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Après avoir été suspendu par de nombreux pays, le vaccin du laboratoire suédo-britannique AstraZeneca est finalement réhabilité par la plupart des gouvernements européens sur validation de l’EMA. Pourtant, les éléments inquiétants continuent de s’enchaîner et la méfiance se généralise. Le point avec Hervé Fleury, virologue.

Réactivé dans la plupart des pays européens –seuls quelques États prudents comme la Suède ou la Norvège attendent encore avant de lever la suspension tandis que la Finlande vient d’annoncer stopper son utilisation–, le vaccin à vecteurs viraux d’AstraZeneca est désormais soumis à de nouvelles conditions strictes. Initialement réservé aux moins de 65 ans –son efficacité sur les personnes âgées étant moins attestée–, c’est maintenant le contraire que recommandent les autorités sanitaires françaises: l’administrer aux plus de 55 ans seulement. En Espagne, c’est même à 65 ans qu’a été élevé l’âge minimum pour son injection. En cause, «des cas de thromboses suspects chez des patients jeunes, tous âgés de moins de 55 ans», rappelle le professeur Hervé Fleury, chef du pôle de Biologie et pathologie du CHU de Bordeaux.

La confiance définitivement perdue?

Ce lundi, le laboratoire mis en cause niait tout risque de caillot sanguin cérébral lié à la vaccination et continuait d’assurer dans un communiqué la sécurité de son produit, certifiée par des essais cliniques probants. L’AstraZeneca serait, de plus, efficace à 80% contre le Covid-19 chez les personnes âgées, d’après ces mêmes essais «de phase III» menés aux États-Unis, avec 32.449 participants.

Seulement voilà: plus tard, le même jour, le National Institut of Allergy and Infectious Diseases (NIAD), organisme préposé à la supervision des tests vaccinaux, dévoilait un rapport à charge sur les fameux essais cliniques de la firme basée à Cambridge. Les données utilisées, toutes antérieures au 17 février, annonce l’institut, seraient potentiellement «obsolètes». Dans son étude, l’organisme américain ne cachait pas sa «préoccupation» face aux «estimations incomplètes de l’efficacité» du vaccin AstraZeneca.

Et si le laboratoire a rapidement réagi, s’engageant à fournir «sous 48 heures» de nouvelles preuves d’efficacité récentes, la confiance semble déjà très effritée.

Pour le virologue membre du CNRS Hervé Fleury, cette perte de confiance est bien précipitée et s’appuie sur des éléments plutôt légers.

«Si l’on se concentre sur les résultats de la vaccination, par dizaines de millions au Royaume-Uni avec AstraZeneca, on n’observe aucun fait grave qui lui soit imputable. En France, sur plus d’un million de vaccinés, c’est pareil. Il n’y a que des bruits de fond d’une population non vaccinée face une multitude de succès. Et les vaccins seront toujours moins dangereux que le virus», ajoute le virologue.

Une nouvelle enquête réalisée par l’institut Yougov dévoile cependant qu’une majorité de Français serait désormais hostile à ce vaccin: 61% des sondés le considèrent ainsi comme «peu sûr» depuis les récentes accusations d’effets secondaires graves.

Des conclusions précipitées?

Chez les voisins européens, la prudence est également de mise et un autre sondage, réalisé peu de temps auparavant par Elabe, montrait la même réticence auprès des Italiens, des Espagnols et des Allemands.

Pour couronner le tout, un étudiant en médecine à Nantes est mort dix jours après s’être vu administrer une dose d’AstraZeneca, a-t-on appris lundi. Une enquête est actuellement en cours et pour l’instant, rien ne permet de prouver que son décès soit «en lien avec le vaccin», précise l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Mais la cause de la mort, «une hémorragie interne causée par une thrombose», intrigue, celle-ci constituant justement le principal effet secondaire suspect.

Au vu de ces nouveaux éléments, faut-il conclure pour autant à une réhabilitation prématurée du vaccin en Europe de l’Ouest? Pour le Pr Fleury, c’est au contraire à la panique que cède la population.

«Encore une fois, on a accusé AstraZeneca un peu vite. Son cas rappelle celui de la sclérose en plaques et du vaccin contre l’hépatite B. Il a fallu qu’il y ait un cas de sclérose pour que tout de suite, les deux soient associés. Les discussions ont duré des mois, voire des années avant qu’aucun lien ne soit finalement établi.»

Selon lui, non seulement la France a bien fait de reprendre la vaccination avec vecteur viral, mais elle devrait l’étendre aux différentes catégories d’âge, en espérant que ces restrictions «ne cachent pas en réalité une manœuvre pour masquer le manque de doses».

 Le professeur de médecine va plus loin, témoignant sa confiance dans la composition des vaccins sur le marché actuellement. Il se montre favorable, entre autres, à la distribution en France du Spoutnik V –«vaccin qui enregistre des résultats encourageants, et bien organisé avec deux adénovirus»– ainsi que du Johnson & Johnson, dont l’arrivée est imminente. En supposant que la méfiance laisse de nouveau la place à la prudence…

«Les Français n’ont pas de chance. D’abord ils étaient majoritairement opposés à la vaccination, puis ils ont changé d’avis en observant qu’elle était un des seuls moyens de faire face. Maintenant ils tombent sur deux problèmes: les doutes sur l’AstraZeneca et une pénurie de doses. Il faut continuer sur ce vaccin, ainsi que sur le Pfizer et le Moderna, et ouvrir la voie à de nouvelles négociations», conclut le médecin.

Du reste, si les corrélations entre les cas de thromboses (13 en France contre 1.041.000 injections du vaccin AstraZeneca) restent faibles et pour l’heure infondées, les révélations troubles qui s’accumulent risquent de ne pas apaiser tout de suite la méfiance des Européens. Et maintiennent la question de la responsabilité, tant des gouvernements que de l’EMA, d’une telle rapidité de choix.

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Tags:
Agence européenne des médicaments (EMA), Covid-19, vaccination, AstraZeneca
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