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    Après les Témoins de Jéhovah perquisitions chez les scientologues. A qui le tour?

    Après des perquisitions chez les Témoins de Jéhovah et les scientologues, à qui le tour?

    © Sputnik . Eugeny Odinokov
    Russie
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    Interdiction des Témoins de Jéhovah en Russie (2017) (14)
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    Après l'affaire résonante au printemps concernant la fermeture de l'organisation centrale des Témoins de Jéhovah en Russie et la reconnaissance de son activité comme étant extrémiste, le thème de l'extrémisme religieux, des sectes et des cultes destructeurs est revenu au premier plan de l'espace médiatique.

    Cette fois la police a perquisitionné les bureaux de l'église scientologiques de Saint-Pétersbourg.

    Dans la matinée du mardi 6 juin le bureau de Saint-Pétersbourg du Service fédéral de sécurité (FSB) procèdent aux perquisitions dans le bureau de l'église scientologique rue Babouchkine et dans les locaux résidentiels de l'"église". Le service de presse du FSB a précisé que l'objectif des fouilles consistait à "retrouver des objets et des documents prouvant le caractère criminel de l'activité de ce groupe religieux".

    Une enquête pénale a été ouverte pour "entreprenariat illégal", "incitation à la haine" et "organisation de communauté extrémiste". L'investigation est menée par le service d'enquête de la direction régionale du FSB. On sait également que les principaux figurants de cette affaire ont été identifiés et "on choisit actuellement les mesures de coercition à leur égard". La police se refuse à d'autres commentaires pour l'instant, car l'enquête n'est pas terminée.

    En mars les forces de l'ordre avait déjà perquisitionné une structure des scientologues russes à Lossino-Petrovski — le Centre de gestion de l'activité pour propager la dianétique et la scientologie, dans la région de Moscou. Selon la presse, il était question d'une enquête sur l'activité entrepreneuriale illégale des individus agissant au nom du groupe "Eglise scientologique de Saint-Pétersbourg".

    Plus tôt, en 2015, a été ouverte une enquête pénale visant une entrepreneuse de Saint-Pétersbourg, Ekaterina Zaborskikh. Cette dernière récoltait de l'argent auprès des personnes pour la construction d'un grand immeuble où ils pourraient tous être logés, avant de disparaître avec l'argent. Selon l'enquête, Ekaterina Zaborskikh a fait don des 130 millions de roubles obtenus de la part des "copropriétaires" du complexe immobilier aux adeptes de Ron Hubbard.

    La scientologie en Russie

    La dianétique et la scientologie sont un courant philosophico-religieux fondé aux Etats-Unis au début des années 1950 par l'écrivain de science-fiction et le voyageur Lafayette Ron Hubbard. Selon la charte des scientologues, toutes les paroles de Hubbard sont une "sainte écriture", la vérité absolue et sont obligatoires pour l'exécution. Ils qualifient leur doctrine de nouvelle religion mondiale. Sur le site de l'église scientologique de Moscou, qui a été fermée, la scientologie est définie comme "l'étude de l'esprit et le travail avec lui dans ses interactions avec soi-même, l'univers et une autre vie".

    Les informations sur le nombre d'adeptes de la scientologie en Russie divergent: bien que l'organisation parle d'environ 90 000 membres, l'Association russe des centres d'étude des religions et des sectes (RATsIRS) indique que le nombre de scientologues en Russie ne dépasse pas 4 000 adeptes. Toutefois, ceux qui sont familiers avec la scientologie ou ont un jour fait partie de l'organisation sont bien plus nombreux, selon ces informations.

    "De nombreuses personnes sont passées par la secte, explique l'expert des religions et président de RATsIRS, Alexandre Dvorkine. Simplement elles l'ont déjà quittée, elles ont été complètement pressées, et aujourd'hui, vidées et meurtries, elles n'en font plus partie." Actuellement, selon RATsIRS, "plusieurs dizaines" d'organisations scientologiques se trouvent en Russie agissant à titre d'associations, de groupes religieux, d'organisations éducatives ou culturelles, de centres de réhabilitation et de séminaires d'affaires.

    En juin 2016 la Cour suprême russe a reconnu légitime la suppression d'une telle organisation — Eglise scientologique de Moscou. L'enquête du ministère russe de la Justice a permis d'établir que son activité factuelle ne correspondait pas aux formes et aux méthodes de travail, aux informations sur les fondements de la doctrine invoquées lors de l'enregistrement public. En mars 2016 les médias russes avaient rapporté qu'au cours des trois dernières années les scientologues auraient expatrié aux USA près de 3 milliards de roubles sous la forme de "dons".

    "Toutes ces organisations font partie de la secte scientologique, d'une même structure scientologique avec un centre à Los Angeles et lui sont directement subordonnées. Ce qu'on appelle l'"église scientologique" n'est qu'un département "religieux" de la secte scientologique. Elles peuvent porter différents noms: Centre de dianétique, Centre de scientologie, Commission civile pour les droits de l'homme, Jeunesse pour les droits de l'homme, Narkonon, Criminon, Enseignement appliqué, il existe également des écoles de langues et une société vendant des cuisines — la liste est trop longue pour être citée", explique Alexandre Dvorkine.

    Sachant que toutes ces associations sont enregistrées comme des organisations différentes, et il est très facile de prouver de facto leur implication aux scientologues, d'après l'expert. Même d'après les publications internes de la scientologie. Selon le spécialiste, l'activité de toute l'organisation scientologique devrait attirer l'attention des autorités compétentes.

    "Il est indéniable que le fondateur de la secte Ron Hubbard incite à la haine envers les citoyens de par leur attitude envers la scientologie, déclare Alexandre Dvorkine. Selon la doctrine de Hubbard, une partie de la population sont des "suppresseurs" — ceux qui ne comprennent pas ou critiquent la scientologie. De tels individus sont incurables, il faut donc les discriminer, les priver de leurs possessions, il faut les anéantir physiquement, ce sont littéralement ses propos. Par conséquent, la scientologie déclare la guerre à de tels individus. Or à la guerre tous les moyens sont bons. Mais si l'organisation professe la haine et de facto le meurtre, le vol et la persécution envers un groupe de population, c'est un véritable extrémisme, il me semble."

    En 2012 le tribunal régional de Moscou a ordonné d'inscrire certains livres de Hubbard sur la Liste fédérale des œuvres extrémistes interdites sur le territoire russe. Selon Alexandre Dvorkine, il faut poursuivre cette pratique par rapport aux écrits des continuateurs de la cause et de la doctrine de Hubbard, et aux différentes ressources vidéo et audio qui sont "très nombreux: des milliers".

    De nouveaux figurants attendus

    L'expert des religions Roman Silantiev, directeur du Centre des droits de l'homme du Conseil populaire russe mondial (VRNS), associe les récentes actions visant les scientologues et les Témoins de Jéhovah, dont les principaux centres religieux et administratifs se trouvent à l'étranger, à une "réaction normale de l'Etat au changement de la situation en politique étrangère". D'après lui, chacune des organisations mentionnées était surveillée depuis longtemps, et cette surveillance aurait pu commencer à la même période.

    "Quand les Américains qualifient ouvertement la Russie de principal ennemi, et ce de manière régulière, l'attitude change envers les organisations religieuses basées sur le territoire de l'ennemi potentiel — même plus potentiel, disons, mais déjà réel", a déclaré Roman Silantiev.

    Particulièrement "quand surgissent des informations intéressantes sur les opérations financières, sur l'argent importé ou exporté du pays — on s'interroge: ces organisations ne peuvent-elles pas être une couverture pour une activité de renseignement d'Etats hostiles?".

    L'expert est convaincu de l'apparition à terme de nouveaux figurants de telles affaires, hormis les scientologues et les Témoins de Jéhovah.

    Par ailleurs, la lutte contre les sectes en Russie est menée aujourd'hui dans les conditions d'une base juridique imparfaite, comme le reconnaissent déjà les législateurs. C'est pourquoi en février 2017 le Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe) a décidé de créer un groupe de travail pour préparer les amendements sur la protection des Russes contre l'activité destructrice des sectes. D'ici l'automne ce groupe de travail doit présenter un projet de loi en la matière.

    D'après les estimations des experts, près de 500 sectes destructrices œuvrent actuellement en Russie. Sachant qu'il est impossible de calculer combien de personnes ont été touchées ou seront encore touchées par leurs actions frauduleuses. En avril la Cour suprême russe a reconnu le siège des Témoins de Jéhovah en Russie comme étant extrémiste. Cette décision n'est pas encore entrée en vigueur.

    Selon la responsable du groupe de travail, la sénatrice Elena Mizoulina, la situation se complique d'autant plus que la notion de "secte", qui plus est de "secte destructrice", n'existe pas dans la législation russe. C'est pourquoi les sectes se dissimulent derrière différentes organisations, organisent des formations psychologiques et des séminaires pour développer les qualités d'un leader. Or nombreux sont ceux qui souhaitent devenir un leader.

    Dossier:
    Interdiction des Témoins de Jéhovah en Russie (2017) (14)

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    Tags:
    perquisition, Eglise de scientologie, Saint-Pétersbourg, Russie
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