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    Le Désordre mondial avec Rachel Marsden

    La Chine espionne la France pour assurer son développement en Afrique

    Le Désordre mondial
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    Rachel Marsden
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    Un communiqué du Ministère des Armées l’admettait en mai, deux agents du renseignement français ont été «retournés» par la Chine. Quels sont les enjeux de renseignement pour Pékin en France? Comment expliquer l’agressivité des services chinois? Entretien avec Eric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

    Suite à des révélations dans la presse, le gouvernement s'est vu obligé d'admettre à la fin du mois de mai que deux agents de la DGSE avaient été récemment arrêtés pour le motif suivant: «livraison à une puissance étrangère d'informations portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation» et de «compromission du secret de la Défense nationale».

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    Eric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), rappelle les faits révélés par Le Monde et Quotidien:

    «C'est une très vieille histoire, qui remonte à la fin des années 90. La connaissance des liens d'au moins un des officiers avec les services chinois était connue, il avait été invité d'ailleurs à quitter le service, on l'avait gentiment poussé dehors, sans intenter à l'époque d'action en justice. Il semblerait qu'il ait continué ses activités bien qu'ayant quitté le service, et qu'il ait tenté de convaincre certains de ses camarades restés dans les cadres de l'aider dans ses missions, donc c'est une incitation à l'espionnage.»

    L'ancien officier-analyste du renseignement pour le Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN) dresse un constat global de l'évolution des actions chinoises en matière d'espionnage, il note ainsi une plus grande «agressivité» depuis l'avènement de Xi Jinping

    «Les Chinois sont extrêmement ambitieux, sous la houlette de Xi Jinping. Ils veulent vraiment s'affirmer pour les décennies qui viennent comme la première puissance mondiale, et donc ils sont particulièrement actifs en termes d'espionnage étranger notamment dans les domaines liés à la haute technologie et à la Défense.»

    Eric Dénécé dévoile ainsi que la Chine s'intéresse particulièrement aux activités françaises en Afrique:

    «C'est la DGSE qui, essentiellement, s'oppose aux intérêts chinois en Afrique. L'Afrique est une priorité des services chinois, non seulement pour les ressources naturelles et agricoles, mais aussi pour l'influence politique, donc une bonne connaissance de la manière dont fonctionne la DGSE en Afrique et de la façon dont elle peut s'opposer à la stratégie chinoise, intéresse bien sûr les services de Pékin au premier chef.»

    L'ancien officier-analyste note également une évolution des services occidentaux, un repositionnement suite à la décennie post-11 septembre:

    «Depuis quelques années, les services de sécurité occidentaux ont décidé de se repositionner davantage sur des missions de contre-espionnage. Il faut rappeler que depuis le 11 septembre 2001, l'essentiel de ces services travaillait sur les questions de contre-terrorisme. Dès lors que l'on remet plus de monde sur des actions de contre-espionnage, on identifie plus d'espions.»

    Eric Dénécé évoque également l'activité des renseignements russes, dont les médias occidentaux ont beaucoup parlé ces dernières années:

    «Une partie de l'espionnage russe s'est aussi redéveloppé en raison de la politique tout à fait agressive que les pays occidentaux mènent à l'encontre de la Russie.»

    Ainsi, Dénécé ose parler de diversion quand les Occidentaux avertissent des dangers russe et chinois:

    «Une forme de diversion parce que les Américains ont tout beaucoup plus intérêt à ce qu'eux-mêmes et les Occidentaux considèrent que le danger vient de la Russie et de la Chine ce qui leur permet en toute impunité de continuer à imposer leur point de vue à leurs partenaires européens et bien sûr de continuer à les espionner.»

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