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    Racisme. Image d'illustration

    Quand la science nuit à l'humanité

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    Eugénisme, phrénologie, théorie de la septicémie focale, télégonie ou homéopathie: certaines théories scientifiques font plus de mal que de bien... Sélection.

    Le racisme scientifique

    Impossible de faire sans. Le racisme a toujours été présent, même parmi les personnes sages et respectées. Voltaire, philosophe des Lumières, écrivait ainsi: "Quel beau climat que ces côtes méridionales! Mais quels vilains habitants! Quelles brutes! Plus la nature a fait pour nous, moins nous faisons pour elle. Nul art n'est connu chez tous ces peuples. C'est une grande question parmi eux s'ils sont descendus des singes, ou si les singes sont venus d'eux. Nos sages ont dit que l'homme est l'image de Dieu: voilà une plaisante image de l'Être éternel qu'un nez noir épaté, avec peu ou point d'intelligence!"

    Il fallait bien justifier, à l'époque de l'esclavage, l'attitude envers ceux que l'on considérait comme des "animaux". Au milieu du XIXe siècle, l'écrivain français Joseph Gobineau disait ainsi que "les aryens de race supérieure avaient été créés pour régner sur les autres". C'est à cause de ses idées qu'au XXe siècle mourront des dizaines de millions de ces prétendus "sous-hommes"… Les théories raciales étaient nombreuses à cette époque, qui avaient en commun la même aspiration à prouver la supériorité d'un peuple sur les autres. Uniquement parce qu'on était né Allemand, Italien ou Anglais.
    Aujourd'hui, les théories raciales sont reconnues comme pseudoscientifiques et sont complètement démenties.

    L'eugénisme

    Il est également devenu une arme pour "élever des bons et se débarrasser des mauvais" — et même des aryens "purs" si ces derniers étaient handicapés, présentaient des lacunes physiques ou intellectuelles ou étaient homosexuels. Les solutions étaient toujours très simples: la stérilisation dans le meilleur des cas, dans le pire l'exécution. Pour maintenir la sélection "non naturelle", les nazis avaient même créé une organisation spéciale, la Lebensborn (ou "Fontaine de vie") qui créait à travers le pays des "Maisons de la mère et de l'enfant". On y faisait grandir des "fleurs de la vie" fécondées uniquement par des aryens servant dans la SS ayant suivi une sélection très stricte.

    Un même système avait été mis en place en URSS dans les années 1920. Toutefois, dans le "pays des ouvriers les plus heureux", on l'appelait "pédologie". Personne n'était stérilisé ou exécuté mais la pédologie réunissait les connaissances avancées en médecine, en biologie, en psychologie et en pédagogie pour faire naître un "surhomme nietzschéen". Une sorte de "superman de l'avenir prospère". Un "fils rouge du socialisme". Les "meilleurs" enfants étaient choisis à ces fins: les fils des membres de la direction du parti et les plus doués parmi les simples mortels.

    Ils étaient ensuite envoyés dans un établissement pour enfants spécial avec des psychologues et des éducateurs "avancés". Comme beaucoup d'autres initiatives des bolcheviks, le projet n'a rien donné. Les petits refusaient d'être parfaits et réclamaient leur mère. Au final, en 1936 est paru le décret du Comité central du parti bolchevik sur les "perversions pédologiques dans le système du Commissariat du peuple à l'éducation". Le programme a été fermé mais des destins d'enfants ont été brisés à jamais.

    La télégonie

    Ou encore l'effet du "premier mâle". Ses victimes ne sont pas aussi connues mais elles sont plus nombreuses. Même de nos jours. Le concept de télégonie était particulièrement populaire chez les créationnistes qui cherchaient à justifier par la science — et non par un complexe d'infériorité masculin — le fait qu'une femme devait rester vierge jusqu'au mariage.

    La théorie est simple. Selon ses partisans, l'accouplement avec le partenaire sexuel précédent et surtout le premier influencerait les signes héréditaires de la descendance de la femelle (aussi bien chez les hommes que chez les animaux ou les plantes). Par conséquent, si dans une famille noire naît un enfant aux joues roses, ce n'est pas le résultat de la mutation appelée albinisme, mais une punition pour les "péchés" de la mère, actuels ou antérieurs.

    Bien évidemment, avec la découverte de la génétique aucune des idées de la télégonie n'a été confirmée.

    La théorie de la septicémie focale

    Les partisans de cette hypothèse devenue populaire au milieu du XIXe siècle croyaient que de nombreuses maladies étaient provoquées par des toxines émises dans le sang à partir d'un foyer inflammatoire dans l'organisme. Cela concernait notamment le retard mental, l'arthrite et l'oncologie. La solution n'était pas compliquée: il fallait tout couper sans attendre la péritonite.

    Et pas seulement l'appendice — dont l'ablation était pratiquée aux USA chez les nourrissons pour éviter l'appendicite à l'âge adulte. Son ablation a conduit à l'immunodéficience et à une menace pour la vie des enfants: les chercheurs ont découvert depuis longtemps que l'appendice n'était pas aussi inutile pour notre organisme qu'on ne le pensait auparavant. Il remplit en effet une fonction protectrice qui aide à rétablir la microflore de l'intestin. Son absence chez les jeunes enfants peut causer de graves problèmes.

    Mais ce n'est pas tout: au début du siècle dernier, le médecin anglais William Hunter a supposé que les maladies étaient le résultat d'une mauvaise hygiène buccale, et qu'il était inutile de soigner une dent malade car le foyer de l'infection n'était pas éliminé. C'est pourquoi, en Europe et en Amérique, au moindre soupçon de carie on arrachait impitoyablement les dents, les glandes et les adénoïdes. Et bien qu'en 1940 la théorie de la septicémie focale ait été complètement réfutée, pendant longtemps on arrachait encore aux enfants soviétiques les glandes et les adénoïdes pour "prévenir l'angine", avant de leur donner à manger des glaces en abondance.

    La phrénologie

    Cette théorie est encore une "justification" trouvée par les exploiteurs d'esclaves. Le médecin et neurologue Franz Joseph Gall estimait que la structure du cerveau (et du crâne) dépendait des qualités intellectuelles et psychiques de l'individu. S'il existait une proéminence sur le crâne, alors cela signifiait que la fonction dont elle était responsable était plus développée — et inversement.

    Chaque région du cerveau était clairement répartie. La zone des tempes, par exemple, illustrait la passion pour la boisson ou la bonne nourriture, la nuque était la zone de l'amitié et de la sociabilité, alors que la zone de l'amour de la vie se situerait derrière les oreilles. De telles croyances, liées à la lecture des lignes de la main ou des traits de visage, restent populaires à ce jour malgré leur caractère de totale pseudoscience.

    La phrénologie nous renvoie une fois de plus au racisme scientifique. C'est par cette théorie que le héros du film Django Unchained Calvin Candie explique pourquoi tous les Noirs sont des esclaves par nature. Heureusement, le développement de la neurophysiologie dans les années 1840 a entraîné le déclin de la phrénologie.

    L'homéopathie

    Soigner le mal par le mal n'est pas un principe reconnu en science. Un produit homéopathique n'est rien d'autre qu'un poison fortement dilué. Les essais cliniques des "médicaments" homéopathiques ont montré qu'il n'existait aucune différence entre leur action et celle d'un placebo. La communauté scientifique qualifie l'homéopathie de "plus grande arnaque de notre époque", alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) met en garde: "L'usage de l'homéopathie ne repose sur aucune base de preuves et représente un risque réel pour la santé et la vie en cas de traitement alternatif".

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    Tags:
    eugénisme, télégonie, phrénologie, homéopathie, humanité, science, racisme
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