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Dans les coulisses du Kremlin, un protocole très sophistiqué est à l’œuvre pour cacher les maladies du président, choisir les cadeaux officiels ou s'assurer que les réserves de vodka et de montres soient toujours pleines. Le «père» du protocole contemporain du Kremlin confie ses secrets à la presse russe.

Vladimir Chevtchenko a créé le protocole contemporain du Kremlin à l'époque de Mikhaïl Gorbatchev et l'a perfectionné sous Boris Eltsine puis il est devenu conseiller de Vladimir Poutine et de Dmitri Medvedev. Récemment, il a consigné ses souvenirs dans un livre unique: La vie quotidienne du Kremlin sous les présidents et a dévoilé les détails cachés de la cuisine du protocole présidentiel.

Selon lui, si on accuse les présidents de certains ratés, on oublie souvent qu'il pourrait s'agir d'une erreur de leur équipe, comme c’était le cas avec la nouvelle première ministre britannique Theresa May qui a oublié de tendre la première la main au président russe Vladimir Poutine. La presse en a fait tout un scandale.

« Je pense que son oubli était dû à l'émotion… et au mauvais travail de son protocole. C'est ce dernier qui doit avertir le leader des particularités des rencontres au niveau international », explique-t-il à Lenta.ru.

La reine Elizabeth II, quant à elle, avait toujours un bouquet de fleurs à la main pour cette occasion. Si la reine le souhaite, elle tend la main elle-même. En 1994, elle a effectué sa première et sa dernière visite d’État en Russie. C'est une histoire particulière – dans ce format la reine ne peut se rendre dans le pays qu'une seule fois. Et le protocole de la reine nous en avait avertis. Ils préparaient d'ailleurs cette visite très minutieusement. Ils venaient tous les mois et demi. C'était une grande équipe, mais assez âgée. Oui, à cette époque le bouquet dans ses mains changeait plusieurs fois par jour.

Le spécialiste constate que la culture de communication avec les médias ne change pas seulement en Russie, mais également chez les Américains. Par exemple, c'est la première fois qu’il constate un tel acharnement sur la santé d'un futur dirigeant.

« Bien sûr, c'est difficile – Hillary Clinton approche des 70 ans et la lutte est féroce. Mais elle est responsable. Quand on se sent mal, il vaut mieux annuler l'activité. Ne pas monter sur la tribune, tousser, s'agripper à un verre d'eau, perdre connaissance », estime 

Après quatre crises cardiaques Boris Eltsine n'était pas non plus en forme. Mais quand il se sentait mal, l’équipe essayait d'éviter les contacts avec la presse. 

« Et lui-même nous le disait: "Cela paraîtra indécent". Chaque personne a droit à cette faiblesse ».

Si le président est en ratard, c’est aussi de la faute à son équipe. C'est pour cela que le protocole a son importance, mais à condition qu'il soit très proche du président. Dès le matin le chef du protocole doit personnellement passer en revue avec le président son emploi du temps. Ma journée de travail commençait par la liste de Boris Eltsine. Nous regardions le plan pour savoir quelle activité aurait lieu ou non. Quand quelque chose n'allait pas, le plus important était d'avertir l'intéressé que l'entretien était annulé.

« La présidence est synonyme de nuits blanches. Eltsine dormait deux à trois heures par jour. », confie M. Chevtchenko.

« Je me rappelle par exemple de cette rencontre avec un homme d'affaires et la princesse Anne, membre de la famille royale, à Londres. Il fait très chaud, nous attendons en smoking. Cinq, dix, quinze minutes passent. Mais elle n'arrive toujours pas. Que se passe-t-il? Son équipe ne dit rien. Et enfin la princesse Anne arrive en courant, toute émue et présente ses excuses. Il s'avère qu'elle avait pris elle-même le volant et commis un excès de vitesse. Elle avait été arrêtée par les policiers et avait pris du retard pendant qu'ils dressaient le procès-verbal », se souvient-il.

Quant aux cadeaux, c’est un sujet à part pour l’équipe du président. Ainsi, si par exemple Boris Eltsine enlevait souvent sa montre pour l'offrir à quelqu'un qu'il appréciait, dans sa mallette M. Chevtchenko avait toujours cinq montres en réserve. 

« Nous les avons éditées avec l'inscription "Du premier président de la Fédération de Russie". A l'époque, nos montres mécaniques étaient les meilleures. Rien à envier à la Suisse. Les horlogers suisses achetaient souvent des montres chez nous pour remplacer le boîtier et les vendre sous leur marque. », raconte-t-il.

D’après lui, choisir u cadeau convenable est un travail laborieux et subtil. 

« J'avais deux hommes spécialement affectés à ces questions. L'un d'eux connaissait bien nos peintres et lui-même dessinait très bien. Nous travaillions à l'époque avec notre artisanat: la céramique de Gjel, khokhloma, la porcelaine de Doulevo, le filigrané de Rostov, le samovar et les armes de Toula. D'ailleurs, la reine Elisabeth a reçu en cadeau un samovar, un vrai, avec du charbon – la copie conforme du samovar de Lev Tolstoï ».

Dès le début des préparatifs d'une visite, il avoue avoir scrupuleusement étuduer les passions des dirigeants avec le ministère des Affaires étrangères. C'était une chose dangereuse, d'ailleurs, car beaucoup suivaient ce procédé.

«  Quand nous sommes partis rencontrer pour la première fois Jacques Chirac, nous avons noté que dans sa jeunesse il traduisait Pouchkine. Une sélection de 30 tomes du poète venait de paraître et nous l'avons offerte au président français. Il était ravi. Nous avons touché Bill Clinton avec un saxophone en céramique de Gjel. Il fallait voir sa réaction. C'est quelqu'un de très émotif, il a pris le cadeau sans même le confier à la sécurité. Et Helmut Kohl, nous l'avons recouvert de pierres précieuses de l'Oural: aussi bien non traitées que sous la forme d'objets manufacturés. Il était collectionneur. Et quand nous lui avons rendu visite, nous avons vu nos "cailloux" ».

Un jour, Boris Eltsine avait reçu un ours en cadeau.

A peine avait-il dit en Sibérie qu'un ours était beau qu'on lui avait immédiatement offert.

L’ours a été transmis donné au zoo. Les chevaux offerts étaient donnés aux usines et aux expositions. D'ailleurs Boris Eltsine avait sa propre écurie.

Récemment, Sergueï Lavrov a offert de la vodka aux journalistes. John Kerry distribuait une pizza et le ministre russe a sorti quelques bouteilles de vodka.

Selon Vladimir Chevtchenko « les étrangers aiment beaucoup nos boissons – notamment la vodka de qualité. Il y a plusieurs possibilités aujourd'hui. A notre époque on donnait un paquet cadeau sous la forme d'un tube: de la vodka et une boîte de caviar. Cela coûtait trois roubles. Et un tel tube était très apprécié! ».

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Tags:
couloir, protocole, Kremlin, Jacques Chirac, Sergueï Lavrov, reine Élisabeth II, Theresa May, Mikhaïl Gorbatchev, Vladimir Chevtchenko, Boris Eltsine, Vladimir Poutine, Russie
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