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À Arkhangelsk, en Russie, sept personnes ont été jugées dans le cadre d’une affaire de pédopornographie. Les parents pensaient que leurs enfants posaient pour des vêtements, mais la réalité était tout autre. Si les propriétaires du studio ont écopé de lourdes peines, les parents –qui clament leur ignorance– ont été punis encore plus sévèrement.

En Russie, sept personnes ont été condamnées dans une affaire de pédopornographie. Les photographes recrutaient des enfants sous prétexte de campagnes publicitaires pour des vêtements, mais les photographiaient nus.

Ironiquement, ce sont les parents des enfants victimes qui ont reçu les plus grosses peines de prison et non les organisateurs des séances photo, qui avaient passé un accord avec le juge. Bien que les enfants aient clamé l’innocence de leurs parents, le tribunal n’a pas pris en compte leur position et ne s’est appuyé que sur le témoignage à charge des propriétaires du studio photo. Au total, 11 enfants ont été victimes de ce réseau, les photos étaient revendues à des étrangers sur le Net.

L’une des enfants, Xénia Streblichenko aujourd’hui âgée de 22, ans ne cesse de clamer l’innocence de sa mère Julia Krasnova, accusée d’avoir incité sa fille, alors âgée de 11 ans, à participer à ces séances organisées par des connaissances de Mme Krasnova. Elle avait accompagné sa fille lors des premières séances et voyant que tout se passait bien et l’engouement de sa fille à poser devant un appareil, elle finit par la laisser y aller seule. En septembre dernier, Julia Krasnova a été condamnée à 13 ans et 3 mois de prison. Xénia ne croit pas à la culpabilité de sa mère.

«Je ne l’ai jamais raconté à personne, jamais. Ni à mes amis, ni à ma mère, ni à mon père, ni à mes grands-parents, personne. C’était tabou. Sur une clé USB, il y avait des photos de moi habillée et sur l’autre, des nus. Lorsque ma mère venait me chercher et demandait à voir les photos, c’est celles où j’étais habillé qu’on lui montrait.» déclare Xénia à RT Russia.

Les propriétaires du studio, un couple formé de Vadim Dvorakovsky et Olga Gusarova, obligeaient Xénia à poser nue dans le plus grand secret. Sous le pseudonyme «Casey», la jeune fille était très populaire, le photographe lui promettait la moitié des bénéfices perçus à condition qu’elle se taise. Xénia raconte que certains hommes commandaient certains types de photos, parfois à tendance BDSM, qui regroupe un ensemble de pratiques sexuelles comme le bondage, discipline, domination et soumission, sadomasochisme. Elle était attachée sur une croix, parfois elle devait se mettre en scène avec des jouets sexuels. Les propriétaires du studio photo lui martelaient que tout était parfaitement normal, mais qu’en aucun cas, sa mère ne devait savoir.

Avec le temps, d’autres jeunes filles se sont jointes aux séances photo. C’est Olga Gusarova qui recrutait elle-même les enfants auprès de ses anciennes connaissances, tout comme elle l’avait fait avec Ksénia et sa mère, prétextant une campagne de pub vestimentaire. À partir de ce moment, la jeune fille participait à des séances de photos groupées. Selon elle, aucun enfant ne racontait ce qui se passait réellement au studio. Les enfants avaient leurs propres pseudonymes, des photos décentes étaient affichées sur le site du photographe «Paradise Birds» et les clients écrivaient ce qu’ils souhaitaient et avec quel enfant. Les clients déboursaient entre 300 et 400 dollars américains (270 à 360 euros) pour une photo ou une vidéo, alors que Vadim ne donnait pas plus de 1.500 roubles, soit un peu plus de 20 euros, aux enfants. Et les clients n’étaient pas exclusivement masculins.

«L’un des premiers clients à s’adresser au site était une femme de Norvège. Elle avait les attentes les plus extrêmes», affirme Xénia à RT Russia.

En six ans et demi, les conjoints ont touché plus de 2,9 millions de roubles (environ 41.000 euros) sur le dos des enfants. En 2015, par peur de se faire prendre, Vadim abandonne le studio et se tourne vers les documentaires animaliers.

En 2016, M. Dvorakovsky et Olga Gusarova sont arrêtés par la police. Selon les sources de RT, les forces de l’ordre sont tombées sur l’un des sites de M. Dvorakovsky et ont pris connaissance du studio photo. Vadim archivait ses «œuvres» dans des dossiers comprenant les noms, les coordonnées, l’heure et la date des tournages, ce qui a facilité l’enquête des policiers et Vadim et Olga ont eux-mêmes indiqué les coordonnées des parents des victimes.

«Les policiers ont arrêté les propriétaires du studio ainsi que quatre mères et une grand-mère. Vadim, Olga et Natalya Nivina, 49 ans, l’une des mères, ont plaidé coupable et ont passé un marché, leurs témoignages servant de base à l’accusation des autres parents.»

Tout comme Julia Krasnova, deux autres personnes ont été arrêtées dans le cadre de cette affaire. Olga Martynova, 35 ans et sa mère Valentina Varakina, 64 ans, ont elles aussi été accusées d’inciter les filles d’Olga, 12 et 14 ans, à faire des photos dénudées. La grand-mère accompagnait les filles au studio. Le mari de Mme Martynova se souvient de l’arrestation de sa femme, mais il l’assure, sa femme et sa belle-mère n’étaient au courant de rien.

«Comment aurait-on pu y penser? Olga Gusarova était une connaissance de la famille, elle travaillait avec notre grand-mère, on avait confiance en elle. Mes filles ne disaient rien et puis comment peut-on imaginer ce genre de choses?» affirme Alexandre Martynov, le père, à RT Russia.

Lorsque la vérité a finalement éclaté sur le studio photo, les filles ont été enlevées à leur famille et une plainte à l’encontre des époux Martynov a été déposée pour non-respect des obligations parentales. La garde des enfants est dorénavant confiée à la mère d’Alexandre qui, comme Xénia avec sa mère, se bat aujourd’hui pour faire libérer sa femme.

Il aura fallu deux ans pour clore l’enquête, le procès s’est tenu à huis clos par le tribunal militaire d’Arkhangelsk. Xénia Streblichenko, les familles Martynov et les proches des autres accusés déclarent avoir été sous pression tout au long de l’enquête et du procès. Selon eux, de faux témoignages ont été utilisés, l’accusation se basant seulement sur les témoignages des conjoints Dvorakowski et Gusarova.

«Le tribunal n’a pas pris en compte les témoignages des victimes et des témoins, et à aucun moment le fait que les parents aient perçu de l’argent pour les photos et vidéos des enfants n’a été prouvé.»

Le 24 septembre, le tribunal a condamné les propriétaires du studio à 10 ans et 9 ans de prison, la mère qui est passée aux aveux à 5 ans et demi. Pour les parents, qui insistent sur le fait de ne rien savoir, les peines sont les plus lourdes: 12 ans pour Olga Martynov, 13 ans pour sa mère Valentina Varakin, 13 ans et 3 mois pour Julia Krasnova et 13 ans et 9 mois pour une autre maman.

«Au dernier procès en appel, je ne retenais plus mes larmes. J’ai vraiment peur pour ma mère, bien qu’elle s’accroche. Je n’ai pas peur des nouveaux procès, ce qui m’effraie, c’est que ma mère soit punie pour rien. Je lui ai demandé pardon, mais la culpabilité reste ancrée. Je pensais qu’on allait punir que ceux qui m’avaient fait ça, sûrement pas ma mère», déclare Xénia à RT Russia.

Malgré les peines prononcées, les enfants des parents accusés ne comptent pas baisser les bras. L’affaire doit encore passer devant la Cour de cassation et la Cour Suprême.

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Arkhangelsk, justice, Russie
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