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    Le Désordre mondial avec Rachel Marsden

    «On est face à un drame absolu. 2016 et 2017 ont été les plus violentes en Afghanistan»

    Le Désordre mondial
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    Rachel Marsden
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    Un rapport officiel du Pentagone avertissait le 21 mai du «peu de signes de progrès» pour la stabilisation de l’Afghanistan. Après 17 ans de présence américaine dans le pays, quelle est la stratégie de Donald Trump pour sortir de ce bourbier? Entretien avec Emmanuel Dupuy, ancien conseiller politique de la Brigade Lafayette en Afghanistan.

    Alors que des déclarations très optimistes du général John Nicholson, commandant des forces américaines et de l'Otan en Afghanistan, laissaient entendre en novembre que le gouvernement afghan maîtriserait rapidement 65% de la population et 80% du territoire, le rapport de l'inspecteur général du Ministère de la Défense américain du 21 mai vient contredire ces propos, estimant qu'il existe «peu de signes de progrès». Quelle est la réalité du terrain?

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    Emmanuel Dupuy, ancien conseiller politique de la Brigade Lafayette, la force interarmes française en Afghanistan, et président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe), explique en quoi consiste ce document officiel: «un bilan comptable de l'investissement américain pour rendre compte au Congrès pour savoir si l'argent du contribuable américain est bien dépensé, et la réponse est bien sûr non».

    «Celui-ci rappelle les chiffres des 17 ans de présence américaine dans le pays: 90.000 militaires américains présents entre 2009 et 2011, 1.000 diplomates présents à l'ambassade, 2.400 militaires américains morts, 2.000 milliards de dollars dépensés dont 110 milliards pour la reconstruction. […] 90% du budget afghan vient de l'aide internationale.»

    En insistant sur le poids croissant de la corruption, du trafic de drogue et des talibans dans le pays, le géopoliticien n'est pas réellement optimiste:

    «On a l'impression en regardant le bilan qu'on est face à un drame absolu […] 2016 et 2017 ont été les plus violentes en Afghanistan.»

    L'ancien conseiller de l'armée française poursuit son analyse: «on parle d'un pays qui n'a jamais connu la paix depuis 30 ans, c'est un pays qui est complexe dans son organisation territoriale avec une centralisation à Kaboul, mais en même temps, des contraintes géographiques qui font que c'est un pays de montagnes, un pays de déserts, un pays de steppes, avec des populations qui parfois ethniquement ne sont pas les mêmes, avec un hiatus qui peut se faire entre la partie chiite, notamment les 4 à 5 millions de Hazaras qui se trouvent à proximité avec la frontière iranienne, les Tadjiks, les Turkmènes et les Ouzbeks à la frontière.»

    Quelle menace représentent les talibans? Emmanuel Dupuy revient sur le contrôle réel qu'exerce le gouvernement:

    «Le gouvernement assume la sécurité de pas plus de 130 ou 140 de ces 400 districts […] Les talibans, qui représentent encore une menace très prégnante en Afghanistan […] peu ou prou on estime qu'il y a 30 ou 40.000 talibans. Ils étaient le cœur de la menace, justifiant l'intervention.»

    Le gouvernement afghan et les talibans peuvent-ils dialoguer? Le président de l'IPSE rappelle la tenue récente de la conférence de Kaboul en mars dernier où il a été précisé que «le gouvernement afghan accepte de dialoguer avec qui a envie de dialoguer […] Les talibans apparaissent beaucoup plus acceptables qu'une frange radicalisée qui, elle est en train avec les 3.000 —4.000 membres de Daech d'être dans une violence, absolue» en citant les nombreux attentats passés.

    Comment décrypter alors la nouvelle stratégie de Donald Trump dans la région, lui qui veut renverser la table? Emmanuel Dupuy constate que le nation-building n'est pas l'objectif du Président américain. Son objectif consiste plutôt à:

    «Assurer la stabilité de cette région en mettant des troupes américaines pour du long terme, un petit peu comme les Américains ont fait en Europe, en mettant des bases qui, 70 ans après, sont encore présentes. Le Pprésident américain veut durablement ancrer la présence occidentale pour des raisons économiques (présence chinoise, présence russe résiliente qui est en train de s'ancrer de plus en plus en Asie occidentale, centrale et en Asie du Sud) […] il demande à de nouveaux partenaires d'assumer leur rôle et là il y une rupture stratégique majeure. Jusqu'à présent, les Américains s'appuyaient sur le Pakistan».

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    Tags:
    Donald Trump, Emmanuel Dupuy, John Nicholson, Afghanistan
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