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    Des lions. Image d'illustration

    Les lions tueurs d'hommes du Kenya tuaient les humains par plaisir

    © Sputnik . Sergey Malgavko
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    Les fameux lions tueurs d'hommes de Tsavo, qui ont tué plus de 130 ouvriers ferroviaires au Kenya au début du XXe siècle, ne s'en prenaient pas aux humains parce qu'ils avaient faim mais par plaisir ou simplement par facilité, dévoile un article de paléontologie paru dans le magazine Scientific Reports.

    "Apparemment, la chasse à l'homme n'était pas un acte ultime de survie de la part des lions: elle leur simplifiait juste la vie. Les informations dont nous disposons montrent que ces lions tueurs d'hommes ne mangeaient pas entièrement les corps des animaux et des hommes qu'ils capturaient. Les hommes servaient visiblement de complément agréable à leur régime alimentaire déjà diversifié. En outre, les données anthropologiques indiquent qu'à Tsavo, les lions n'étaient pas les seuls à manger des hommes: les léopards et autres grands félins s'en nourrissaient également", explique Larisa DeSantis de l'université Vanderbilt de Nashville (USA).

    Le cœur sombre de l'Afrique

    Cette histoire remonte à 1898, quand les autorités coloniales britanniques ont voulu établir une liaison entre leurs différentes colonies de l'est de l'Afrique par une voie ferrée géante le long de l'océan Indien. En mars les ouvriers — des travailleurs hindous et leurs "sahibs" blancs envoyés en Afrique — ont rencontré un obstacle naturel: la rivière Tsavo. La construction du pont pour la traverser a demandé 9 ans.

    Lion mangeur d'hommes de Tsavo et le Colonel John Henry Patterson
    Lion mangeur d'hommes de Tsavo et le Colonel John Henry Patterson

    Pendant cette période les travailleurs étaient terrorisés par plusieurs lions de la région, dont l'audace et l'insolence étaient telles qu'ils sortaient littéralement les ouvriers de leur tente pour les dévorer à proximité du camp. Les premières tentatives de faire fuir les prédateurs avec du feu et des ronces ont échoué: les lions continuaient d'attaquer les membres de l'expédition.

    Au final, les ouvriers ont commencé à déserter en nombre le camp, ce qui a poussé les Anglais à ouvrir la chasse aux "tueurs de Tsavo". Les lions mangeurs d'hommes étaient une proie très rusée et furent longtemps insaisissables pour John Patterson, colonel de l'armée impériale et responsable de l'expédition. Il a finalement réussi à surprendre et à abattre l'un des deux lions en décembre 1898. Vingt jours plus tard, il tuait le second prédateur.

    Les lions avaient tué 137 ouvriers et militaires britanniques. Les naturalistes de l'époque et les chercheurs contemporains se sont donc naturellement intéressés aux raisons d'un tel comportement. Les lions, notamment les mâles, étaient considérés à l'époque comme des prédateurs très craintifs qui n'attaquaient ni les hommes ni les grands félins, ayant des solutions de repli et d'autres sources de nourriture.

    Larisa DeSantis explique que la plupart des chercheurs supposaient d'abord que les lions attaquaient les ouvriers pour se nourrir — cette théorie se basait sur la réduction significative des herbivores de la région à cause de l'épidémie de peste et d'une série d'incendies. DeSantis et son collègue Bruce Patterson, qui porte le même nom que le colonel du musée d'histoire Campus de Chicago où sont conservés les ossements des lions, tentent depuis 10 ans de prouver que ce n'était pas le cas.

    Un safari pour le "roi des animaux"

    Initialement, Patterson pensait que les lions ne chassaient pas l'homme par manque de nourriture mais parce que leurs crocs étaient cassés. Cette idée a été fortement critiquée par la communauté scientifique car le colonel Patterson avait lui-même noté que le croc d'un lion s'était cassé sur le canon de son fusil quand l'animal l'avait attaqué. Néanmoins, Patterson et DeSantis ont continué d'analyser les dents des "tueurs de Tsavo", en utilisant cette fois des méthodes paléontologiques modernes.

    L'émail des dents de tous les animaux, expliquent les experts, est recouvert d'une sorte de "dessin" formé de rayures et de fissures microscopiques. La forme, la taille et la répartition de ces rayures dépendent directement du type de nourriture de leur porteur. Par conséquent, si les lions avaient souffert de faim leurs dents auraient dû présenter des traces d'os rongés que les prédateurs auraient mangés s'ils avaient manqué de nourriture.

    Les paléontologues ont donc décidé de comparer les formes des rayures visibles sur l'émail des crocs des lions de Tsavo avec les dents de lions ordinaires de zoo nourris avec de la nourriture tendre, de hyènes qui se nourrissent de charogne et d'os, et avec celle du lion cannibale de Zambie qui a tué au moins six habitants en 1991.

    Les lions mangeurs d'hommes de Tsavo naturalisés au Muséum Field de Chicago
    Les lions mangeurs d'hommes de Tsavo naturalisés au Muséum Field de Chicago

    "Bien que des témoins aient rapporté des "craquements d'os" aux abords du camp, nous n'avons pas trouvé de traces de dommages caractéristiques des rongements d'os sur l'émail des dents des lions de Tsavo. De plus, nous avons constaté que le dessin des rayures sur leurs dents ressemblait davantage à celui des lions de zoo nourris avec des morceaux de bœuf ou de cheval", explique Larisa DeSantis.

    Par conséquent, on peut dire que ces lions ne souffraient pas de faim et qu'ils ne chassaient pas l'homme pour des raisons gastronomiques. Les chercheurs supposent que les lions appréciaient simplement cette proie assez nombreuse et facile, dont la capture demandait bien moins d'efforts que celle des zèbres ou du gros bétail.

    D'après Patterson, ces conclusions soutiennent partiellement son ancienne théorie sur les problèmes dentaires des lions: pour tuer un homme, le lion ne devait pas obligatoirement trancher ses artères du cou alors que la chasse aux gros animaux herbivores sans crocs ou avec des dents malades était beaucoup plus ardue. Selon lui, le lion de Zambie avait les mêmes problèmes de dents et de mâchoires. C'est pourquoi on peut s'attendre à une reprise du débat autour des cannibales de Tsavo.

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    Tags:
    lions, Kenya, Afrique
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