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Le vaccin AstraZeneca suspendu dans plusieurs pays (44)
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Une vingtaine de pays ont déjà suspendu l’utilisation du vaccin AstraZeneca après des suspicions d’effets secondaires graves. Le gouvernement français vient, lui, de décider de son arrêt pour 24 heures, avant un avis européen mardi soir. Un revirement soudain après avoir défendu, la veille, son efficacité. Quid d’un tel regain de scepticisme?

Pays-Bas, Allemagne, Irlande et bien d’autres : ces derniers jours et heures, nombreux sont les États à suspendre le vaccin à «vecteurs viraux» d’AstraZeneca. La France n’a pas fait d’exception à la règle, à la stupéfaction de beaucoup.

Ce sérum est au cœur de vives polémiques depuis une semaine. En cause, le signalement de plusieurs effets indésirables graves, en particulier l’apparition de thromboses - formation de caillots sanguins - et de violentes allergies telles que des hémorragies cutanées. Des effets très minoritaires «au regard du nombre de vaccinés par AstraZeneca» (17 millions en Europe et au Royaume-Uni, selon le laboratoire), indique pourtant à Sputnik la virologue Mylène Ogliastro.

«Au regard des bénéfices collectifs et individuels (car ce vaccin protège très bien des formes graves), le nombre de cas à problèmes, qu’il ne s’agit pas de nier, semble faible pour stopper une vaccination indispensable pour les personnes à risque et au vu du nombre de contaminations.»

En effet, seuls une trentaine de problèmes sanguins auraient été observés pour l’instant dans l’UE et la virologue et chercheuse à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) rappelle que ces cas indésirables sont similaires à ceux déjà rencontrés pour d’autres vaccins, «le tétanos ou la polio par exemple».

Un vaccin à la mauvaise réputation infondée?

Déjà pointé du doigt pour ses retards de livraison et son efficacité relative (environ 70%) l’emballement et la disgrâce qu’a connus le vaccin d’AstraZeneca ne cessent de s’accentuer depuis samedi 6 mars et le décès d’une infirmière de 49 ans en Autriche. Cet événement a rapidement conduit le pays à suspendre l’administration de doses provenant du même lot que celle suspectée d’avoir causé la mort de l’infirmière.

 Une décision suivie dans la foulée par l’Estonie, la Lituanie, le Luxembourg et la Lettonie avant que les pays nordiques ne choisissent également de suspendre - totalement cette fois-ci - la vaccination avec ce produit. L’arrêt total jusqu’à nouvel ordre a également été choisi ces derniers jours par l’Irlande, les Pays-Bas et aujourd’hui l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, montrant une certaine cohésion de l’Union européenne dans une campagne vaccinale très décriée. Au total, 15 pays européens ont suspendu le vaccin AstraZeneca au moment de la publication de cet article. La France, qui jusqu’à présent campait sur sa position - le Premier ministre vantait encore les mérites d’AstraZeneca dimanche soir lors d’une interview sur Twitch avec le journaliste Samuel Étienne - vient donc, quant à elle, d’opérer un virage à 180 degrés.

Après l’annonce, par Berlin, de son arrêt immédiat «à titre préventif», l’Élysée vient donc de lui emboîter le pas en décidant de geler, jusqu’à mercredi, l’administration du sérum décrié dans ce qui s’apparente, pour l’heure, à un étrange numéro de mimétisme.

Pour Mylène Ogliastro, ce rejet massif ne correspond pas à la réalité du vaccin, qui se montre efficace, en particulier contre le variant anglais aujourd’hui largement majoritaire en France et également plus sévère.

Elle-même vaccinée à l’AstraZeneca, la virologue ne minimise pas les effets secondaires établis - nausées, vomissement, maux de tête - qui touchent une personne sur deux, «ce qui est beaucoup pour un vaccin» mais observe un taux de réussite plutôt encourageant et un rapport bénéfice-risque allant dans ce sens.

«Il y a des effets secondaires, il ne faut pas le nier et ils ont été listés. Moi je les ai senti passer et autour de moi il y a un échantillon quasi statistique d’une personne sur deux. Cela dit, la gravité reste faible. On parle d’un ou deux décès, de quelques problèmes de coagulation mais nous ne connaissons pas les éventuels antécédents de santé de ces personnes.»

Malgré tout, la défiance à l’égard de ce vaccin - lequel utilise l’adénovirus pour provoquer la réaction immunitaire suffisante pour traiter le Covid-19 - semblait être majoritaire dans le pays.

Principe de précaution exagérée contre rapport bénéfice-risque?

Ainsi, le 12 mars, soit trois jours avant la pirouette gouvernementale, un sondage Harris Interactive pour LCI mettait déjà en évidence une majorité de réticents parmi les personnes interrogées sur AstraZeneca. La veille, le ministre de la santé Olivier Véran annonçait que la France ne suspendrait pas l’utilisation du vaccin produit par le laboratoire en cause, car «le bénéfice du vaccin reste supérieur au risque», avançait-il. Un argument auquel était opposé celui de «principe de précaution» d’ailleurs brandi par les pays qui ont bloqué sa distribution. La même «précaution» vient également d’être prononcée par Emmanuel Macron pour suspendre cette vaccination «sur les conseils du ministre de la Santé et des Solidarités» (qui change donc de discours en quatre jours). Ces dernières heures, plusieurs voix se faisaient entendre pour réclamer la suspension d’AstraZeneca au plus vite.

​Un communiqué de l’UPR, un tweet de Florian Philippot et, surtout, la décision des sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône ne pas se faire vacciner à l’AstraZeneca précédaient de peu l’annonce du Président de la République. L’un des pompiers du SDIS 13 venait en effet de souffrir «d'effets indésirables sérieux [arythmie cardiaque, ndlr] 48 heures après une injection».
A contrario, la région italienne du Piémont, qui avait également arrêté ses vaccinations à l’AstraZeneca dimanche après la mort d’un enseignant vacciné la veille, levait lundi la suspension. Là aussi, «les bénéfices dépassent largement les risques encourus», concluait l’agence italienne des médicaments avant de faire, elle aussi, volte-face et d’annoncer dans l’après-midi une nouvelle suspension pour tout le pays. Mais le constat du bénéfice sur le risque persiste selon Mylène Ogliastro, pour qui l’Europe procède à une prévention exagérée qui aura certainement des conséquences.

«La pression et l’inquiétude de la population a dû jouer, car le constat n’a pas changé en si peu de temps. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien, mais pour un vaccin qui s’est avéré efficace pour des dizaines de millions de personnes, cette mesure me paraît très très précautionneuse. D’autant que l’optique d’une levée des mesures à partir du 15 avril paraît largement compromise dans cette situation», maintient la virologue.

«À moins que l’on fasse aussi payer au laboratoire son manquement envers l’UE dans la livraison des doses», s’interroge la scientifique faisant référence aux nouvelles annonces de retard par le laboratoire suédo-britannique. Pour leur part, les développeurs du vaccin continuent d’affirmer «la sûreté» de leur produit et à démentir une éventuelle flambée des thromboses depuis sa mise sur le marché.

Dossier:
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Union européenne (UE), vaccination, Vaxzevria, vaccin anti-Covid d'AstraZeneca/Oxford, Covid-19
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