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Dans la perspective de la Coupe du Monde 2018, la Russie a passé le test de l’organisation de la Coupe des Confédérations. Pour autant, la réputation de ses hooligans et le changement d’échelle entre les deux évènements ne rassurent pas certains observateurs. Analyse.

Stade Krestovski, Saint-Pétersbourg, dimanche 2 juillet: l'Allemagne archi-dominée battait de valeureux Chiliens en finale de la Coupe des Confédérations. Un match entre deux belles équipes pour clore ce tournoi des plus grandes équipes de chaque continent. Pas de grande surprise de ce côté-là, les favoris de la compétition se sont tous retrouvés dans le dernier carré. Quelques points positifs à retenir de cette Coupe du Monde (avant l'heure), de belles affiches, des stars du ballon rond au rendez-vous et une préparation qui laisse présager une organisation sérieuse pour le Mondial 2018 en Russie.

La Coupe des Confédérations: un vrai test?

Difficile évidemment de comparer l'audience de la Coupe des Confédérations avec celle de la Coupe du Monde, deuxième évènement sportif le plus regardé dans le monde après les Jeux olympiques d'été. Comme le déclare le journaliste Vivien Couzelas, auteur de l'ouvrage Dans la tête d'un hooligan, l'engouement des supporters est moindre, car la compétition représente un enjeu moindre et ils se déplacent moins volontiers. Il est donc plus simple pour les autorités locales de gérer les mouvements de supporters: «ceux pour qui on peut penser qu'il y va y avoir des débordements ne font pas le déplacement pour la Coupe des Confédérations, parce que ce n'est pas leur problème.»

Les forces de l'ordre russes ont pu toutefois évaluer leurs aptitudes à l'organisation d'une compétition internationale. La Coupe des Confédérations représentait une forme de test, de mini-répétition pour la Russie, aux yeux du monde comme l'indiquait justement cet article. Ainsi, pas de déboires importants ni d'incidents à signaler durant la compétition qui s'est terminée ce dimanche.

Les leçons de l'Euro 2016: un contre-exemple pour les autorités russes

La gestion des supporters et des hooligans a toujours été un souci majeur pour les organisateurs de compétition, spécialement quand il s'agit de football. C'est devenu un enjeu de premier ordre depuis l'Euro 2016 et les terribles images de Marseille. Comment l'expliquer et comment tirer les leçons de ces débordements sauvages? Vivier Couzelas estime que c'est une combinaison de facteurs qui a mené à ces violences: «l'emballement médiatique […] un petit noyau de hooligans russes surentraînés […] et les nombreuses défaillances du dispositif policier.»

Le journaliste cite ainsi le sociologue Nicolas Hourcade, spécialiste du hooliganisme, qui avait auparavant averti les autorités françaises de certains matchs à risque, dont le match Angleterre-Russie à Marseille: «parce que à Marseille et parce que entre Anglais et Russes.» Il dénonce également la politique de gestion des foules et des supporters en France, menée par la Division nationale de lutte contre le hooliganisme:

«Il n'y a pas de gestion de supporters justement. Et avant l'Euro, tout simplement dès qu'il y avait un match à risque, on interdisait les supporters de déplacement et en fin de compte, on s'est aperçu que le jour de l'Euro, les policiers se sont retrouvés complètement dépassés, parce qu'ils ne s'étaient pas entraînés sur le terrain. La division de lutte contre le hooliganisme n'avait pas du tout fait le nécessaire.»

La vérité sur les supporters russes, les quelques hooligans et l'intox des médias

À lire les titres actuels de la presse française et européenne, les supporters russes sont violents, de vraies brutes épaisses et surtout, figureraient parmi eux des commandos de forces spéciales infiltrés pour déstabiliser les démocraties occidentales. À lire ici, ou encore , où Dany Cohn-Bendit propose même d'annuler la Coupe du Monde en Russie. Un documentaire de la BBC était ainsi publié en février, son titre: «Russia's Hooligan Army».

Vivien Couzelas accuse ainsi les médias de: «de diaboliser les Russes, les supporters russes, en disant qu'ils sont méchants. Les médias entretiennent ça en se demandant si on doit craindre le pire» pour la Coupe du Monde. C'est évident et personne ne le nie, il existe des hooligans en Russie. D'après le journaliste, le hooliganisme est même un sport chez certains, ceux qui étaient présents à Marseille en juillet 2016 sont venus pour en découdre. Vivien Couzelas ne mâche pas ses mots, lorsqu'il note une proximité supposée entre certains chefs de groupes de hooligans et certains haut-fonctionnaires russes.

L'auteur de Dans la tête d'un hooligan considère simplement qu'il faut ramener ces problèmes à leur juste mesure et surtout ne pas essentialiser les supporters russes. Il cite d'ailleurs Ronan Evain [spécialiste du hooliganisme russe, qui n'a pas répondu à nos sollicitations] qui explique qu'il ne faut surtout pas généraliser: «il y a plein de supporters russes qui sont tout ce qu'il y a de plus pacifistes. La Russie a vraiment communiqué fermement son intention aussi d'éradiquer le hooliganisme, proportion infime par rapport au nombre de supporters.»

À quoi faut-il s'attendre alors en Russie pour les supporters?

À l'instar de Clément d'Antibes, un des supporters les plus connus de l'Équipe de France, de nombreuses personnes semblent vouloir se déplacer en Russie pour soutenir leur équipe nationale. Couzelas note ainsi que «les supporters du Besiktas en Turquie disaient qu'ils n'étaient pas spécialement effrayés à l'idée d'aller en Russie.»

Il est difficile de prévoir si la Coupe du Monde en Russie sera un succès en termes de sécurité, surtout dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Le journaliste conseille ainsi aux autorités russes de ne pas tenir le discours qu'avait adopté la France pour l'Euro, celui où «ils disent ne vous inquiétez pas, il n'y aura pas de problèmes et puis on se retrouve dans une situation où c'est le bordel», mais plutôt de ne rien dire et de faire le nécessaire.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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sécurité, Coupe des confédérations 2017 de la FIFA, Mondial 2018, Russie
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