Baisse de l’immigration avec le Covid-19: les besoins de «main-d’œuvre immigrée de nos sociétés demeurent»

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La crise sanitaire a provoqué la fermeture des frontières dans le monde entier, affectant l’immigration clandestine et régulière. Dans quelle mesure? Ces effets persisteront-ils après le déconfinement? Décryptage avec Emmanuel Comte et Ferruccio Pastore, deux spécialistes des mouvements migratoires, au micro de Rachel Marsden.

De nombreux pays ont fermé leurs frontières en raison de la pandémie de coronavirus, mais pas pour tout le monde. La Commission européenne a encouragé les États membres à garder leurs portes ouvertes aux travailleurs saisonniers, dont des dizaines de milliers devraient arriver en Allemagne en avril et mai, par exemple.

 Qu’en est-il des migrations clandestines vers l’Europe? Alors que nous sommes tous censés être enfermés à la maison, l’immigration a-t-elle cessé? Selon un reportage du journal espagnol El País, la crise sanitaire aurait même inversé la tendance migratoire en Europe, avec des migrants algériens payant jusqu’à 5.000 euros pour fuir l’Espagne, l’un des pays les plus confinés au monde, pour rentrer chez eux.
Aux États-Unis, les migrants qui traversent la frontière avec le Mexique sont expulsés, tandis que le Mexique vide ses centres de migrants. Donald Trump a également ordonné l’arrêt de toute immigration aux États-Unis, juste avant de reculer sous la pression du secteur technologique, qui emploie massivement des travailleurs étrangers. L’après-Covid-19 sera aussi marqué par la crise économique. Quel impact cette situation exceptionnelle aura-t-elle sur les flux migratoires, maintenant et à l’avenir?

 

Emmanuel Comte, chercheur senior au Barcelona Centre for International Affairs et auteur de «L’histoire du régime européen de migrations» (Éd. Routledge), explique le mouvement de travailleurs saisonniers entre pays européens pendant cette période de confinement:

«Ce n’est pas parce qu’il y a un chômage important dans les pays développés que les agriculteurs trouvent la main-d’œuvre dont ils ont besoin pour les récoltes qui sont extrêmement urgentes.» 

Ferruccio Pastore, directeur du FIERI (Forum of International and European Research on Immigration) à Turin, estime que certains enjeux migratoires ne changeront pas rapidement, malgré la crise:

«Les besoins structurels de main-d’œuvre immigrée de nos sociétés demeurent, ils ne se sont pas effacés avec quelques semaines de pandémie. Ce sont des besoins liés principalement à des besoins d’activités qui demandent un faible taux d’éducation et de compétence technique dans le domaine de l’agriculture, mais aussi des soins à la personne, dans des sociétés qui sont fortement âgées, et tout ça restera.» 

Pastore réagit à la distinction souvent faite entre migrants réguliers et clandestins:

«Voir ces deux formes d’immigration comme deux espèces humaines différentes, deux phénomènes sociaux complètement distincts... en fait, c’est souvent un continuum. Il y a des gens qui arrivent irrégulièrement, qui sont ensuite régularisés. Ou, au contraire, on voit dans des situations de crise de retombées dans l’irrégularité.»

D’après Comte, la crise sanitaire pourrait éventuellement avoir un impact sur les pays d’origine des migrants venus en Europe: 

«Il est probable que dans les mois qui viennent, la demande de main-d’œuvre des employeurs diminue et donc également les possibilités d’immigration. Ça pourrait aussi se traduire dans les pays de départ par une baisse soudaine et abrupte des sommes que les migrants envoient à leurs familles dans les pays d’origine.
Il est donc probable dans les mois qui viennent, il y aura moins d’opportunités professionnelles pour les immigrés, en particulier non-réguliers, avec des conséquences sur les pays d’origine, potentiellement déstabilisatrices au plan économique et au plan politique. Après, peut-être que dans un an ou plus, la situation redeviendra exactement telle qu’elle était jusqu’à il y a quelques mois.»

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Tags:
Union européenne (UE), migrants, Covid-19
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