Santé
URL courte
Par
17331
S'abonner

Tandis que l’Inde continue d’enregistrer des anti-records mondiaux en matière de Covid-19, le variant indien commence à se propager en France. Zoom sur cette nouvelle souche surnommée «double mutant» suscitant de plus en plus de préoccupations.

Après les variants britannique et sud-africain, qui continuent de faire rage sur le continent européen, c’est celui apparu en Inde qui semble désormais provoquer le plus de craintes. Présent en France depuis le 29 avril, le variant connu sous le nom scientifique de B.1.617, est-il vraiment plus dangereux que ceux détectés précédemment?

D’après un communiqué de l’Onu Info, au 28 avril, le B.1.617 a été retrouvé dans plus de 1.200 séquences de génome dans «au moins 17 pays». Pour l’instant, le temps d'obtenir des modélisations, le variant ne figure pas parmi ceux jugés «préoccupants» comme les souches britannique, sud-africaine et brésilienne, mais est juste considéré comme un «variant d’intérêt».

Dans une note sur la situation épidémiologique en Inde datant du 23 avril, le Conseil scientifique informe que le variant en question a été isolé pour la première fois en octobre 2020 près de la ville de Nagpur, situé dans l’État du Maharashtra dont la capitale est Bombay.

«Sa prévalence actuelle est difficile à chiffrer, et le manque de données épidémiologiques corrélées aux résultats virologiques de séquençage moléculaire à une large échelle incite à une certaine prudence», font savoir les chercheurs français.

Des modélisations préliminaires de l’OMS basées sur les séquences soumises montrent également que «le B.1.617 a un taux de croissance plus élevé que les autres variants en circulation en Inde». Tout de même, rien n’est pour l’instant certain, les données scientifiques exactes manquant.

«Double mutant»

Ce qui diffère cette souche des autres, décelées précédemment, c’est le caractère «double» de sa mutation. La note du Conseil scientifique fait savoir que le variant B.1.617 a 15 modifications sur des aminoacides différents sauf «deux communes avec d’autres variants» situées dans le domaine de liaison au récepteur (RBD, receptor binding domain) de la protéine Spike, zone critique pour la liaison au récepteur et la neutralisation par les anticorps.

Il s’agit de la mutation L452R, identique à celle du variant californien et de la E484Q. Les scientifiques précisent que la majorité des variants préoccupants présentent une mutation E484K avec un changement de polarité, donc en partie différente.

«La combinaison de ces deux mutations déjà connues mais non-associées jusqu’ici (d’où le nom inapproprié de "double mutant") pourrait conférer au variant B.1.617 une transmission augmentée mais ceci reste à prouver au plan épidémiologique», conclut le document.

Le cauchemar indien

Alors que les images choquantes de crémation de masse de personnes décédées du Covid-19 directement dans la rue se multiplient, le nombre quotidien de nouveaux cas de coronavirus en Inde ne faiblit pas, samedi plus de 400.000 nouveaux cas ont été enregistrés dans ce pays comptant plus d'un milliard d'habitants, une première. Le Premier ministre Narendra Modi a qualifié la situation désastreuse de «tempête de coronavirus».

Comme l’indique le graphique sur le site de l’OMS, cet indicateur s’est mis à grimper depuis la mi-mars pour atteindre samedi 1er mai un anti-record. Le même jour, 3.523 Indiens sont décédés des suites de la maladie.

Selon la même source, le 15 avril le nombre de nouveaux cas s’est élevé à 200.739. Une telle tendance peut être révélatrice du taux de reproduction particulièrement élevé du variant en question, le nombre de nouveaux cas ayant doublé en seulement deux semaines.

Pourtant, d’après l’Onu, d’autres facteurs, notamment le non-respect des restrictions sanitaires ou les rassemblements de masse liés à des événements «culturels et religieux ou lors des élections» peuvent jouer leur rôle dans la propagation exponentielle de l’épidémie dans ce deuxième pays le plus peuplé du monde. Des «recherches supplémentaires» portant sur la contagiosité, la sévérité et le risque d’une réinfection du variant indien donc s’imposent.

«En bataille» contre des variants

Afin de freiner la transmission de ce variant, les conditions d’entrée sur le territoire français pour les personnes arrivant d’Inde sont durcies à partir du 24 avril. Il s’agit plus concrètement d’une quarantaine obligatoire de 10 jours dont le respect doit être contrôlé par la police. Les mêmes restrictions sont également en vigueur pour les voyageurs en provenance du Brésil, d'Argentine, du Chili et d'Afrique du Sud. En déplacement à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle le 25 avril, le Premier ministre a déclaré que la France avait «engagé la bataille contre ces variants».

Avec la détection de plusieurs cas en Nouvelle-Aquitaine et dans les Bouches-du-Rhône, la propagation progressive du variant indien dans le pays suscite des craintes, surtout à l’heure où la France vient d’entrer ce 3 mai dans la première phase du déconfinement progressif. Pour rappel, à partir de ce lundi, il n’y a plus besoin d’avoir des attestations en journée pour se déplacer au-delà de 10 kilomètres du domicile.

Lire aussi:

Plus de 100 caddies abandonnés: les clients «livrés à eux-mêmes», le 1er mai tourne au fiasco – images
Pour faire adopter le pass sanitaire, «le gouvernement mène une guerre d’usure aux Français»
«Il me faut beaucoup plus que ça»: cet ancien ministre «n’arrive pas à vivre» avec près de 4.000 euros de retraite
Tags:
Covid-19, Inde
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook