dans le cadre d'un échange d'idées, du moment que tu laisses ton voisin en paix.

    Bon tout ça, c'est en théorie, hein et de plus en plus en théorie.

    C'est comme Internet, cet espace —en théorie- de «liberté» et sa supposée «neutralité», autant de principes de plus en plus bafoués, ce qui nous amène —enfin, allez-vous me dire justement- au sujet du jour. Nous apprenons donc de la bouche de Mark Zuckerberg qu'au pays de la liberté d'expression et de la neutralité du net, que Facebook travaille «activement avec le gouvernement américain dans son enquête sur l'implication de la Russie» dans l'élection présidentielle.

    Oui, vous savez, la fameuse ingérence russe, qui aurait fait gagner Trump. Concrètement, on parle de 470 faux comptes «probablement activés depuis la Russie», on n'est même pas sûrs, hein, qui auraient été utilisés pour acheter pour 100.000 dollars de pubs entre juin 2015 et mai 2017, soit 3.000 annonces. Des pubs mettant en avant de fausses informations destinées à enduire d'erreur l'électeur américain.

    Bon, alors, déjà admettons que tous ces conditionnels soient des présents de l'indicatif, que tout soit vrai et vérifié. On parle de 100.000 dollars sur une campagne qui en a coûté, tous candidats confondus, 3 milliards. 100.000, trois milliards, j'ai sorti ma calculette, ça fait 0,00333%. Ça donne une idée du ridicule de l'accusation, mais là n'est même pas tellement la question.

    Qu'ensuite, l'accusation d'ingérence provienne des États-Unis fait aussi doucement rigoler, ils ont tout de même une solide tradition en la matière: soutien direct ou indirect via des ONG aux partis et mouvements d'opposition, espionnage durant les campagnes françaises ou de ses alliés, comme l'Allemagne, déstabilisation de pays à coups de bombes ou d'invasion, j'arrête la liste, elle serait trop longue et là n'est pas non plus la question.

    Non, la question, c'est que des acteurs majeurs du net, des réseaux sociaux, au lieu de rester neutres, comme ils l'affirment et comme ils devraient l'être, ils sont après tout des supports, des tuyaux, que ces acteurs donc, se rangent résolument dans le camp du Bien. Et qu'ils décident de ce qui est bien ou mal. Donc on se fait censurer si on publie un tableau qui montre un bout de sein, mais pas quand on diffuse une vidéo de viol ou de décapitation, cherchez l'erreur.

    Le réseau social définit des «catégories protégées», qu'on ne peut attaquer sous peine de censure, sur des bases de sexe, religion, orientation sexuelle, etc. comme si les femmes, les noirs ou les homosexuels ne pouvaient se défendre tous seuls, en gros. Il définit aussi, à l'aide de différents média et fact checkeurs autoproclamés, ce qui est vrai et ce qui est fake news à censurer, poussé en cela par les gouvernements, français ou allemands par exemple, prêts à infliger des amendes pour diffusion de «fausses nouvelles». Il trafique même son fil d'actualité pour écarter les infos jugées non conformes en fonction de critères politiques. Un fil d'info qui représente la seule source d'information pour 40% de jeunes jusqu'à 30 ans.

    Non, voyez-vous, personnellement, si je ne mets plus les pieds sur Facebook, ce n'est pas à cause des nazis et des pédophiles. Aussi odieux puissent-ils être, je ne suis pas obligé de leur parler. Ils me semblent avoir bien moins d'influence sur la toile que les censeurs, les redresseurs de torts, les apprenants à penser droit, les collabos des flics de la pensée et des flics tout court, les apprentis-Big Brother qui contrôlent mes pensées et décident ce que je peux lire ou dire.

    Hé, Mark Zuckerberg, je vous rappelle que 1984, ce n'est pas censé être un mode d'emploi!

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