Ecoutez Radio Sputnik
    Les chroniques de Sapir

    Croissance en panne, lendemains qui déchantent?

    Les chroniques de Sapir
    URL courte
    Jacques Sapir
    271

    La croissance française s’annonce modeste pour 2018. Une mauvaise surprise qui pourrait compromettre la réussite du programme d’Emmanuel Macron? L’économiste David Cayla et le spécialiste en gestion Josse Roussel sont les invités des Chroniques de Jacques Sapir.

    Après une année 2017 marquée par un regain de croissance avec un peu plus de 2%, la France pourrait bien ne pas confirmer l'essai en 2018. Le premier trimestre connait déjà un ralentissement de l'augmentation du PIB, et les pronostics pour la suite ne sont pas optimistes. Alors que l'exécutif tablait sur une pérennisation des résultats encourageants de l'année dernière, l'Insee revoit à la baisse les prévisions du gouvernement et prédit un score inférieur à 2%. Pourquoi, comment, et avec quelles conséquences sur les résultats de la politique menée par Emmanuel Macron?

    Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent David Cayla, membre des Économistes atterrés et maître de conférences à l'université d'Angers, et Josse Roussel, docteur en sciences de gestion et professeur à la Paris School of Business.

    Josse Roussel détaille les raisons qui expliquent selon lui la croissance relativement bonne de 2017, puis son ralentissement en 2018: «La tendance de la croissance s'est améliorée à la fin du quinquennat de François Hollande et au début de celui d'Emmanuel Macron, parce qu'il y a eu un phénomène conjoncturel assez formidable et rare, ce fameux "alignement des planètes". Trois facteurs macroéconomiques ont contribué à doper la croissance française et européenne: des taux d'intérêt historiquement bas, un taux de change de l'euro qui baissait et qui laissait même croire qu'on arriverait à une parité avec le dollar, et puis un pétrole très bon marché. Alors qu'aujourd'hui, on s'aperçoit que les "planètes" se sont désalignées.»

    D'obédience plus keynésienne, David Cayla tempère ces aspects de contexte international: «Ce genre de constat astrologique est lié au fait que les gouvernements n'ont plus de prise sur l'économie, et ils en sont réduits à compter sur des facteurs qu'ils ne maîtrisent pas. Mais concernant cet "alignement des planètes", il date en fait d'avant et n'avait pas eu d'effet. De mon point de vue, la reprise de 2017 est liée au fait que c'était une année électorale: François Hollande a desserré un peu les contraintes budgétaires, par exemple en relevant légèrement le point d'indice des fonctionnaires. En réalité, ce qui pèse sur la croissance, ce sont les politiques de réduction des dépenses qui sont menées. Emmanuel Macron compte entièrement sur la croissance pour que sa politique réussisse. Il est un peu obligé de le faire, puisqu'il a commencé avec une double contradiction: baisser fortement les impôts du capital et des entreprises, et en même temps tâcher d'être le bon élève de l'Europe en réduisant les déficits publics. Donc la seule façon de réussir à diminuer les déficits tout en baissant les recettes de l'État, c'est par la croissance. Pour tenir ses objectifs, il aurait besoin d'une croissance de 2 ou 3%, et je suis très sceptique sur ce point.»

    Pour Jacques Sapir, attirer des capitaux étrangers comme le font les petits pays ne suffit pas, dans un grand pays comme la France qui a besoin d'une demande intérieure. Quant à une possible inspiration thatchérienne d'Emmanuel Macron, «il faut se souvenir que quand Margaret Thatcher avait mis en place ses réformes, elle était quasiment la seule en Europe à faire de la dévaluation salariale, alors que les autres pays maintenaient des postures très expansives. Ça avait créé un surcroît de compétitivité pour l'économie britannique simplement parce que les autres ne faisaient pas pareil. Aujourd'hui, on ne peut pas en dire autant.»

    Lire aussi:

    Croissance: Macron il bénéficie-t-il d’un «alignement des planètes exceptionnel»?
    Le FMI prévoit une reprise économique en Russie dès cette année
    La situation économique de la Russie à un mois de l’élection présidentielle
    Tags:
    croissance économique, croissance, économie, Emmanuel Macron, François Hollande, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik