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Changement de stratégie face à la progression du variant Delta: afin de mieux cibler les personnes non vaccinées, les autorités misent désormais sur les médecins généralistes. Ces derniers disposeront des listes de leurs patients vaccinés et connaitront ainsi ceux qui ne l’ont pas été. L’opposition crie à l’atteinte aux libertés individuelles.

Le gouvernement attend le feu vert de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), gendarme des données personnelles, pour que les médecins traitants aient accès aux listes des personnes vaccinées.

L’objectif est de repérer les patients non vaccinés et de les convaincre de changer d’avis. Le régulateur rendra un avis favorable jeudi 1 juillet, a déclaré Olivier Véran sur Franceinfo le 29 juin.

«Je demande à la CNIL de me laisser la possibilité d’envoyer aux médecins généralistes la liste de leurs patients qui ont été vaccinés de manière à ce qu’ils puissent mobiliser ceux qui ne l’ont pas été», a dit le ministre de la Santé.

Pour établir un dialogue

D’après Véran, les médecins, qui sont d’ailleurs à l’origine de cette initiative, «sont des acteurs clés» dans la campagne de vaccination parce que «les Français leur font confiance».

«L’idée, ce n’est pas de dire “vous devez vous faire vacciner”, mais d’en parler, de leur demander pourquoi ils ne sont pas vaccinés […]. C’est au cœur de notre métier de dialoguer avec nos patients», explique Jacques Battistoni, président du syndicat des médecins généralistes de France, contacté par Marianne.

«Les patients ont une confiance forte dans leurs médecins généralistes: je pense que d’aller vers ce type de système d’information sera globalement bien vécu», avance Henri Partouche, membre du conseil sur la stratégie vaccinale.

Avec ces listes, les médecins pourront toucher une tranche de la population, «pas forcément opposée à la vaccination, mais qui pour autant ne se sont pas fait vacciner», lance auprès de France Inter Luc Duquesnel, président de la section généraliste du syndicat CSMF, avant d’ajouter qu’il «faut qu’on aille les chercher un par un».

Selon Marianne, la demande de la part des généralistes a été faite en mai.

Pour simplifier la logistique

Depuis quelques semaines, les généralistes ainsi que les pharmaciens peuvent vacciner les gens dans leurs cabinets médicaux et officines. Actuellement ils disposent uniquement des produits de Moderna, de Janssen et d’AstraZeneca, ces deux derniers sont réservés aux plus de 55 ans.

Avec ces listes, la logistique vaccinale sera plus simple.

«Le vrai frein à la vaccination en ville, c’est la difficulté d’organisation des rendez-vous, on appelle des patients déjà vaccinés, c’est démotivant», ajoute Henri Partouche auprès de Marianne.

«Pour faire tomber les doutes»

Selon l’Académie nationale de médecine, parmi la population, environ 15% sont «hésitants» et 15% sont des anti-vaccins.

Pour Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’UFML, interviewé par Franceinfo, la campagne vaccinale se heurte à des refus dans les générations de 40 à 70 ans qui «se laissent convaincre par des porteurs de théories farfelues». Selon lui, disposer de la liste est une «idée qui est facilitatrice pour appeler effectivement les gens qui n’ont pas été vaccinés pour discuter avec eux de cette vaccination, pour faire tomber les doutes quand il y en a pour les amener vers la vaccination».

Depuis le début de la campagne de vaccination, environ 34 millions de personnes ont reçu une première dose de vaccin, soit 50% de la population totale. Selon les estimations de l’Académie nationale de médecine, pour atteindre l’immunité collective, 80% de la population générale, adolescents inclus, doivent être vaccinés. Selon le ministre de la Santé, le variant Delta, très contagieux, gagne du terrain et représente désormais 20% des nouveaux cas diagnostiqués.

Toutes les données relatives à la vaccination contre le Covid-19 sont stockées dans la base de données «Vaccin Covid», cogérée par la Direction générale de la santé (DGS) et l’Assurance maladie. Dans cette base se trouvent les informations d’identité, les coordonnées, le numéro de sécurité sociale, les comorbidités et les dates et lieu de première et deuxième injections des personnes vaccinées. Si les généralistes ont accès à ces données, ils pourront comparer cette liste avec celle de l’ensemble de leurs patients pour voir à qui ils peuvent proposer la vaccination.

Une «inquisition»?

En cas de feu vert de la CNIL, le gouvernement devra produire un décret qui passera ensuite devant le Conseil d’État pour être définitivement validé. Mais avant d’être autorisé par le régulateur, le dispositif a déjà été mis en cause par certaines personnalités politiques qui le considèrent comme une atteinte aux libertés individuelles et insistent sur la pédagogie pour convaincre la population.

«J’ai beaucoup des réserves là-dessus […]. Je pense que ça pose de vraies questions sur les libertés individuelles […]. Je préfère qu’on fasse plutôt de la pédagogie et qu’on explique aux Français la nécessité de se faire vacciner», a déclaré Damien Abbad, président des Républicains à l’Assemblée, auprès du Huffington Post.

Le politique a ajouté que le secret médical des patients doit être protégé.

Le député La France insoumise Éric Coquerel se dit également «farouchement contre» ce dispositif. Selon lui, cette mesure s’inscrit dans une logique de «fichage généralisé de la population» alors qu’il faudrait utiliser la pédagogie.

Nicolas Dupont-Aignan, candidat Debout la France à la présidentielle, n’a pas mâché ses mots et a qualifié cette initiative d’«inquisition» digne d’une «société totalitaire».

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Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) française, vaccination, vaccin, anti-vaccins
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