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    Le Désordre mondial avec Rachel Marsden

    Barack Obama devrait-il pardonner à Edward Snowden?

    Le Désordre mondial
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    Lorsque le lanceur d'alerte demande qu’on efface l’application des données qui assurent la discrétion des travailleurs des services de renseignement, Edward Snowden demande ainsi l’introduction d’un précédent qui risque fortement d’affaiblir les lois de protection de la vie privée, profitant ainsi à ceux qui pourraient y avoir accès.

    INVITES : Yannick Harrel est professeur en cyberstratégie et expert à l'Union Internationale des Communications. Il est également membre de la chaire de cyberdéfense Saint Cyr/Sogeti/Thales. Il est notamment l'auteur de deux essais remarqués sur « La cyberstratégie russe » et « Cyberstratégies économiques et financières » aux éditions Nuvis. Il vient de publier Automobiles 3.0 aux éditions Nuvis.

    Antoine Lefebure est historien français des médias et spécialiste des technologies de la communication. Il est notamment le créateur de la revue critique des médias électroniques « Interférences », a lancé le mouvement des radios libres avant de devenir directeur du développement du groupe Havas. Il est auteur de l'ouvrage intitulé « L'affaire Snowden: comment les Etats-Unis espionnent le monde ».

    Est-ce que les actions de Snowden sont bonnes/mauvaises pour la démocratie ?

    Antoine Lefebure: « Avant l'affaire Snowden, il n'y avait aucun débat au niveau des parlementaires et aucun débat de l'opinion publique sur les dangers de la cyber surveillance et de la surveillance électronique […] Snowden a eu un rôle très positif même si en faisant cela il a rompu la nécessité du secret qu'il avait signé, donc il a fait quelque de répréhensible et en même temps il a servi la démocratie. »

    Yannick Harrel : « La naïveté dont ont fait preuve énormément de gouvernements vis-à-vis du système de surveillance globale qui a été révélé par certains outils comme Prism ».

    Pourquoi serait-il mauvais pour les Etats d'avoir la capacité de renseignement électronique ?

    Antoine Lefebure: « Si on n'a pas d'organismes extrêmement puissants et indépendants de l'appareil exécutif, la tendance du gouvernement à écouter évidemment les terroristes […] mais aussi les journalistes […] les avocats […] les hommes politiques. »

    Yannick Harrel: « C'est un fait géopolitique […] On a toujours espionné les uns les autres. Si un Etat entend être viable dans le temps, il se doit d'obtenir et de former un système de renseignement extrêmement perfectionné. La seule différence, c'est qu'il faut absolument un système de contrepouvoir pour être sûr que les gardiens seront eux-mêmes surveillés. »

    Pourquoi le débat provoqué par Snowden n'existe pas avec la même intensité en France ?

    Yannick Harrel: « Souvent on fait valoir la tradition humaniste, des droits de l'homme et de la philosophie des Lumières en France, et étrangement ça n'a absolument pas eu d'effet en France. Il y a toujours eu une fin de non-recevoir comme si on avait peur de déplaire à une puissance tierce. Snowden est un repoussoir parce qu'il pourrait faire peur et il pourrait faire office d'émule pour d'autres systèmes de renseignement. »

    La France est très intégrée au système de la NSA

    Antoine Lefebure : « La France est très intégrée au système de la NSA depuis de nombreuses années depuis nos interventions en Afrique du Nord et en Afrique Noire, il y a une aide militaire très importante, et évidemment on ne peut pas remettre en cause la politique de la NSA […] Le président de la République n'a pas pu prendre le risque d'accepter Snowden ce qui aurait été considéré par le gouvernement américain comme une agression, alors que le gouvernement américain aide la France. […] D'après eux, on a un risque très limité en France d'avoir l'équivalent d'un Snowden ce que je crois être vrai. »

    Yannick Harrel : « Dans le cyberspace, il n'y a jamais d'amitiés, il n'y a que des alliances circonstanciées […] »

    Est-ce que ce serait réaliste de croire que le système pourrait changer ?

    Antoine Lefebure : « Je crois que ça va changer […] Je prends des exemples comme la  Suède, le Danemark qui sont des pays où il y a une surveillance, il y a des services secrets mais ce qui est secret est extrêmement limité […] Je pense qu'il va y avoir une multiplication des lanceurs d'alerte dans tous les domaines […] et que le secret va reculer. »

    Yannick Harrel : « Ca va changer parce qu'il y a aussi une prise de conscience générale y compris aux Etats-Unis […] L'antidote à la surveillance généralisée et arbitraire se trouve aussi à la source directement du problème aux Etats-Unis ».

    Quelles seraient les chances qu'un Américain pourrait éventuellement pardonner Snowden ?

    Antoine Lefebure : « Certainement pas Obama car il a mené une vraie guerre contre les lanceurs d'alerte […] Il ne supporte pas que les gens le doublent et il veut l'exclusivité […] Il veut le monopole du lançage d'alerte ».

    Yannick Harrel : « Il y a très peu de probabilités pour que ça aboutisse. Donald Trump comme Hillary Clinton ont clairement exprimé leur refus […] Que pense le peuple américain des actions d'Edward Snowden ? […] Il faudrait consulter le peuple américain et non véritablement ses représentants pour déterminer quel type de société ils souhaitent avoir pour l'avenir ».

    Tags:
    renseignement, Hillary Clinton, Donald Trump, Edward Snowden, Barack Obama, États-Unis, Russie
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