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    Mars

    Quels seront les défis des premiers colonisateurs de Mars?

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    La colonisation de Mars obsède les meilleurs cerveaux de notre époque, la Mars Society compte déjà 6 000 membres dans 50 pays à travers le monde et pendant ce temps, des hommes et des femmes vivent volontairement dans le désert en ne quittant leurs « tentes en fer » qu'en scaphandre.

    C'est ainsi qu'on simule la colonisation de Mars dans le désert de l'Utah aux USA.

    Une autre base martienne se trouve au-delà du cercle polaire, dans le cratère Haughton sur l'île du Devon ( Canada ). Les particularités géologiques et glaciaires de cette île ressemblent à celles de Mars, et les températures journalières sont similaires à l' « été martien ». L'entrepreneur Elon Musk propose un programme de colonisation de Mars — les estimations concernant la capacité d'accueil d'un vaisseau martien tournent autour de 200 personnes, on parle du nombre de vols ( 10 000 ) et le prix du transport de charge utile pour une tonne a été calculé ( 140 000 dollars ). La question est donc posée: sommes-nous capables aujourd'hui, avec les technologies dont nous disposons actuellement, de créer une colonie autonome sur Mars où les pionniers pourraient vivre dans des conditions décentes ? Explications avec les participants aux programmes de simulation du vol sur Mars organisés à l'Institut des problèmes médico-biologiques affilié à l'Académie des sciences de Russie.

    Alexandre Smoleevski, chercheur à l'Institut des problèmes médico-biologiques, membre du programme Mars-500 ( 2010-2011, 519 jours en espace clos ): « Il est encore très difficile de créer une colonie qui serait entièrement autonome. Pendant ses premières décennies d'existence, une telle colonie dépendra entièrement des fournitures en provenance de la Terre. Il faudra de la nourriture, des pièces de rechange pour du matériel sophistiqué et des matériaux de construction. Pratiquement toutes les expériences scientifiques pour la création d'une colonie autonome sur Terre ont échoué. Deux expériences ont plus ou moins réussi: BIOS 3, une expérience soviétique des années 1970 où un équipage de trois personnes avait réussi à survivre pendant six mois en compensant 50 % des besoins en nourriture grâce à leurs propres capacités; et Palais lunaire 1, une expérience réussie par les Chinois en 2014.

    L'expérience soviétique BIOS 3 a été conduite dans le sous-sol de l'Institut de biophysique de Krasnoïarsk en 1972. On y avait construit un local hermétique de 14x9x2,5 m d'un volume d'environ 315 mètres cubes. Il y avait quatre compartiments, dont deux contenaient des phytotrons ( des dispositifs automatisés pour recréer les conditions microclimatiques nécessaires à la culture de plantes, sortes de serres améliorées ), l'un abritait des cultivateurs de microalgues et le dernier les cabines de l'équipage. Après 10 expériences avec des équipages de 1 à 3 personnes ( la plus longue a duré 180 jours ) on est parvenu à boucler entièrement le système de gaz et d'eau, ainsi qu'à satisfaire jusqu'à 80 % des besoins de l'équipage en nourriture.

    L'expérience soviétique BIOS 3
    © Sputnik. A. Belonogov
    L'expérience soviétique BIOS 3

    L'expérience chinoise Palais lunaire 1, qui a duré 105 jours, a également prouvé qu'un écosystème artificiel clos pour assurer la survie d'une base spatiale pouvait être entièrement autonome. Il s'agissait d'un complexe modulaire avec deux chambres, dont l'une était prévue pour produire la nourriture et la seconde pour vivre avec des lits, une douche et un local pour recycler les déchets. Dans le troisième local on élevait des insectes comestibles.

    Par contre, la grande expérience Biosphère 2, simulant un écosystème clos, a pratiquement échoué. Ce grand site construit par Space Biosphere Ventures et le milliardaire Ed Bass dans le désert en Arizona se situait sur un terrain de 1,5 ha avec 7 zones climatiques: ils avaient leurs montagnes, une savane, un désert, un marais et même un morceau d'océan de 10 m de profondeur avec des coraux vivants.

    Cependant, il n'a pas été possible d'évaluer tous les scénarios possibles. Par exemple, les expérimentateurs n'ont pas pris en compte la reproduction incontrôlée des micro-organismes. Au final, les bactéries et les champignons se sont multipliés et ont absorbé l'oxygène, qui manquait aux organismes plus évolués, et en fin de compte il a fallu injecter de l'oxygène sous le dôme. Les fourmis et les cafards ont foisonné, l'eau se condensait le matin sur le couvercle de verre et une pluie artificielle tombait. Les expérimentateurs n'ont pas non plus anticipé la question du vent: il s'avère que sans un vacillement régulier les arbres deviennent fragiles et cassent.

    Alexandre Smoleevski, de l'Institut des problèmes médico-biologiques affilié à l'Académie des sciences de Russie, souligne également la présence de problèmes très importants qui empêchent la création d'une colonie autonome sur Mars: « Il faut doter cette colonie de spécialistes en tout genre. Des ingénieurs, des médecins, des techniciens — il faudra gérer une immense quantité de problèmes. Il est impossible de prévoir à l'avance quels spécialistes seront plus ou moins sollicités. D'autant que des pertes sont envisageables pendant un long vol. Autre problème: la compatibilité entre les colons qui sont initialement arrivés sur Mars et ceux qui arriveront plus tard. »

    Biosphere-2
    © AFP 2017 Tim Roberts
    Biosphere-2

    Le problème des guerres internes entre les colons est également abordé par Andreï Bojko, qui a participé à l'expérience « Un an dans un vaisseau terrestre » réalisée par l'Institut des problèmes médico-biologiques en 1967. Pour cette expérience cruelle, les participants avaient été choisis en fonction de leur incompatibilité. Bien sûr, les Soviétiques devaient prouver qu'ils pouvaient surmonter tous les problèmes et ils l'ont fait. Mais depuis, tous les équipages sont formés en fonction de leur compatibilité psychologique et non l'inverse.

    Andreï Bojko, membre de l'expérience « Un an dans un vaisseau terrestre » ( URSS; 1967-1968, 366 jours en espace clos ) sur le futur vol sur Mars :
    « La "question féminine" se pose tout particulièrement dans une telle colonie. Après tout, il faut partir avec des femmes qui sont un important facteur de provocation pour les hommes. Premièrement, avec les femmes il faut encore arriver jusqu'à Mars. Il se peut que les premiers colonisateurs doivent être uniquement des hommes, avant d'être rejoints par des femmes. Ou alors autoriser le vol uniquement aux couples mariés… Cependant, les femmes doivent comprendre qu'elles devront renoncer à la procréation, probablement à tout jamais. En fait, plusieurs générations de femmes devront devenir des hommes et simplement travailler pour la grande idée. Même si les relations et l'amour restent possibles et nécessaires. Cela inspire les gens au travail. D'ailleurs, il est possible de faire venir sur Mars des enfants assez grands. Mais il sera impossible de les faire grandir dans les conditions de pénurie d'eau, de risque de contamination bactériologique et d'absence d'atmosphère. Combien de temps cela durera ? Des décennies, voire des siècles. Je pense que la première femme qui aura accouché avec succès sur Mars entrera dans l'histoire, voire dans une religion comme l'"Eve humaine" qui a donné naissance à une nouvelle lignée de "corps protéiques" dans l'univers. »

    Par Anna Ourmantseva

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    Tags:
    colonisation, science, Mars
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