Ancien ministre des Affaires étrangères turc: «La Turquie veut faire tomber Bachar el-Assad»

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La Turquie mène des actions militaires à la fois en Syrie et en Libye. Dans quel but? Yasar Yakis, ancien ministre des affaires étrangères turc, dévoile la stratégie d’Ankara au micro de Rachel Marsden. Et il ne mâche pas ses mots.

Recep Tayyip Erdoğan, le Président turc, s’est mis d’accord avec Donald Trump pour défendre les intérêts américains et de l’Otan dans la guerre en Syrie afin que les troupes américaines puissent se retirer de ce pays. Trump a depuis admis que les troupes américaines encore stationnées en Syrie n’étaient présentes que pour sécuriser le pétrole. Pour quelle autre raison la Turquie est-elle encore présente en Syrie? 

Yasar Yakis, ancien ministre des Affaires étrangères turc, explique comment la position de la Turquie a évolué depuis le début de la guerre en Syrie:

«Au début, la Turquie n’avait pas l’intention de se battre sur le sol syrien contre des soldats syriens, mais la Turquie s’est engagée un peu trop à Idlib pour protéger les factions combattantes salafistes. Maintenant, la Turquie ne veut pas les laisser tomber et continue de les protéger.»

Pourquoi la Turquie soutiendrait-elle des djihadistes en Syrie? Yakis explique:

«Je crois que c’est pour avoir un levier sur la question de savoir comment l’avenir de la Syrie sera dessiné et afin d’être fort à la table des négociations autour du processus de démocratisation de la Syrie.»

L’ancien ministre cite l’objectif ultime de la Turquie en Syrie:

«La Turquie veut faire tomber le régime de Bachar el-Assad.»

Mais pour le remplacer par qui? D’après Yakis, la Turquie «compte mettre au pouvoir les combattants qui sont modérés, qui sont enclins à la philosophie des Frères musulmans*».  Quelle serait la stratégie de sortie du conflit syrien d’Ergodan? Yakis répond:

«Nous ne savons pas exactement ce qu’est la stratégie turque de sortie de crise en Syrie, mais à l’heure actuelle, il semble qu’ils veulent créer une zone qui sera contrôlée par la Turquie tout au long de la frontière turco-syrienne, pour permettre à des réfugiés de s’installer là-bas, de construire des logements par le gouvernement turc sur une bande de 30 à 40 km de largeur.»

La politique étrangère d’Ergodan est-elle populaire dans son propre pays? D’après Yakis, c’est un point problématique:

«L’appui à la politique syrienne en Turquie est descendu en dessous de 50% depuis longtemps. Cet appui, je crois, est aux environs de 30% dans l’opinion publique turque.»

Erdogan a aussi récemment évoqué l’idée de remplacer la couverture aérienne russe en Syrie par celle de l’aviation turque. Mais pourquoi évoquer une telle idée?

«Ça peut être une position de marchandage, de négociation. Les parties, en principe, commencent toujours par des positions maximalistes. Il se peut que ça soit, du côté de la Turquie, le but qu’elle veut atteindre, mais je ne vois pas comment la Russie pourrait être d’accord.»

Et pourquoi des forces turques  aux côtés de djihadistes syriennes emmenés dans ce pays par la Turquie? Yakis explique:

«La Turquie a peut-être voulu faire d’une pierre deux coups: premièrement, trouver un endroit pour évacuer les combattants qui étaient coincés à Idlib et se servir de ses combattants en Libye pour une cause qui allait servir l’intérêt de la Turquie.»

*Les Frères musulmans sont une organisation terroriste interdite en Russie

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Turquie, Libye, Syrie
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