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    Les chroniques de Sapir

    Grève SNCF: le coup du coût

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    Combien coûte la grève des cheminots? Et surtout, à qui? Peut-on vraiment évaluer l’impact financier d’un mouvement social, ou inversement celui de la réforme à laquelle il s’oppose? Le syndicaliste Bruno Poncet et l’économiste Gilles Saint-Paul en débattent avec Jacques Sapir.

    Après plus d'un mois de grève à la SNCF se pose la question du coût de ce mouvement social. L'aspect le plus mis en avant dans la presse est celui des pertes pour l'entreprise, qui dépassent déjà les 200 millions d'euros. Or il s'agit précisément de l'objectif principal des grévistes: faire perdre de l'argent à la SNCF pour forcer la direction et le gouvernement à négocier. Mais on peut également prendre cette question par l'autre bout: la grève coûte beaucoup aux grévistes eux-mêmes. Le cœur du rapport de force se jouerait-il donc sur cette question du coût? Par ailleurs, une libéralisation du rail pourrait comporter d'importants coûts cachés. Peut-on comparer le coût de la grève au coût potentiel de la réforme?

    Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Bruno Poncet, secrétaire fédéral SUD Rail, et Gilles Saint-Paul, économiste, professeur à la Paris School of Economics.

    Bruno Poncet détaille ce qu'implique la grève pour les grévistes: «Un jour de grève me coûte 77 euros brut, et il y a une douzaine de jours de grève par mois avec ce système de grève perlée. Ça dépend du salaire, dans mon cas je perds pas loin de 700 euros net par mois. Mais ce n'est rien à côté de ce qu'on essaie de gagner. Ce que nous défendons, ce ne sont pas des intérêts catégoriels, puisque nous allons garder notre statut de cheminots et qu'il n'est supprimé que pour les nouveaux entrants. Je pense que cette réforme va coûter beaucoup plus cher aux Français et aux usagers que ce que nous coûte cette grève.»

    Sur la question du rapport de force, Gilles Saint-Paul estime qu'il serait plus bénéfique que le dialogue social ait lieu en amont: «Du point de vue économique, les rapports de force devraient se résoudre avant même que la grève ait lieu. C'est ce qui se passe souvent en Allemagne. En effet, les deux parties en présence ont intérêt à éviter ce coût de la grève, dans la mesure où elles peuvent en prévoir l'issue. Les grèves arrivent quand il y a un problème de confiance entre les deux parties et quand la nature du rapport de force est mal perçue.»

    Jacques Sapir insiste sur le fait que la grève ne coûte pas qu'à la SNCF et aux cheminots grévistes: «Il y a un impact sur toute une série d'entreprises. C'est aussi un coût, même s'il n'est pas directement mesurable. On n'en parle pas beaucoup dans la presse mais il y a des entreprises qui sont aujourd'hui en relative difficulté: les gens ne s'en rendent pas forcément compte, mais le train ne sert pas qu'à se déplacer, aussi à transporter des marchandises. Et ces entreprises se mettent à faire pression sur le gouvernement pour lui demander d'engager de véritables négociations pour qu'elles ne finissent pas par déposer pas le bilan.»

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