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Technologies Made in Russia (160)
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Dans quatre ans, la France envisage de démarrer un nouveau réacteur de recherche. Mais à qui acheter le métal unique, indispensable pour mettre en place le projet technologique?

Des décennies durant, la France n’a connu aucun nouveau projet des centrales nucléaires. Le plus récent en date, qui doit être mise en œuvre d’ici 2020, pourra interrompre cette tendance.

Voici donc enfin le réacteur nucléaire de recherche Jules Horowitz, qui est en cours de construction sur le centre CEA de Cadarache. C’est un projet de plate-forme prometteuse destinée à effectuer des recherches pour l'industrie électronucléaire et la médecine nucléaire.

"Le problème, c’est qu’en France on a cessé depuis pas mal d’années de démarrer les centrales. L’activité de ce groupe a disparu. Et aujourd’hui on est à la recherche de californium 252 pour une application un peu particulière qui est celle de notre réacteur Jules-Horowitz qui doit démarrer vers 2019 ou 2020", fait savoir dans un entretien à Sputnik Jean-Yves Blanc, chargé de mission de la Direction de l’Energie Nucléaire Stratégie Internationale du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Mais qu’est-ce que le californium 252? C’est un métal extrêmement rare et très précieux, sans lequel les ingénieurs français ne pourront pas bien démarrer le nouveau réacteur.

"Lorsque la centrale démarre, on introduit une source de californium 252. Comme c’est un émetteur neutronique très puissant, ça permet de calibrer les chambres à fissions. Ensuite on peut démarrer le réacteur avec des instruments calibrés. C’est un petit réacteur (le réacteur Jules-Horowitz, ndlr), mais on aimerait aussi faire des essais de calibration neutronique avant le démarrage", raconte M. Blanc.

Or il y a un problème, car le californium est un métal qui ne se produit pas naturellement, il peut seulement être fabriqué artificiellement. Seulement la Russie et les Etats-Unis possèdent de cette technologie unique. Il est produit au Laboratoire national d'Oak Ridge, aux USA, et dans la ville russe de Dimitrovgrad, dans la région d'Oulianovsk.

La production des marériaux nucléaires à l'Institut de recherche des réacteurs nucléaire à Dimitrovgrad.

Les Français ont toujours préféré acheter ce matériau aux Etats-Unis, principalement parce que la dernière fois qu’ils l’ont fait c’était il y a 25 ans, à l’époque de l’URSS, marché bien fermé. 

"Moi, à titre personnel il y a 25 ans, je m’occupais d’un groupe qui fabriquait des sources en californium 252. On achetait le californium 252 à l’époque plutôt aux Américains", se rappelle Jean-Yves Blanc.

Quand même, les temps changent, et les Français regardent vers l’Est, car l’offre russe peut être plus avantageuse. En grande partie à cause des propriétés du métal.

"C’est des tout petites quantités (…) En plus, il (californium, ndlr) a la particularité d’avoir une durée de vie très courte. On a donc intérêt à l’utiliser très rapidement. S’il y avait un fournisseur russe qui pourra le fournir, ce sera intéressant de pouvoir comparer les prix et les conditions de fournitures", explique l’expert français.

La demande est très forte actuellement pour ce métal, et parfois les clients doivent faire la queue très longtemps pour en obtenir un seul microgramme, puisque le processus de production de ce métal tant convoité s’étend sur des années. Il est radioactif et très toxique, et sa demi-période ne dépasse pas deux ans et demi.


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Tags:
technologies russes, californium, physique nucléaire, matériaux radioactifs, centrale nucléaire, chimie, réacteur nucléaire de recherche Jules Horowitz, Conseil économique de l'Arctique (CEA), Jean-Yves Blanc, Dimitrovgrad, Cadarache, Californie, France, États-Unis, Russie
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