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    Un empoisonnement n'est pas à l'origine de la maladie enfantine inconnue décelée en Tchétchénie

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    MOSCOU/GROZNY, 30 mars - RIA Novosti. Plusieurs nouveaux cas d'une maladie enfantine inconnue observés en Tchétchénie au début du mois de mars ont une fois de plus focalisé l'attention sur ce problème. Cette maladie s'était déclarée au mois de décembre de l'année dernière, quand dans trois villages du district de Chelkovskoï 87 personnes avaient été victimes de frissons, de maux de tête, d'étouffements, d'angoisses et d'anémie. Le même diagnostic avait été établi pour tous les malades: "syndrome pseudo-asthmatique de nature psychogène". Un diagnostic qui devait être confirmé par une commission spéciale créée par le gouvernement tchétchène.

    La thèse de l'empoisonnement (radioactif ou alimentaire) avait été l'une des premières évoquées, mais elle avait été écartée par l'enquête. Le procureur de la Tchétchénie, Valeri Kouznetsov, avait alors déclaré à RIA Novosti que "les enfants n'ont pas été victimes d'un empoisonnement toxicologique ou chimique. Les symptômes de la maladie ne sont pas provoqués par des substances de ce genre".

    Cependant, le lundi 27 mars, le pédiatre de renom Leonide Rochal a suggéré que l'on revienne à cette version.

    "Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une maladie nerveuse. Nous sommes peut-être en présence d'un empoisonnement par des substances dont nous ignorons encore la nature. Il faut poursuivre les analyses", a dit Leonide Rochal au cours d'une conférence de presse donnée à Moscou.

    La réaction a été immédiate. Les innombrables recherches effectuées n'ont pas confirmé la thèse de l'empoisonnement, a déclaré à RIA Novosti le vice-ministre tchétchène de la Santé, Soultan Alimkhadjiev, qui depuis le premier jour s'occupe de ce problème.

    "Nous avons littéralement épuisé les enfants, les échantillons biologiques que nous avons prélevés sur eux ont été analysés dans les plus grandes cliniques du pays, au Centre de médecine des catastrophes, à l'Institut de psychiatrie Serbski, dans des laboratoires du ministère de la Défense et du Service fédéral de sécurité (FSB), etc. Ces examens n'ont pas révélé la présence de substances toxiques dans le sang des malades", a souligné Soultan Alimkhadjiev.

    Le vice-ministre a indiqué qu'il avait demandé au docteur Rochal de déployer en Tchétchénie un laboratoire mobile pour procéder sur place à des analyses toxicologiques. "Leonide Rochal a répondu qu'il ne disposait pas de laboratoire mobile mais il a proposé de se rendre à Grozny avec des spécialistes".

    Soultan Alimkhadjiev estime toujours que la maladie des enfants a pour origine des surcharges neuro-psychologiques prolongées.

    "Ce diagnostic a été établi par des chercheurs russes de notoriété et pour l'instant nous n'en avons pas d'autres", a souligné le vice-ministre.

    Cette maladie enfantine de masse en Tchétchénie a pour origine une tension psycho-émotionnelle élevée, provoquant des "convulsions dissociatives". Tel a été le dernier diagnostic établi en décembre par la commission présidée par le directeur adjoint de l'Institut de psychiatrie médico-légale Serbski (Moscou), Zourab Kikalidze.

    Pour ce chercheur la cause de la maladie est la tension psycho-émotionnelle élevée à laquelle la population tchétchène est soumise. "Nous sommes confrontés à l'effet de contagion psychologique. Lorsqu'une personne se sent mal, cela se transmet à une autre, à une troisième et ainsi de suite. Et l'on aboutit à un état syncopal auquel s'ensuivent des spasmes", explique-t-il.

    "Il est nécessaire d'élaborer une conception de réhabilitation pshychologique et sociale de l'ensemble de la population", a dit Zourab Kikalidze.

    En ce qui concerne les nouveaux cas de maladie, Soultan Alimkhadjiev a indiqué que "des patients présentant les symptômes caractéristiques ont été signalés après la diffusion le 21 février par la télévision d'une émission sur les enfants malades du district Chelkovskoï.

    "Dans le monde des cas semblables de maladies enfantines ont été observés dans des pays en proie à des conflits armés ou encore quand le péril terroriste était présent", a rappelé le docteur. Celui-ci estime que "le caractère durable de la maladie des enfants en Tchétchénie est lié aux conditions de vie prévalant dans leurs familles".

    Il est significatif qu'au mois de décembre les malades étaient essentiellement des femmes et des jeunes filles et quatre femmes et deux jeunes filles en mars.

    Pour le chef des services tchétchènes de toxicomanie, le psychiatre Moussa Dalsaïev, dans la nature il n'existe pas de substance ou de poison qui agirait sélectivement uniquement sur les personnes de sexe féminin. Plusieurs années durant les gens ont été soumis a des actions psycho-traumatisantes, et cette thèse est confirmée par le fait que ceux qui sont tombés malades ce sont principalement des femmes et des jeunes filles qui, c'est notoire, sont les plus vulnérables aux effets émotionnels.

    "Il s'agit là d'une réaction psychologique qui se manifeste sous forme de symptômes physiques qui ne cadrent dans aucune autre maladie", a souligné Moussa Dalsaïev.

    "Lorsque les médias cesseront d'attiser la tension et quand la télévision ne montrera plus les enfants en spectacles, la situation reprendra son cours normal, j'en suis sûr, a déclaré le psychiatre en annonçant qu'un phénomène identique avait été observé dans une école américaine. Il avait été provoqué par le sentiment de peur face au terrorisme biologique.

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