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L'Académie nationale de médecine recommande d’imposer le vaccin anti-Covid à certaines professions et aux étudiants pour atteindre plus vite l’immunité collective. Si cela a créé la surprise générale dans le milieu médical, l’obligation vaccinale existe déjà bel et bien en France dans certains cas.

Après presque six mois de vaccination massive et avec 45% des Français immunisés avec au moins une dose, la question de l’obligation vaccinale est de retour.

Cela a déjà été évoqué par l’exécutif il y a quelques mois, avant d’être abandonné. Ainsi, début mars, le quotidien Les Échos avait écrit que l’obligation était à l’étude vu la proportion insuffisante de vaccinés parmi le personnel hospitalier.

Médecins, fonctionnaires et étudiants

Maintenant, c’est l'Académie nationale de médecine qui considère dans sa note publiée le 25 mai que «l’obligation vaccinale doit […] être envisagée». Cette obligation doit être mise en place de «façon progressive», nuance-t-elle.

Comme l’expliquent les académiciens, «il sera très difficile d’obtenir avant la fin de l’été un taux de couverture vaccinale qui assurerait une immunité collective suffisante pour contrôler l’épidémie, soit 90% de la population adulte ou 80% de la population totale».

Selon l’Académie, l’obstacle pour atteindre cet objectif concerne les hésitants, dont le nombre est estimé à 15%, ainsi que les anti-vaccins (15% également).

De plus, la vaccination doit être rendue obligatoire pour ceux exerçant «toute activité professionnelle essentielle», à savoir fonctionnaires, enseignants, médecins, forces de l’ordre, services d’incendie et de secours, mais aussi pour les professions en contact avec le public. Détail important, l’Académie propose d’imposer cette obligation aux étudiants avant la rentrée universitaire 2021.

Obligation ou pédagogie?

Interrogé sur BFM TV, Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’Union française pour une médecine libre, a fait part de sa surprise:

«Ce genre de décision ne se prend pas sur un coin de table, par une décision qu'on balance le soir dans les journaux sans en avoir prévenu la profession, sans en discuter, sans même que l'Assemblée nationale en discute. Ce sont des décisions lourdes et ça ne se prend pas aussi vite».

Selon lui, la défiance d'une partie des Français ne peut être surmontée par une obligation, mais bien au contraire par la pédagogie. Celle décision viendrait «mettre à bas» tout le travail réalisé par les médecins auprès des patients ces dernières semaines.

«Ça va donner du grain à moudre» aux anti-vaccins, ajoute le généraliste.

Il faut que les médecins expliquent les enjeux à leurs patients, «ça demande une bonne campagne de santé publique, d’expliquer ce que sont les vaccins», avance-t-il.

Cadre juridique

Dans sa note, l'Académie rappelle qu'une obligation vaccinale est déjà en vigueur en France pour plusieurs maladies.

Effectivement, selon le site officiel de l’administration, les médecins ainsi que les étudiants en médecine doivent être vaccinés contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et l’hépatite B. Il existe également un calendrier vaccinal obligatoire pour les enfants nés après 2018. Ainsi, 11 vaccinations sont exigées, notamment contre la rougeole, les oreillons, la rubéole, la coqueluche, l’hépatite B.

«Le Conseil constitutionnel s’est déjà prononcé sur la vaccination obligatoire, et dans cette décision de mars 2015, il a validé [ce] principe», rappelle le juriste Jean-Philippe Derosier, spécialiste de droit constitutionnel interrogé par BFM TV.

«Sur le principe, la vaccination contre le Covid pourrait être rendue obligatoire», conclut-il.

Récemment, dans sa décision du 8 avril, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a estimé que la vaccination obligatoire était «nécessaire dans une société démocratique». La décision ne concerne pourtant que les maladies infantiles.

Couverture vaccinale actuelle

Pour l’instant, presque 24 millions de Français (23.713.679) ont reçu au moins une injection, soit 45,2% de la population adulte, et presque 10 millions (9.914.533) ont reçu deux injections (18,9% de la population adulte).

Cela reste loin du taux de 80-90% requis pour atteindre l’immunité collective. Les Français se montrent pourtant moins rétifs à l’idée de recevoir une injection, rapporte un sondage Cevipof/Opinion Way pour Le Monde publié le 21 mai. Ainsi, 65% des personnes interrogées disent avoir l’intention de se faire vacciner ou l’avoir déjà fait. Ce chiffre est en hausse de 16 points depuis janvier.

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Tags:
immunité, anti-vaccins, vaccin, obligation vaccinale
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