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    Catherine Kolganoff

    Le dernier four Martin de Russie éteint, la petite fille de l’inventeur français témoigne

    © Photo. Viksunskiy usine métallurgique
    Russie
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    Ekaterina Bogdanova
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    Dernières étincelles rouges à couper le souffle… et le plus grand four Martin encore en activité en Russie, dans la région de Nizhni Novgorod, a été éteint pour toujours. Sputnik s’est rendu sur place et a interrogé Catherine Kolganoff, arrière-petite-fille du célèbre ingénieur français, invitée à assister à la cérémonie de clôture.

    «Très émue» et «fière» de son arrière-grand-père, Pierre-Émile Martin, Catherine Kolganoff retenait difficilement ses larmes en entendant le dernier soupir du four Martin dans l'usine métallurgique de Vyksa, située dans la région de Nizhni Novgorod.

    Pour des raisons écologiques, la direction de l'usine a pris la décision d'éteindre le 23 mars le dernier plus grand four de type encore utilisé en Russie. Il était utilisé depuis 1892 pour l'affinage de la fonte brute et la production d'acier destiné à la fabrication de roues de trains.

    Ce four n'était pas le seul à fonctionner en Russie. Il y a quelques dizaines d'années, en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale, ils étaient très nombreux parce qu'ils permettaient de fabriquer des pièces pour les fusils, les obus et les chars. Pour rendre hommage à cette invention, un célèbre poète russe a même écrit quelques lignes sur le four Martin pour une chanson très appréciée en URSS.

    «Lorsque je suis arrivée en Russie pour la première fois, je ne savais pas que mon ancêtre était aussi populaire ici. C'est en Russie que j'ai vu pour la première fois un four Martin. Bien entendu, il m'a impressionnée. En France, il y avait moins de fours Martin que chez vous», a raconté Mme Kolganoff.

    Si elle ne connaissait pas l'usine métallurgique de Vyksa, la petite fille de Pierre Martin vient régulièrement en Russie depuis déjà 30 ans. Elle s'y est rendue «40 ou 50 fois». La raison en est simple. Son père était russe, c'est lui qui lui a transmis l'amour de ce pays et de la langue russe. Mme Kolganoff était traductrice et a même vécu à Moscou pendant plusieurs années.

    À la question de savoir s'il y a une différence entre les Russes et les Français, Catherine Kolganoff répond positivement.

    «Les Russes sont patriotes et ils aiment leur pays et les Français sont toujours à dénigrer le leur, à se critiquer et à ne jamais être contents», a-t-elle notamment indiqué.

    Tenant compte du rôle que les fours Martin ont joué dans la lutte de l'URSS contre le nazisme, Mme Kolganoff a évoqué la contribution de l'armée Rouge à la victoire de 1945, qui est souvent sous-estimée dans les pays occidentaux.

    «En ce moment il y a beaucoup de problèmes dans l'éducation, dans les mouvements sociaux, dans la mentalité des Français. Les gens qui savent, les historiens vous diront que c'est faux, que ce n'est pas vrai et que la Russie a gagné la Guerre la première», a souligné Mme Kolganoff.

    Ce four du type de celui qu'avait conçu l'inventeur français Pierre-Émile Martin en 1864, a été installé à l'usine Vyksa en 1892. Durant toute la période de son utilisation, cet établissement métallurgique fondé en 1757, a produit environ 25 millions de tonnes d'acier.

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    Tags:
    roue, fusil, obus, acier, char, usine, Seconde Guerre mondiale, Russie
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