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    Cassini

    Les derniers instants de la vie de la sonde Cassini

    CC0 / NASA/JPL / Cassini Saturn Orbit Insertion
    Sci-tech
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    La sonde spatiale Cassini vit ses derniers instants de vie au crépuscule de Saturne en traversant la pluie provoquée par les anneaux de la planète géante, ont déclaré les chercheurs pendant la conférence de presse au Laboratoire du mouvement réactif de la NASA.

    «Le dernier signal de Cassini devrait être transmis sur Terre dans la journée de vendredi à environ 14 heures 55 minutes et 6 secondes. Bien sûr, la perte d'une sonde aussi brillante nous attriste beaucoup, mais nous sommes très fiers de ce que nous avons réussi à faire en 12 ans de travail de la sonde et nous pensons que l'humanité doit forcément revenir dans le système de Saturne», a déclaré Earl Maize, directeur de la mission Cassini chez la NASA.

    La note finale de l'opéra

    Earl Maize et d'autres participants au projet Cassini ont fait hier le bilan de l'une des plus longues et réussies missions spatiales dans l'histoire de l'humanité, et ont raconté quelles seront les dernières minutes de la vie de la sonde et quelles découvertes sont attendues pour la dernière immersion de la sonde automatique dans l'atmosphère de Saturne.

    «Nous sommes très fiers que notre sonde ait fonctionné pendant 13 ans en orbite de cette planète lointaine de manière pratiquement parfaite, avec un minimum de problèmes et d'incidents. Durant cette période elle a pris plus de 500.000 photos, effectué 160 vols autour de Titan et a envoyé sur Terre près de 635 gigabits de données. C'est une quantité fantastique d'information étant donné que Cassini a été conçue dans les années 1980 et a été construite avec les technologies de l'époque», a poursuivi Earl Maize.

    Comme l'a noté le chercheur, de nombreuses découvertes de Cassini ont été faites grâce à son puissant équipement scientifique — la sonde est dotée de 12 instruments scientifiques utilisés pour certains de manière inattendue en étudiant Saturne et ses satellites.

    Cependant, a noté Linda Spilker, directrice scientifique de la mission, il est impossible de tout prévoir, et les chercheurs regrettent aujourd'hui que la sonde Cassini ne dispose pas de spectromètres plus puissants et d'autres outils nécessaires à l'étude de la composition chimique des émissions des geysers d'Encelade. D'après Linda Spilker, les outils à disposition n'ont pas permis à la NASA de vérifier si dans cette eau sont présents des acides aminés et d'autres éléments potentiels de la vie. Cette mission devra être prise en charge par les successeurs de Cassini.

    De plus, ni la NASA ni les scientifiques ne s'attendaient à ce que Cassini attire l'attention du grand public — en hommage à la sonde les amateurs de l'astronomie ont déjà composé un mini-opéra. Earl Maize plaisante en disant que si les ingénieurs qui ont conçu la sonde pouvaient imaginer la popularité de la sonde, ils auraient accroché plusieurs miroirs sur les antennes pour que la sonde puisse faire des selfies sur fond de Saturne et de ses satellites.

    La dernière étape de vie de Cassini a commencé le week-end dernier quand la sonde s'est rapprochée pour la dernière fois de Titan dans le but de se servir de sa gravitation pour changer d'orbite et sortir sur la trajectoire d'impact avec Saturne.

    D'après Earl Maize, Titan était en fait le principal «moteur» de la sonde tout au long de son travail: plus de 100 fois il a fait sortir Cassini sur de nouvelles orbites pour permettre à la sonde d'étudier toutes les grandes lunes de Saturne avec une consommation minimale de carburant.

    La gravitation, la meilleure amie de la sonde

    La dernière de ces manœuvres a été accomplie à la perfection et actuellement Cassini se prépare aux observations finales de Saturne avec ses anneaux et satellites. Cette nuit elle transmettra pour la dernière fois des photos des lunes et des anneaux sur Terre et se concentrera sur le processus de rapprochement avec la planète en cessant le recueil de données scientifiques et de photos.

    Par ailleurs, la sonde passera en mode de fonctionnement en temps réel en transmettant en permanence aux stations d'observation sur Terre des informations des huit outils de recherche qui seront connectés au moment de sa mort. Comme l'a expliqué Linda Spilker, l'équipe de Cassini a intentionnellement réduit la vitesse de transfert de données au minimum pour que les nuages ou la mauvaise météo n'empêchent pas l'observation de la mort de la sonde.

    Selon les prévisions de la NASA, la sonde arrivera dans l'atmosphère de Saturne et s'y consumera un peu plus tôt que prévu — à 14 heures 55 minutes et 6 secondes, heure de Moscou, au lieu de 15 heures.

    En cause — Cassini a découvert une nouvelle fois que les propriétés réelles des sous-sols de Saturne sont très différentes des attentes des chercheurs et les astronomes devront encore découvrir les fondements de ces différences. Selon Earl Maize, la mort de Cassini sera très rapide — la sonde brûlera littéralement en quelques instants en pénétrant dans les couches denses de l'atmosphère.

    «La sonde Cassini n'est pas prévue pour franchir l'atmosphère des planètes — elle a été conçue pour leur étude à grande distance. Au cours des cinq dernières rotations du «Final de l'opéra» nous avons déjà survolé la périphérie de l'atmosphère de Saturne, et nous devions allumer les moteurs de manœuvre à 40% pour ne pas perdre la sonde. Par conséquent, après l'entrée dans l'atmosphère ces moteurs seront rapidement surchargés, la sonde perdra sa stabilité et cela marquera la fin de la mission», explique le scientifique.

    Selon lui, à ce moment Cassini sera élancée à environ 70.000 km/h et brûlera dans l'atmosphère en une ou deux minutes en continuant de transmettre des informations sur Terre tant qu'elle l'aura «en visuel». Les derniers à être détruites seront les sources radio-isotopes de la sonde protégées par une enveloppe d'iridium réfractaire.

    Les pleurs de la planète

    Comme l'ont expliqué Linda Spilker et Hunter Waite, un autre responsable de l'équipe de recherche Cassini, la sonde passera ses derniers moments en compagnie de deux magnifiques phénomènes spatiaux — le crépuscule saturnien, dont elle transmettra les dernières photos sur Terre peu de temps avant de plonger dans l'atmosphère, et la pluie exotique engendrée par les anneaux de Saturne.

    «L'un des principaux mystères scientifiques que nous essayerons de percer pendant les derniers instants de la vie de la sonde consistera à comprendre comment apparaît et ce que représente en soi la «pluie annulaire». Au début des années 1990 déjà nos collègues ont supposé en analysant les photos des Pioneer et Voyager qu'une sorte de pluie a toujours lieu dans les couches supérieures de l'atmosphère de Saturne engendrée par des particules de glace et de poussière qui descendent progressivement des anneaux dans ses couches supérieures», a expliqué Hunter Waite.

    Comme l'indique le planétologue, les derniers survols par Cassini de la périphérie de l'atmosphère de Saturne ont déjà prouvé que cette pluie existe effectivement, mais ses propriétés physiques et son impact sur le comportement de la planète géante restent un mystère. L'équipe Cassini espère que le passage de la sonde à travers cette pluie aidera à trouver des réponses à une partie de ces questions.

    En outre, Cassini mesurera pour la première fois directement le taux d'isotopes d'hélium dans la matière de Saturne, ce qui permettra aux chercheurs de comprendre comment est apparu le système solaire et sont nées les planètes géantes. Ces informations, selon Earl Maize, étaient si importantes pour la NASA que son équipe a refusé de transmettre les photos et d'autres données scientifiques pendant les derniers instants de la vie de la sonde au profit des mesures des spectromètres.

    Comme l'a noté Jim Green, responsable du service de planétologie de la NASA, le succès de Cassini a déjà poussé l'agence spatiale à songer quand et comment elle pourra envoyer une nouvelle sonde dans le système de Saturne. Selon lui, dès à présent la NASA étudie deux éventuelles missions à destination des satellites de la planète géante dans le cadre du programme New Frontiers prévu pour les missions spatiales de classe moyenne.

    «Les découvertes faites par Cassini sur Titan et Encelade étaient si impressionnantes que l'an dernier déjà nous avons inclus ces entités dans la liste des cibles éventuelles pour les recherches dans le cadre du programme New Frontiers. Je peux dire que nous avons déjà reçu de telles propositions et nous les analysons actuellement. Attendez des nouvelles prochainement», a conclu Jim Green.

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    Tags:
    science, espace, NASA
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