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    Les chroniques de Sapir

    Décodex: bilan de la chasse aux «fake news»

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    Lancé il y a peu par Le Monde, le Décodex se fixe pour objectif de trier le vrai du faux parmi un éventail de sites d’information. Mais certains lui reprochent de ne pas être neutre. Jacques Sapir revient sur la question en compagnie de la journaliste Élisabeth Lévy et du blogueur Olivier Berruyer.

    La rubrique Les Décodeurs du site internet du Monde a mis en ligne début février le Décodex, un outil censé permettre à ses utilisateurs de trier les sites d’information selon un degré de fiabilité qui va du rouge au vert en passant par l’orange. Pour tirer un bilan provisoire de l’opération, Jacques Sapir, lui-même dénigré par le Décodex, accueille un plateau « non compatible » avec les critères du Monde: Élisabeth Lévy, directrice de la rédaction du magazine Causeur et qui ironise sur le fait que l’application n’ait pas classé son site, et Olivier Berruyer, blogueur et fondateur du site Les Crises, estampillé lui en orange après avoir débuté en rouge.

     « J’aurais été presque vexée que Le Monde me mette en vert »: Élisabeth Lévy estime que « c’est une grosse arnaque qui repose sur une idée un peu bébête, mais qui a pour elle la simplicité de l’évidence: dans la vie, il y aurait des faits, d’un côté des faits vrais et de l’autre des faits pas vrais ». Elle s’alarme par ailleurs d’une « rage contre la critique des médias » et rappelle que les faits sont inséparables de leur interprétation par un observateur: « Moi aussi je fais de l’idéologie, je défends une opinion, simplement moi je le sais. Le Monde confond ses opinions et la vérité, il y a une prétention à l’objectivité. » Au final, Élisabeth Lévy juge qu’un tel outil ne peut de toute façon pas être efficace auprès du public.

    Pour Olivier Berruyer, « compagnon d’infortune » de Jacques Sapir, « cette affaire est beaucoup plus importante qu’il n’y paraît », car « Les Décodeurs font la police », même s’il qualifie le nombre de téléchargements relativement faible de l’application d’« échec lamentable ». En effet, « ce qui est très intéressant, c’est les oranges. Dedans, il y a Minute, Rivarol, et tout à coup RussEurope et des gens sérieux! ». Selon lui, la question principale n’est celle des fausses nouvelles: « Ça existe un petit peu, certes […], mais le gros problème, ce ne sont pas les fake news, ce sont les no news, toutes ces nouvelles qu’on n’a pas dans les grands médias. » De plus, Olivier Berruyer estime que sa mise à l’amende par le Décodex lui inflige un préjudice personnel très fort: « Vos amis vous appellent, vous vous demandez comment va réagir votre employeur, ce n’est pas un jeu tout ça. J’ai sérieusement pensé à fermer mon blog. » Il craint donc qu’une démarche comme celle-ci puisse dissuader des gens de se lancer dans l’information indépendante.

     

     

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