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La France s’apprête à se lancer dans la campagne de rappel vaccinal pour les personnes à risque. Les États-Unis lui emboîtant le pas, tandis qu’Israël offre déjà une troisième dose aux personnes âgées. Mais il n’existe pas «d'arguments scientifiques suffisants» pour répandre cette campagne aux populations générales, insistent des experts.

Dès le 15 septembre, une troisième dose de vaccin contre le coronavirus sera injectée aux Français les plus fragiles, a annoncé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal le 11 août. Formellement, la liste des populations concernées n’est pas encore établie, mais le même jour Emmanuel Macron a évoqué des «rappels de vaccination pour les personnes âgées de plus de 80 ans et particulièrement vulnérables». Il pourrait s’agir de celles qui ont subi des transplantations ou des thérapies lourdes, ou ayant des maladies auto-immunes.

La réponse immunitaire en baisse

«On considère que deux doses, cela ne suffit pas. On se dit que trois doses, ce sera forcément mieux que deux. Cela devrait permettre de faire durer l'immunité plus longtemps, notamment chez des sujets très âgés avec beaucoup de comorbidités, mais aussi avec un système immunitaire défaillant», explique l'immunologiste Guillaume Lefèvre auprès de L’Express le 11 août.

Avec ses collègues du CHU de Lille, il a piloté une étude sur la réponse immunitaire après la vaccination complète chez les résidents d’Ehpad. Selon Lefebvre, deux mois après l’immunisation des résidents âgés en moyenne de 86 ans, ils affichaient une baisse des anticorps, en particulier ceux qui avaient été vaccinés, mais n’avaient pas eu le Covid par le passé.

Plusieurs fédérations regroupant des maisons de retraite, des hôpitaux et des Ehpad publics, comme l'AD-PA (Association des Directeurs au service des Personnes âgées), mais aussi La FHF (Fédération hospitalière de France) ou encore La Fnadepa (Fédération nationale des associations de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées) ont salué la décision de l’exécutif. «La vaccination des personnes âgées vulnérables a fait ses preuves dans la mesure où le nombre de personnes admises en réanimation et le taux de mortalité ont drastiquement diminué depuis que ce public est double vacciné», a déclaré le 11 août à l’AFP Éric Fregona, directeur adjoint de l'AD-PA.

«L'urgence des urgences»

Si l’utilité de doses de rappel ne fait pas de doutes chez plusieurs médecins, ils précisent qu’il ne s’agit pas d’une extension de cette campagne aux populations générales. «Je n'ai pas d'arguments scientifiques suffisants pour étayer cette décision», souligne ce 13 août sur Europe 1 l’épidémiologiste Yves Buisson, président de la cellule Covid-19 de l’Académie nationale de médecine.

«Faire une troisième dose à tout le monde […], c'est trop anticiper. D'abord parce que l'immunité cellulaire liée aux anticorps est très difficile à mesurer en pratique et ensuite parce qu'on ne voit pas encore parmi les personnes vaccinées de formes graves de coronavirus nécessitant l'hospitalisation et la réanimation», détaille-t-il.

La priorité absolue, c’est de toucher les personnes qui n’ont toujours pas vaccinées. Au 12 août, 68% de la population avaient reçu au moins une dose, et plus de la moitié des Français (57,1%) affichaient un schéma vaccinal complet. Un taux certes important, mais loin des 90% nécessaires pour contrer la propagation du virus, selon des spécialistes.

«L'urgence des urgences, ce sont les personnes âgées vulnérables ou atteintes de comorbidités qui n'ont pas encore été vaccinées», insiste Yves Buisson.

Même son de cloche du côté de l’infectiologue Gilles Pialoux, invité sur France Inter le 12 août: «Il faut surtout pas oublier le boulot […]: rattraper les non-vaccinés et les vulnérables non-vaccinés». Le chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon à Paris renchérit sur la nécessité d’aller «chercher les 3,5 millions de personnes de plus de 65 ans qui ne sont pas vaccinées et qui sont vulnérables» ainsi que les «40% d’obèses en France».

Quant à la Haute autorité de santé (HAS), elle préconisait une dose de rappel déjà mi-juillet, mais uniquement pour les populations «les plus vulnérables et des plus âgés». L’autorité est formelle dans son communiqué du 16 juillet: «La HAS indique qu’il n‘y a pas lieu pour le moment de proposer une dose de rappel en population générale».

Les pays ayant autorisé une troisième dose

La France n’est pas le premier pays à prôner une troisième dose. Israël a entamé une campagne de rappel pour les plus de 60 ans début août. Également début août, l’Allemagne a annoncé qu'elle commencerait à proposer une troisième dose pour les vaccins de Moderna et de Pfizer. Depuis déjà quelques semaines, le Luxembourg offre aussi un rappel aux personnes vulnérables.

Les États-Unis ont suivi l’exemple français. Le 12 août, l'Agence américaine des médicaments (FDA) a autorisé l'injection d'une troisième dose des vaccins de Pfizer et de Moderna pour les personnes au système immunitaire affaibli.

Le célèbre docteur Anthony Fauci, conseiller de la Maison-Blanche sur la pandémie, a précisé le 12 août  sur CBS que cette campagne concernerait uniquement les populations à risque: «Nous ne pensons pas à l'heure actuelle que, hormis les personnes immunodéprimées, il y ait besoin de donner des doses de rappel».

Pourtant, ces actions vont à l’encontre de la position de l’OMS qui réclamait début août une suspension des vaccins de rappel au moins jusqu'à la fin du mois de septembre. L’organisation indique l’importance de réduire l'écart entre les pays à revenu élevé et ceux à faible revenu, l'Indonésie ayant par exemple vacciné complètement environ 12% de sa population.

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obligation vaccinale, vaccination, OMS, immunité
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