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    Désaccord majeur

    Mélenchon voit-il des nazis partout?

    Désaccord majeur
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    Stanislas Tarnowski
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    Le week-end dernier, répondant à Macron qui affirmait que «la démocratie, ce n’est pas la rue», Mélenchon a tonné que «c’est la rue qui a abattu les rois, c’est la rue qui a abattu les nazis…». Levée de boucliers dans les rangs LREM, vis-à-vis de ce qu’ils estiment être un amalgame entre nazis et républicains. Comme quoi, les amalgames…

    Il voit des nazis partout ou il n'en voit pas, Mélenchon? Toujours en retard d'une guerre, suivant en cela une glorieuse tradition de l'armée française, je m'attaque en ce lundi à la polémique du week-end.

    Alors, petit retour en arrière pour comprendre ce dont il s'agit: la semaine dernière, nous avions Macron qui affirmait depuis New York (tiens, ça devient une habitude chez lui, de lancer des polémiques depuis l'étranger, il faut croire que l'éloignement lui donne du courage), que «la démocratie, ce n'est pas la rue», expliquant par là qu'il se fichait comme de son premier million des manifs contre sa nouvelle réforme du droit du travail.

    Et donc, le premier «M» des M & M's de l'opposition, j'ai nommé Méluche, de s'emporter avec sa verve inimitable pour rappeler à notre roitelet-soleil que «c'est la rue qui a abattu les rois, c'est la rue qui a abattu les nazis…».

    Allez bim! Point Godwin direct et partie gratuite pour Jean-Luc, qui a aussitôt fait tilter le flipper politique! parce qu'ensuite, il enchaîne sa litanie, mettant dans le même sac «la rue» protégeant des putschistes de 62, obtenant la 4e semaine de congés payés, le retrait de la réforme des retraites de Juppé ou celui de la loi Devaquet… c'est la rue qui a tout fait, mais il était bien sûr de faire parler de lui avec la première phrase de sa tirade.

    Et ça n'a pas loupé, Castaner s'indigne de l'amalgame insupportable:

    «C'est une faute politique de mettre sur le même niveau ceux qui ont fait tomber les nazis —et la rue y a contribué évidemment-, mais aussi Alain Juppé et Emmanuel Macron, c'est une faute grave.»

    et Muriel Pénicaud aussi y va de son petit couplet indigné:

    «j'ai été choquée qu'on puisse mettre sur le même plan des nazis, des démocrates, des républicains»J'arrête là, ils sont encore nombreux à avoir nourri cette polémiquounette, à avoir agité leurs petits bras musclés pour entretenir cette tempête dans le verre d'eau médiatique à s'être gonflés de leur insignifiance outragée. Rien de bien grave, bien sûr, mais ça m'a tout de même inspiré deux trois réflexions.

    Bien sûr, ça me fait doucement rigoler de voir nos braves responsables LREM, si frais, si jolis, Marcher d'un seul pas vers le gros piège tendu par Méluche le matois, à croire qu'ils n'ont que ça à faire, de tomber tête baissée dans tous les panneaux qu'on leur met sur leur route.

    Ça me fait aussi rigoler de voir leurs têtes, eux les représentants du camp du Bien, si prompts à donner des leçons de morale et à jeter l'anathème à tout le monde, quand ils imaginent se faire traiter de nazis. On dirait de vieilles bigotes à qui on pince les fesses à la sortie de la messe!

    Mais ceux qui m'agacent profond, ce sont mes confrères journalistes, qui affirment benoîtement dans leurs commentaires que Mélenchon connaît parfaitement son histoire de France, (ici, par exmple, Laurence Ferrari, vers 1 min 55 s) ce qui prouve à l'évidence qu'eux-mêmes n'en ont pas la moindre notion et Méluche lui-même quand il se pique d'une histoire aux forts relents révisionnistes.

    Parce que voyez-vous, M. Mélenchon, l'amalgame qui me choque et que personne n'a relevé bien sûr, c'est de mettre dans le même sac les rois de France, qui ont construit le pays pendant plus de 1.000 ans avant la Révolution française, ce que vous niez farouchement, et les nazis, qui l'ont envahie.

    C'est particulièrement ridicule —ou malhonnête- pour quelqu'un qui parle de la rue qui a abattu les nazis. Car si Méluche connaissait son histoire de France, il saurait que la première manifestation contre les nazis, le 11 novembre 1940, a été réalisée, enter autres, par des jeunes de l'Action française, des royalistes, quoi, à l'époque où les députés socialistes avaient voté en masse les pleins pouvoirs à Pétain et où les communistes trouvaient, en vertu du pacte Ribbentrop-Molotov, qu'Adolf était un type formidable.

    Alors bien sûr, il y en a eu d'autres, des manifs sous l'occupation: des cortèges de plusieurs centaines de personnes qui, un peu partout en France, suivent les cercueils de résistants abattus par les occupants, des rassemblements les 14 juillet et 11 novembre, comme celui des maquisards d'Oyonnax en 43. Mais soyez honnête, Mélenchon. Si elles ont eu le mérite de sauver l'honneur et de montrer au Français que certains s'opposaient, ce sont les centaines de milliers de morts américains, russes, anglais et français aussi, qu'il s'agisse de FFI ou de FFL qui ont abattu le régime nazi. Pour ceux qui ne savent pas ce que ça veut dire, les liens sont là pour ça.

    Ah et puisqu'on en est au point Godwin, je signale en passant à mes confrères et aux hommes politiques français et allemands que l'AfD n'a aucun rapport avec l'idéologie nazie, quoi qu'on puisse penser de ce parti politique par ailleurs.

    Et en plus, vous voyez comme c'est agaçant, les amalgames déplacés?

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    Tags:
    nazis, Jean-Luc Mélenchon, France
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