Quand les revenus pétroliers vénézuéliens sont saisis par les États-Unis au profit de Juan Guaido

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Pourquoi le Venezuela, le pays le plus riche en pétrole au monde, doit-il importer du pétrole d’Iran? Décryptage de Francis Perrin, président de Stratégies et Politiques Énergétiques (SPE) et directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), pour le Désordre mondial.

Pourquoi le Venezuela, un pays dont les réserves de pétrole sont les plus importantes au monde, importe-t-il dorénavant du pétrole en provenance d’Iran?

Lourdement sanctionné, notamment par les États-Unis, le Venezuela se retrouve désormais privé de son propre pétrole. Et cette crise énergétique survient à un moment où le pays se bat également contre la crise sanitaire du coronavirus, alors que l’épicentre mondial de la maladie s’est déplacé vers ce continent, avec des régions d’Amérique latine particulièrement touchées. Mais la crise n’empêche pas les États-Unis de tenter de perturber les exportations de pétrole iranien vers le Venezuela en menaçant de sanctionner les navires le transportant
 
Francis Perrin, Président de Stratégies et Politiques Énergétiques (SPE) et directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), explique que les raffineries au Venezuela sont dans un état déplorable suite à une gestion plutôt d’ordre militaire que de celui des ingénieurs. Mais il précise que la solution des importations iraniennes ne serait que temporaire: 

«Les États-Unis sanctionnant très durement à la fois l’Iran et le Venezuela, ces deux pays ont un intérêt commun, ont un intérêt à essayer de coopérer, mais dans des conditions extrêmement difficiles, délicates, et sans doute très provisoires. Pourquoi provisoires? En règle générale, l’Iran n’a pas tellement d’essence à exporter, parce qu’ils en ont beaucoup besoin pour leur marché domestique.» 

Le mois dernier, un juge américain a approuvé la vente des raffineries de Citgo –filiale basée aux États-Unis de PDVSA, le producteur national de pétrole au Venezuela– à Crystallex, une entreprise minière canadienne en banqueroute, ce qui permettrait à cette dernière de récupérer 1,4 milliard de dollars perdus lors d’une nationalisation par l’ancien Président vénézuélien Hugo Chavez. Perrin revient sur le détournement des profits de PDVSA –un fleuron de l’économie vénézuélienne– au profit de l’opposition à Nicolas Maduro:

«Pendant un moment, l’administration Trump a continué à permettre à PDVSA d’exporter du pétrole brut vers les États-Unis. À ce moment-là –c’était il y a à peu près un an et demi à deux ans–, ils ont dit que PDVSA pourrait encore pendant quelque temps exporter du pétrole brut vers les États-Unis, vers le marché américain.
Par contre, ceux qui achetaient ce pétrole, dont des compagnies pétrolières américaines aux États-Unis, ne pouvaient pas payer PDVSA, puisqu’elle est sous la coupe de Nicolas Maduro qui n’est plus, selon Washington, un Président légitime. Par conséquent, l’argent correspondant à ces exportations de pétrole vénézuélien vers les États-Unis n’était pas remis à PDVSA, mais déposé sur des comptes bancaires séquestrés aux États-Unis, et cet argent est gardé pour Juan Guaido, considéré comme le seul Président légitime par l’Administration Trump.» 

Comment est-ce possible? Perrin explique:

«On parle souvent à travers le monde du long bras de la Justice américaine. Ce pays s’est doté d’un arsenal impressionnant, soit en termes de lois, soit en termes de décrets exécutifs, qui lui donnent la possibilité d’imposer des sanctions de nature extraterritoriale.»

Et de poursuivre:

«Ces sanctions suscitent énormément de protestation à travers le monde pour des raisons juridiques et politiques. Beaucoup estiment qu’il n’est pas normal qu’un pays, même le plus puissant, puisse imposer sa façon de voir, son droit, ses lois, ou ses décrets, au reste du monde […] C’est largement efficace.»

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Tags:
PDVSA, Nicolas Maduro, Juan Guaido
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