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    Les mystères d’une eau datant des temps géologiques

    Les mystères d’une eau datant des temps géologiques

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    Des scientifiques de la province canadienne de l’Ontario ont découvert de l’humidité d’une valeur inestimable : de l’eau qui coulait sur Terre, il y a plus de 2 milliards d’années. Les échantillons, extraits d’une « poche » située dans mine profonde, sont actuellement attentivement étudiés : ils pourraient contenir des restes de bactéries. Les chercheurs estiment que de telles « poches » pourraient être trouvées également sur Mars. Elles constituent les restes d’une époque où, il y plusieurs millions d’années, la planète rouge était recouverte par un océan.

    Un groupe de scientifiques canadiens et britanniques est descendu dans la mine de cuivre et de zinc de la ville canadienne de Timmins, dans l’Ontario. A une profondeur d’environ 1 600 m, ils ont repéré des structures ressemblant à de la lave rejetée par un volcan sous-marin. Quand ils y ont percé de petits trous, de l’eau est sortie. Ils l’ont rapidement récupérée, évitant de la laisser entrer en contact avec l’atmosphère de la mine. Les résultats des analyses sont exceptionnels : ces échantillons seraient vieux de 1,5 à 2,6 milliards d'années !

    Les chercheurs russes partagent l’enthousiasme de leurs collègues. Ils ont eux aussi eu la chance de découvrir de l’eau datant d’une époque géologique reculée, prisonnière de ce que l’on appelle des concrétions. Il s’agit de formations minérales arrondies, explique Yuri Gavrilov, chercheur à l’Institut de géologie de l’Académie des sciences de Russie.

    « Je me souviens que, lorsque j’ai moi-même brisé une concrétion, l’eau s’est échappée de la cavité. J’avais sous les yeux de l’eau datant de plusieurs millions d’années qui s’est rapidement évaporée. J’étais désemparé de ne pas pouvoir la retenir. »

    Cette eau pouvait provenir d’un océan datant d’une époque très ancienne, mais pas seulement. Elle pouvait s’être formée à une grande profondeur suite à une oxydation de l’hydrogène, qui avec des émanations de méthane, serait remontée vers le haut depuis le noyau de la Terre. Cependant, la teneur élevée en hydrogène et en méthane détectée dans ces échantillons tend à indiquer que cet environnement humide était favorable à la vie primitive, selon Vladimir Syvorotkine, docteur en géologie et minéralogie à l’Université d’Etat de Moscou.

    « La vie a très probablement émergé de tels courants composés d’hydrogène et de méthane au fond des océans, en particulier sur les dorsales océaniques. L’académicien Alexeï Marakouchev, mon professeur, est l’auteur de la thèse selon laquelle l’origine de la vie sur Terre se trouverait dans des zones d’émission de gaz carbonique. La vie peut depuis toujours y prendre forme.»

    Les scientifiques canadiens ayant exploré la mine supposent que de telles conditions pour la conservation des bactéries peuvent se retrouver sur Mars, à condition, bien sûr, qu’elles aient un jour existé sur la Planète rouge. La composition minérale de Mars est très similaire à celle de la Terre. Et le fait que Mars a été enveloppée d’une épaisse couche d’eau a été pratiquement démontré. Mais ce n’est pas tout, précise Vladimir Syvorotkine.

    « Nous nous concentrons sur les conditions terrestres, et nous pouvons dire qu’ici la vie est probablement apparue au fond des océans. A l’endroit d’où proviennent les nappes hydrothermales, se produit une synthèse de composés macromoléculaires. La chimie prouve que c’est possible. Sur Mars, la situation est beaucoup plus compliquée. Il y a peu d’eau. Il ne peut s’y former qu’un écosystème rudimentaire ; avec une certaine pression de l’eau, une certaine salinité. Personne ne sait si cela a existé sur Mars. C’est une question qui dépasse les limites actuelles de la science. »

    Les experts interrogés par La Voix de la Russie ont quelques doutes sur le fait que l’âge de l’eau recueillie par les chercheurs canadiens soit de deux milliards d’années – on l’a déterminé par rapport aux isotopes de 4 gaz inertes dissous dans l’eau. Mais on ne peut exclure cette hypothèse. Il y a deux milliards d’années, il n’y avait pas de vie pluricellulaire sur la Terre, seules les bactéries « faisaient la loi ». C’est pourquoi, les scientifiques tentent à présent de trouver des traces de bactéries dans les échantillons d’eau. S’ils y parviennent, les microbes pourront être isolés et reproduis. Ils permettront de révéler nombre de secrets sur la « jeunesse » de notre planète. T

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