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    Le Désordre mondial avec Rachel Marsden

    «Comme si les États-Unis voulaient se rendre de moins en moins indispensables»

    Le Désordre mondial
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    Rachel Marsden
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    Le conflit israélo-palestinien, les tensions sur la Corée, la crise sur le nucléaire iranien… Les États-Unis sont impliqués dans ces trois situations, mais sont-ils toujours les «gendarmes du monde»? Un débat avec Vincent Michelot, professeur de civilisation américaine à Sciences Po Lyon et Pierre Lorrain, spécialiste de l’URSS et de la Russie.

    Les États-Unis se sont longtemps considérés vainqueurs de la Guerre froide et ils ont agi comme tels depuis lors: les interventions en Yougoslavie, en Irak et en Afghanistan peuvent en témoigner. Le terme de «gendarme du monde» a donc souvent été utilisé pour caractériser les agissements de l'hyperpuissance américaine. Confrontés à la montée inexorable de la Chine et l'avènement de l'isolationniste Donald Trump, le sont-ils toujours?

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    Pour Pierre Lorrain, spécialiste de l'URSS et de la Russie, la question est anachronique, elle pouvait se poser surtout dans les années 90 où «l'ennemi soviétique» n'existait plus. Le journaliste pointe en Europe les différentiels des budgets de Défense et le manque de volonté politique:

    «L'ensemble des pays européens consacre à leur Défense encore aujourd'hui à peu près entre le quart et le tiers de ce qu'y consacrent les États-Unis. C'est-à-dire qu'il y a une telle puissance militaire américaine dans le monde qu'en cas de problème, beaucoup de pays sont naturellement enclins à se placer sous leur protection.»

    Pourtant, les Américains affirment ne plus souhaiter remplir ce rôle de gendarme du monde. Le désintérêt pour l'Europe avait commencé dès Obama et sa bascule vers l'Asie. L'investiture de Donald Trump a ainsi prolongé ce mouvement:

    «Lors de son discours d'investiture, le Président Trump a dit que chaque pays devait défendre ses intérêts et que les États-Unis défendraient les leurs. Mais à partir du moment où les États-Unis défendent leurs intérêts et qu'ils permettent aux autres pays de faire pareil, il y a une sorte d'hégémonie qui disparaît.» Il déplore ainsi ce «retour des alliances pures et dures. À partir du moment où l'Iran est l'ennemi de l'Arabie saoudite et d'Israël, il est forcément l'ennemi des États-Unis.»

    Convergeant avec ces propos, Vincent Michelot, professeur de civilisation américaine à Sciences Po Lyon, distingue toutefois le «rôle nocif de gendarme du monde» et la nécessaire implication de la première puissance dans les affaires du monde:

    «Pour paraphraser les propos du président Clinton, les États-Unis restent une nation indispensable. Depuis l'installation de Donald Trump à la Maison-Blanche, c'est comme si les États-Unis, nation indispensable, voulaient se rendre de moins en moins indispensable.»

    Et justement, la guerre économique qu'a provoquée le Président américain en rétablissant l'embargo iranien et en mettant en place une taxation sur les produits européens et chinois est le reflet d'une évolution de ce rôle de «gendarme du monde»:

    «L'articulation entre le hard power et le soft power (le pouvoir économique) se fait différemment […] le hard power n'est pas aussi opérationnel que le président Trump pourrait le souhaiter.»

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    Tags:
    conflit, programme nucléaire iranien, Palestine, Corée du Nord, Corée du Sud, Israël
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