Séisme eurosceptique en Italie: chaos politique ou saine recomposition?

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Les dernières élections italiennes rebattent les cartes du jeu politique: les deux grands vainqueurs se distinguent par leurs positions critiques à l’égard de l’Union européenne. Alors que des négociations de coalition sont en cours, réaction avec l’eurodéputé italien Mario Borghezio, invité des Chroniques de Jacques Sapir.

Avec 32% des suffrages exprimés, le Mouvement 5 étoiles (M5S) fondé par l'humoriste Beppe Grillo devient la première formation politique d'Italie à l'issue des élections générales du 4 mars. Mais avec 37% en cumulé, la coalition de droite le devance. Au sein de celle-ci, autre surprise: c'est la Ligue, anciennement Ligue du Nord, qui arrive en tête devant Forza Italia de Silvio Berlusconi. Quant au Parti démocrate (centre gauche) de l'ancien président du Conseil Matteo Renzi, il réalise son plus mauvais score historique. Les partis traditionnels semblent donc être les grands perdants du scrutin, tandis que les "populistes" eurosceptiques triomphent. Alors que les négociations battent leur plein pour former un gouvernement de coalition, les observateurs s'accordent à dire qu'il s'agit d'un véritable séisme, mais ce bouleversement sera-t-il forcément chaotique?

Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Mario Borghezio, eurodéputé Ligue du Nord et ancien sous-secrétaire italien à la Justice.

Si la Ligue et le Mouvement 5 étoiles partagent certaines positions critiques sur l'Union européenne, Mario Borghezio plaide pour la fidélité de son parti à son alliance avec Forza Italia malgré son "européisme": «Nous ne pourrions pas gouverner durablement avec le M5S. Ils ont des propositions que nous estimons démagogiques, comme par exemple dédommager les chômeurs à hauteur de leur ancien salaire. La seule chose qui serait possible pour nous avec le M5S, ce serait de faire un gouvernement provisoire, pour réformer le système électoral et convoquer de nouvelles élections. À terme, nous pourrions envisager de former une coalition avec eux, mais il faut avant tout qu'ils aient un programme compatible et cohérent, avec des idées bien précises.»

Jacques Sapir explique le succès des eurosceptiques à ces élections par deux points: «Premièrement, ce sont les difficultés économiques générales de l'Italie. Le pays est complètement épuisé par les résultats de la politique économique européenne. Sur les dix dernières années, la croissance cumulée de l'Italie représente la moitié de celle de la France ou de l'Allemagne, et le tiers de celle des États-Unis. Deuxièmement, le fait que les membres de l'UE aient laissé les Italiens se débrouiller tout seuls face au phénomène migratoire. Les raisons géographiques sont évidentes, mais fallait-il pour autant que les autres pays européens se déchargent sur le gouvernement italien d'un problème qu'il ne peut pas gérer seul? Tout cela a créé un très gros ressentiment dans la population.»

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