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    Vladimir Poutine

    Who is Mr. Putin: retour sur 17 ans de politique du dirigeant russe

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    Même si l'Occident a commencé à mieux comprendre qui était Vladimir Poutine depuis son arrivée au pouvoir en Russie il y a 17 ans, il reste un politicien imprévisible aux yeux des élites politiques étrangères.

    Par contre, l'image et la rhétorique du président n'ont pas significativement changé aux yeux des Russes, pour qui il reste le pilier du système politique national, estiment les politologues interrogés par Sputnik.

    Ces derniers pensent que la politique étrangère et la position de la Russie sur la scène internationale doivent passer — et passeront certainement — au second plan à la fin de la troisième présidence de Vladimir Poutine pour se focaliser sur la politique nationale. Jusqu'à la fin de ce mandat et pendant le suivant s'il se présente et remporte une quatrième élection, Vladimir Poutine va se consacrer à la reconfiguration du système pour le priver d'une gestion manuelle.

    Dans le même temps, les experts notent que l'image de réussite dont il bénéficie pourrait faiblir s'il n'entreprend pas de réformes.

    Vladimir Poutine et ses chiens
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    Vladimir Poutine est arrivé dans la grande politique en 1999, a occupé le poste de premier adjoint et de premier ministre par intérim, puis de chef du gouvernement. En 2000 il est devenu le deuxième président de la Fédération de Russie après Boris Eltsine, poste qu'il a occupé pendant deux mandats consécutifs. En 2008, le nouveau président Dmitri Medvedev a signé un décret pour le nommer premier ministre. Vladimir Poutine est redevenu président en 2012 en entamant son travail par la signature des "décrets de mai" — un vaste programme de développement des garanties sociales. Son troisième mandat expire au printemps 2018.

    Nicolas Ier, Alexandre III, Roosevelt ou Adenauer?

    Vladimir Poutine
    © Sputnik. Mikhail Klimentiev
    Les experts tirent des parallèles entre Vladimir Poutine et plusieurs dirigeants puissants arrivés au pouvoir dans leur pays en période de crise. Par exemple Konstantin Kostine, président de la Fondation pour le développement de la société civile, compare Poutine au 32e président des USA Franklin Roosevelt, au premier chancelier allemand Konrad Adenauer et au général de Gaulle en France.

    Le président américain, explique-t-il, est arrivé au pouvoir en pleine crise économique aux États-Unis et sa nouvelle ligne a permis de surmonter la Grande dépression. Adenauer a dû remettre sur pied l'Allemagne vaincue pendant la Seconde Guerre mondiale, et de Gaulle a dû reconstruire la France d'après-guerre. "Ces hommes politiques bénéficiaient d'un grand soutien et de la confiance de la population. Il y a une certaine ressemblance", pense Konstantin Kostine. Selon lui, aucun politicien n'a aujourd'hui l'envergure de Vladimir Poutine.

    Quant à l'histoire russe, le président actuel est comparé aux empereurs Nicolas Ier ou Alexandre III. Ainsi Nikolaï Mironov, directeur du Centre de réformes économiques et politiques, voit une ressemblance entre la Russie de Nicolas Ier et celle de Vladimir Poutine. "Certains aspects sont très similaires. Je le comparerais également sur certains points à Alexandre III — un tsar conservateur en politique et très actif dans l'économie", ajoute l'expert.

    "Poutine doit maintenant suivre la voie du réformateur Alexandre II, d'autant que son crédit de confiance actuel est suffisamment grand, qu'il y a le potentiel nécessaire et l'expérience historique, estime Nikolaï Mironov. Son quatrième mandat officiel doit être réformateur. Cela ne peut pas continuer. La stabilité apparente s'est transformée en stagnation".

    Qui est Poutine? Encore une question pour l'Occident?

    En 17 ans, l'Occident a bien compris qui était "monsieur Poutine". Tout comme en Russie, il est perçu à l'étranger comme un politicien d'envergure mondiale mais souvent imprévisible. Membre du forum germano-russe, Martin Hoffmann pense qu'au début de ce mandat l'ouverture de la politique de Poutine par rapport à l'Occident et sa disposition à coopérer étaient bien plus importantes qu'aujourd'hui, à l'heure où la coopération bilatérale est devenue plus compliquée qu'il y a cinq ans.

    "Le plus important pour Vladimir Poutine est qu'il a le bon profil et un certain avantage parce que la Russie peut mener sa politique sans consulter d'autres partenaires, contrairement à l'Occident où ce processus d'influence politique est bien plus complexe", ajoute le politologue.

    Vladimir Poutine
    © Sputnik. Mikhail Klimentyev
    Selon Mironov, les métamorphoses de la perception de Poutine sur la scène internationale se reflètent également dans la presse étrangère qui, hormis les méthodes caractéristiques et les expressions comme "Poutine est un leader autoritaire", "il n'y a pas assez de démocratie dans le pays", a commencé à le désigner comme un leader national capable de défendre les intérêts de son pays et d'agir sur la scène internationale "même si ses choix sont parfois controversés", estime l'expert.

    Selon Hoffmann, l'image du président russe s'est détériorée aux yeux des élites principales: "Poutine n'est peut-être pas perçu comme un ennemi, mais comme un homme qui poursuit des intérêts complètement différents de l'Occident à l'heure actuelle".

    Les populations, par contre, sympathisent bien plus avec la Russie et le président russe "car dans une certaine mesure les gens sont impressionnés de voir exprimée une ligne si nette en politique étrangère". "En ce sens je pense que parmi la population, notamment en Europe, Poutine ne perd pas autant de popularité qu'auprès des élites politiques", explique l'expert. Aujourd'hui, on n'entend plus la question "Qui est monsieur Poutine?" en Occident.

    C'est également l'avis de Fedor Loukianov, président du Conseil de politique étrangère et de défense, qui pense que l'Occident ne se pose plus cette question depuis longtemps: "Poutine n'est plus considéré comme une personne mais comme une marque, une marque très exagérée".

    "L'hystérie autour de Poutine qui, soi-disant, étrangle la démocratie avec ses tenailles, s'ingère dans toutes les élections, est un stratège incroyablement rusé: tout cela relève des peurs psychologiques des élites occidentales qui ne comprennent pas ce qui se passe. Tout ne se déroule pas comme ils l'avaient prévu et voici l'explication qu'ils ont trouvé", explique l'expert.

    Mais en Russie également, poursuit Fedor Loukianov, la perception de Poutine n'est pas dépourvue d'une certaine "mythologisation". "Il reste toutefois le pilier de notre système politique — que cela plaise ou non. C'est un fait. C'est pour cela, je pense, qu'il est perçu de manière adéquate comme un dirigeant absolument irremplaçable aujourd'hui", ajoute l'expert.

    Konstantin Kostine précise que pour le public occidental, Poutine reste un politicien imprévisible: "Personne ne s'attendait au discours de Munich, aux actions concernant la protection des intérêts des Russes, à la réunification avec la Crimée ni à la disposition à faire face à toute pression".

    "Tout le monde comprend que Poutine est un politicien déterminé. Des milliers d'articles lui sont consacrés. J'ai lu plus de vingt livres publiés en Occident où les experts cherchent à expliquer les motifs du comportement de Poutine. Je pense que la réponse est à chercher du côté des valeurs. Les plaintes de dirigeants étrangers concernant l'imprévisibilité du président russe semblent très étranges. En politique, comme aux échecs, l'avantage est à celui qui arrive le mieux à comprendre les actions de ses concurrents, sachant qu'il est impossible de calculer ses coups jusqu'à la fin de la partie", résume-t-il.

    Deux mandats, ou "les six piliers de Poutine"

    D'après Nikolaï Mironov, le président a réussi à créer une image stable qui n'a connu que des changements mineurs au long de sa présidence.

    "Évidemment, au début il était plus jeune et il n'a plus le même âge aujourd'hui: cela laisse une empreinte, l'homme paraît plus sérieux et important. Mais les principales tournures rhétoriques et les images utilisées dans son discours, les outils et les méthodes politiques, la présentation de ses actions n'ont pas vraiment changé. Il s'est positionné depuis le départ comme un leader national unificateur et capable de rétablir l'ordre", explique l'expert.

    Cette image, précise Nikolaï Mironov, s'est formée pendant la première période — pendant laquelle il a surmonté le chaos des années 1990. La seconde période est arrivée après les turbulences politiques et les manifestations de 2011-2012 "qui n'étaient pas anti-Poutine mais dirigées contre le système politique injuste". A cette époque, un nouvel élément s'est ajouté à l'image du président.

    "Pendant la seconde période, l'un de ses principaux exploits restera la Crimée. La politique internationale arrive alors à l'ordre du jour et, à sa rhétorique, s'ajoute l'image d'un homme qui porte le pays vers de nouvelles positions sur la scène internationale. Le rétablissement d'un grand État a été inscrit à l'agenda. C'est le deuxième grand problème qui existait chez nous. Ça et le problème des années 1990. Cette nouvelle rhétorique et cette nouvelle image ont parfaitement réussi", analyse Nikolaï Mironov.

    Selon Konstantin Kostine, depuis que Poutine est au pouvoir ses actions reposent sur un même socle de valeurs, qui est à la base du soutien actuel du président russe.

    L'expert identifie "six principaux piliers de l'idéologie de Poutine": la souveraineté de la Russie en tant qu'État, le patriotisme; la démocratie; l'économie de marché; la justice sociale et les garanties sociales pour tous les Russes; ainsi que la stabilité comme condition nécessaire à la réalisation de tous les principes précédents et du développement progressif.

    "La stabilité et la prévisibilité font partie des principaux exploits de Vladimir Poutine, c'est ce pourquoi les Russes l'apprécient le plus selon tous les sondages russes et étrangers", rappelle-t-il.

    Avec la réforme fiscale, les transformations économiques et le rétablissement de l'ordre dans les relations fédératives on voit que "le mouvement en avant était continuel mais prudent, conscient des circonstances réelles". "C'est évidemment une approche très conservatrice qui est également propre à Poutine", estime Konstantin Kostine.

    Les problèmes à l'ordre du jour

    Selon les experts, aujourd'hui Vladimir Poutine cherche à reconfigurer le système pour qu'il ne nécessite plus de gestion manuelle. Le principal socle de valeurs, selon eux, reste toutefois inchangé.

    Une année de la vie de Vladimir Poutine
    © Sputnik. Sergey Guneev
    Selon Fedor Loukianov, les cinq dernières années de présidence de Vladimir Poutine ont été les plus difficiles de tous ses mandats de président et de premier ministre notamment à cause des crises, en particulier celle de 2013-2014. "Dans quelle mesure a-t-il été efficace? Suffisamment, je pense", a déclaré l'expert.

    D'après lui, la sixième année du mandat de Vladimir Poutine se déroulera dans des conditions différentes à cause d'un changement évident de la situation internationale, notamment de la politique américaine. "Ses anciens exploits ne seront pas effacés mais on ne pourra plus avancer avec les anciennes approches", analyse-t-il.

    Le politologue Nikolaï Mironov est également de cet avis et pense que l'image de politicien accompli dont bénéficie Vladimir Poutine pourrait faiblir car de nombreux problèmes des années 1990 refont surface. "Le niveau de vie a chuté et au premier plan reviennent les problèmes de corruption et de communication entre le pouvoir et la population… Le problème de l'élite privilégiée, de l'oligarchie, que Poutine avait traité au début de sa présidence, réapparaît", remarque-t-il.

    L'expert rappelle également les résultats des derniers sondages indiquant que moins de la moitié des personnes interrogées seraient prêtes, aujourd'hui, à voter Poutine. Les sociologues constatent un grand pourcentage d'indécision, ce que Nikolaï Mironov qualifie de "nouveau phénomène" témoignant d'une nouvelle turbulence politique, d'une crise, y compris dans l'image de Poutine, et de la nécessité d'une sérieuse redéfinition de cette image. "Pas simplement d'un point de vue rhétorique. De nouvelles actions sont nécessaires et pas sur la scène internationale, où tout va bien, mais dans le pays", souligne Mironov.

    Fedor Loukianov est du même avis, qui note que dans un contexte où certains pays se tournent vers les problèmes intérieurs, comme le montre le slogan du nouveau président américain Donald Trump "L'Amérique avant tout", la Russie devrait agir de même "car sans cela les succès extérieurs ne sauveront plus" l'image du président.

    De plus, estime Loukianov, Vladimir Poutine pourrait reconfigurer le système et le libérer de toute gestion manuelle: "Je pense qu'il devra s'en occuper pendant son prochain mandat s'il le briguait", a-t-il dit.

    Poutine prendra-t-il des mesures radicales?

    Nikolaï Mironov suggère de lancer un programme de réformes socioéconomiques et politiques "en les appelant par leur nom au lieu de les cantonner à des paroles ou à des mesures palliatives pour resserrer certaines vis".

    En ce sens Alexeï Zoudine, membre du conseil d'experts de l'Institut d'études socioéconomiques et politiques, note qu'une nouvelle politique économique est particulièrement sollicitée. Et d'ajouter que le contenu du programme en cas de participation et de victoire de Vladimir Poutine aux prochaines élections serait déterminé par ces circonstances.

    Nikolaï Mironov entrevoit la répétition du problème de 1996, quand Boris Eltsine avait été élu avec une popularité en déclin et que, dans les années qui avaient suivi, il avait dû chercher un successeur "car il n'arrivait pas à rétablir sa légitimité".

    "Honnêtement, Poutine pourrait rencontrer le même problème prochainement si les questions centrales n'étaient pas réglées dans le pays", estime l'expert.

    Dans le même temps, selon Alexeï Zoudine, "la rigueur soulignée et la fermeté ne sont pas inhérentes au président russe, au contraire". "Mais l'exigence est inhérente au politicien Poutine: l'exigence vis-à-vis de lui-même et de ses subordonnés, des membres de son équipe et ainsi de suite. Je ne pense donc pas qu'il faille s'attendre à terme à une certaine fermeté, mais je pense que l'exigence de Poutine restera à un niveau élevé", estime le politologue.

    Nikolaï Mironov se demande si Vladimir Poutine entreprendra les démarches radicales nécessaires pour assurer sa légitimité et améliorer son image dans le pays.

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