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    Le vent du changement du secteur énergétique russe

    Le vent du changement du secteur énergétique russe

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    Maria Tonkova
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    Bien que le dialogue énergétique entre l’UE et la Russie se soit enlisé sur fond de la crise ukrainienne et des sanctions antirusses, les compagnies énergétiques ont trouvé une porte dérobée afin de poursuivre leur coopération. Désormais, ils se concentrent sur les énergies renouvelables.

    La semaine dernière, un évènement important mais peu diffusé s'est produit dans le secteur énergétique russe. La société russe NovaWind, affilié au géant nucléaire Rosatom, a fondé une entreprise conjointe avec le néerlandais Lagerwey. Cette nouvelle société, RedWind, sera chargée de la localisation de production d'éoliens et de la création de projets «prêts à l'emploi». Quelles sont les perspectives de développement de la coopération russo-européenne dans la filière de l'énergie «verte»? NovaWind, une société affiliée de Rosatom, a confié à Sputnik comment elle entend développer l'éolien en Russie.

    Une stratégie ambitieuse

    La Russie mise sur l'énergie éolienne, qui représenterait plus de la moitié de la capacité d'installation de sources renouvelables en 2024. La corporation d'Etat Rosatom, par le biais de l'une de ses sociétés affiliées, entend construire avant 2022 des éoliens dont la puissance atteindrait 970 MWt. Cela lui permettra de devenir l'un des plus grands acteurs du marché de l'éolien en Russie avec une part de 43%.

    Selon le représentant de NovaWind, Rosatom a l'intention de diversifier le portefeuille de ses activités, en privilégiant l'énergie verte, ce qui s'inscrit dans la stratégie russe de passer à un modèle de développement écologiquement durable.

    «Le projet [de développement] d'éolien est considéré comme l'un des modes de croissance non-nucléaires les plus perspectifs», a-t-il expliqué.

    La Semaine énergétique russe 2017
    © Sputnik. ROSATOM
    La Semaine énergétique russe 2017

    Le géant nucléaire russe tient compte du développement accéléré de l'énergie renouvelable dans le monde. D'où sa volonté de détacher ses activités «vertes» dans une entreprise séparée.

    «Cette nouvelle énergie va assurer 83% de la croissance de la capacité installée dans le monde entre 2016 et 2040», pronostique le représentant de NovaWind.

    Néanmoins, la société russe reste sceptique à l'égard des scénarios supposant que le monde pourra totalement se débarrasser des énergies fossiles et du nucléaire dans les décennies à venir en passant aux sources renouvelables, tout en considérant plus plausible la prévision selon laquelle elles ne devraient représenter que 5% de la consommation totale en 2040.

    La première pierre de la coopération russo-européenne posée

    Il serait difficile de réaliser cette stratégie ambitieuse de Rosatom sans s'assurer du soutien de leaders internationaux dans les technologies «vertes». Cela explique la raison pour laquelle Rosatom, avant de se lancer dans cette «aventure», a entamé une coopération avec la société néerlandaise Lagerwey, qui fabrique des turbines éoliennes depuis la fin des années 1970.

    Le programme de soutien gouvernemental impose des normes de localisation sur les producteurs d'électricité à partir de sources renouvelables. Pour l'éolien, la part de l'équipement qui doit être produit en Russie s'élèvera à 55% en 2018 et à 65% en 2019.

    Afin de remplir ces exigences, Rosatom a lancé un vaste programme de localisation en coopération avec le néerlandais Lagerwey. En juin dernier, la société affiliée de Rosatom, OTEK, a signé un accord sur un transfert de technologies avec son partenaire néerlandais.

    Cette coopération permettra de mettre en route la fabrication de presque tous les composants des éoliens, la société russe ayant aussi accordé le droit de vendre des éoliens en Russie et à l'étranger, ce qui contribuera à l'apparition d'un nouveau secteur d'exportation.

    La création de cette entreprise conjointe a constitué un nouveau jalon dans le développement de la coopération russo-néerlandaise.

    «L'entreprise conjointe est la continuation logique du travail que nous réalisons en Russie afin de créer une industrie éolienne basée sur les technologies les plus modernes. Ensemble, nous posons les bases d'un nouveau marché dont le potentiel est immense. Nous sommes fiers que ce soient les technologies néerlandaises qui constituent le fondement de ce marché», a déclaré Huib Morelisse, directeur général de Lagerwey, lors de l'exposition Wind Europe qui a eu lieu fin novembre à Amsterdam.

    La signature de l'accord sur la création de RedWind
    © Photo.
    La signature de l'accord sur la création de RedWind

    RedWind entend fabriquer 388 éoliens avant l'année 2022. Pendant cette période, la société se focalisera sur la production d'éoliens de 2,5 MWt et de 4,5 MWt.

    Un autre exemple de la coopération fructueuse russo-européenne dans ce secteur est la création du Fond pour le développement de l'énergie éolienne par le russe Rusnano et le finlandais Fortum en juin 2017. Ces deux compagnies ont l'intention d'investir 30 milliards de rouble (environ 630 million d'euros) entre 2018 et 2022 dans la construction de parcs éoliens.

    Un éolien près d'Ulyanovsk
    © Sputnik. Rusnano
    Un éolien près d'Ulyanovsk

    La Russie, à quel point est-elle «verte»?

    Le développement des énergies renouvelables en Russie n'en est qu'au stade d'amorçage. La politique d'État prévoit l'augmentation de la capacité de production de l'électricité à partir de sources renouvelables jusqu'à 6GWt en 2024. L'énergie renouvelable représentera donc 2,5 % de la production d'électricité, une hausse spectaculaire comparée au 1% d'aujourd'hui.

    Néanmoins, la Russie restera devancée par les leaders mondiaux dans cette filière. Dans l'UE, la part d'électricité produite à partir de sources renouvelables a atteint 32 % en 2015.  Mais c'est la Chine, le plus grand consommateur de ressources énergétiques, qui s'affirme comme un leader mondial dans la filière «verte» en terme d'investissements et d'avancées technologiques. Ce pays entend investir 344 milliards d'euros d'ici 2020 afin d'augmenter le taux des renouvelables dans son mix énergétique jusqu'à 15%.

    En Russie, l'intérêt porté à l'énergie «verte» par le gouvernement et les sociétés devient de plus en plus évident. En octobre dernier, lors de la Semaine énergétique russe, les sources renouvelables ont été au cœur des discussions. Le Président russe a alors confirmé l'engagement de la Russie de stimuler les investissements dans l'énergie renouvelable.

     

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    Tags:
    énergies renouvelables, contrat, coopération, énergie éolienne, Rusnano, Rosatom, Pays-Bas, Russie
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