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    Un médecin (image d'illustration)

    Top 9 des kamikazes de laboratoire: exploits et folles expériences des chercheurs

    © Sputnik . Sergueï Veniavski
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    Les chercheurs utilisent souvent des cobayes ou des volontaires pour faire avancer la science. Mais que faire si la seule personne qui peut tester une hypothèse est son auteur? D'après des médians, un médecin a passé 10 ans en état d'ébriété pour trouver un remède contre la gueule de bois. Voici le top-9 des sacrifices faits au nom de la science.

    Il arrive que des scientifiques, épris par l’idée de démontrer à tout le monde qu’ils ont raison, ou de mieux décrire les résultats de leurs études, n’hésitent pas à mettre leur vie en péril. L’histoire de la science n’est faite de sagesse et de précautions… Voici neuf histoires de chercheurs qui ont joué le rôle de cobaye dans leurs propres expériences.

    Shaughnessy Bishop-Stall, médecin alcoolique au nom de la science

     

    Un médecin canadien du nom Shaughnessy Bishop-Stall a passé dix ans en état d'ébriété dans 30 villes du monde pour trouver le remède idéal contre la gueule de bois, d’après The Washington Post.

    Selon le médecin, les injections intraveineuses ne sont pas aussi efficaces qu’une forte dose de vitamines B1, B6 et B2, mais c’est une dose de 1.500 milligrammes d'acétylcystéine qui est le meilleur médicament contre la gueule de bois.

    D’ailleurs, ces longues années d’études sur l’alcool ne sont pas passées inaperçues pour le médecin: il a pris du poids, ses capacités intellectuelles ont sérieusement baissé et son cœur ne marche plus correctement.

    Barry Marshall et son cocktail Helicobacter

    Le médecin australien Barry J.Marshall voulait démontrer que les bactéries Helicobacter Pylori menaient aux ulcères et au cancer de l'estomac, alors que les médecins estimaient que ces maladies étaient provoquées par le stress, les aliments épicés, un excès d'acidité et que les bactéries ne pouvaient pas survivre dans un environnement aussi acide que l'estomac.

    Helicobacter pylori
    Helicobacter pylori

    En 1982, Barry Marshall a avalé le contenu d'une éprouvette de culture Helicobacter Pylori et a développé en moins d'une semaine un ulcère gastrique, qu’il a ensuite guéri avec des antibiotiques. Il a lui-même raconté cette histoire en recevant son prix Nobel.

    M.Marshall et son collègue, le pathologiste Robin Warren, ont reçu le Prix Nobel de physiologie ou médecine en 2005 pour «la découverte de la bactérie Helicobacter Pylori et son rôle dans les problèmes gastriques et les ulcères de l'estomac».

    John Paul Stapp, homme-mannequin d’essai de choc

    John Paul Stapp
    © Photo. Public domain
    John Paul Stapp

    L’officier et médecin de l'US Air Force John Paul Stapp (1910-1999) a participé à plusieurs expériences, s'utilisant lui-même comme cobaye. 

    Le 10 décembre 1954, il a démontré que l’homme pouvait supporter la décélération de 46,2 g, ce qui reste un record absolu, et qui équivaut à percuter un mur à 200 km/h avec une voiture, d’après le journal Eugene Register-Guard. Le chercheur a été propulsé à une vitesse de 1017 km/h, soit plus rapide qu’une balle de calibre 45, et est devenu ainsi l’homme le plus rapide sur Terre.

    Pendant une autre expérience, il a dépressurisé la cabine de pilotage d’un bombardier B-17 volant à une vitesse de 917 km/h à 13.700 m d’altitude, pour tester la résistance humaine au souffle aérodynamique provoqué par la vitesse. 

    M.Stapp a en outre inventé une sorte de traineau, propulsé par des fusées, surnommé le Gee Whiz. Cet appareil était capable d’atteindre les 1200 km/h, soit presque la vitesse du son, puis de s’arrêter instantanément au bout d’une voie ferrée d’environ 600 m. M.Stapp a essayé le traineau 29 fois en 7 ans, ce qui lui a valu plusieurs fractures, pertes de connaissance, un décollement de rétine, des explosions de vaisseaux sanguins et autres blessures. 

    Les découvertes de ce docteur en biophysique ont favorisé l'installation des ceintures de sécurité dans les automobiles.

    Alain Bombard, ce «naufragé volontaire»

    En 1952, le biologiste français Alain Bombard a traversé en solitaire l’océan Atlantique à bord d’un canot pneumatique sans eau potable ni provisions pour comprendre pourquoi il était si rare que les naufragés arrivent à se sauver sans être secourus. 

    Les premiers jours, il s’est nourri, comme prévu, en buvant un peu d’eau de mer et de jus de poissons. Il devait écoper son bateau sans arrêt et toujours avec les moyens du bord: sa chaussure ou son chapeau. Peu à peu, la peur de la mort, les diarrhées et la perte de poids l’ont affaibli. Il a même rédigé son testament le 6 décembre 1952. Le 23 décembre, il a fini par toucher la terre à la Barbade. Souffrant d'anémie, de troubles de vision et ayant perdu 25 kilos, il a dû être hospitalisé.

    Après son voyage, Alain Bombard a publié un livre, «Naufragé volontaire». Sa traversée lui a permis d'énoncer différentes règles de survie en mer et d’affirmer que les «naufragés meurent de désespoir», non de faim ou de soif. Une fois rétabli, il est mort en 2005 à l’âge de 80 ans.

    Allan Blair, le vrai homme-araignée

    Voulant être certain des conséquences d'une morsure d'araignée veuve noire sur un humain, Allan Walker Blair, professeur à la faculté de médecine de l'Université de l'Alabama, s’est laissé piquer un doigt en 1933, malgré le fait qu’un autre entomologiste l’avait déjà essayé 12 ans plus tôt. Le chercheur de 32 ans a relaté les effets de la morsure sur son corps pendant deux heures, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus écrire. 

    Araignée veuve noire
    CC0 / Pixabay/849356
    Araignée veuve noire

    Selon lui, «la sensation ressemblait à celle d’une piqûre d'aiguille extrêmement pointue, accompagnée d’une sensation de brûlure dont l’intensité augmentait au cours de la période de morsure». Puis ses assistants ont pris le relais, d’après le site Al.com.

    Après plusieurs jours de souffrances, le scientifique a quitté l’hôpital et s'est ensuite complètement rétabli. Les médecins qui l'ont soigné l’ont félicité pour «son courage, mais aussi pour sa persistance et son habileté à mener son enquête si longtemps jusqu’à une conclusion aussi fructueuse». 

    Werner Forssmann et son chemin au cœur d’un chirurgien

    Werner Forssmann
    Werner Forssmann

    Le chirurgien allemand Werner Forssmann a introduit un cathéter dans son cœur en 1929 pour tester une méthode de traitement que les autres médecins considéraient comme mortellement dangereuse.

    À l’époque, la cardiochirurgie n’était qu’à ses débuts.

    M.Forsmann, qui avait alors 25 ans, croyait qu’il pourrait atteindre le cœur en faisant passer un cathéter par une veine. Il s’est inséré une sonde vésicale par une veine de l’avant-bras. Arrivé au département de radiologie, avec l’aide d'un fluoroscope, il a poussé le cathéter sur 60 cm pour atteindre la cavité ventriculaire droite du cœur.

    Un électrocardioscope
    CC0 / Pixabay/PublicDomainPictures
    Un électrocardioscope

    Sur des radiographies faites par le chercheur, on voyait un cathéter dans son atrium droit, d'après un article consacré à ce médecin.

    Quelques années plus tard, Werner Forssmann a reçu le prix Nobel de physiologie et médecine.

    Henry Head, l’homme qui s’est fait couper des nerfs

    Henry Head
    CC BY 4.0 / Wikipedia/G. C. Beresford / Henry Head 3
    Henry Head

    Le neurologue britannique Henry Head a mené la plupart de ses travaux sur lui-même. Le 25 avril 1903, il s’est notamment fait couper deux nerfs au niveau de son bras gauche pour établir comment les nerfs périphériques fonctionnent. 

    Le scientifique a demandé à son collègue de lui ouvrir le bras et de lui sectionner deux nerfs afin de comprendre la physiologie de la douleur et suivre le processus de convalescence. Pendant 4 ans, son collègue William Rivers a soumis le bras de Henry Head à 167 expériences douloureuses pendant que ce dernier lui disait s’il sentait quelque chose, ou non, lit-on dans l’ouvrage «A human experiment in nerve division» rédigé par les deux scientifiques.

    Pierre Curie, physicien au bras irradié 

    Pierre Curie
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    Pierre Curie

    Étudiant la radioactivité, le physicien français Pierre Curie (1859-1906) a fait agir pendant 10 heures du chlorure de baryum radifère sur son bras.

    Dans une note envoyée à l’Académie des sciences en 1901, il écrivait: «La peau est devenue rouge sur une surface de 6 cm2; l'apparence est celle d'une brûlure, mais la peau n'est pas, ou est à peine, douloureuse. Au bout de quelque temps, la rougeur, sans s’étendre, se mit à augmenter d'intensité; le 20e jour, il se forma des croûtes puis une plaie […]; le 42e jour, l’épidémie a commencé à se reformer sur les bords, gagnant le centre et, 52 jours après l’action des rayons, il reste encore à l’état de plaie une surface de 1 cm2 qui prend un aspect grisâtre indiquant une mortification plus profonde».

    Pierre Curie, son épouse Marie Curie et Henri Becquerel ont reçu le prix Nobel de physique en 1911 pour leurs recherches sur le phénomène des radiations.

    Nicolae Minovici, le professeur qui se faisait pendre

    Le médecin roumain Nicolae Minovici (1868-1941) a essayé à plusieurs fois de s’auto-asphyxier pour comprendre ce que cela faisait de mourir pendu.

    Ce professeur de médecine légale à l’Université de Bucarest a commencé par se presser les vaisseaux sanguins au niveau du cou. Mais la courte perte de conscience lui faisait relâcher sa prise. M.Minovici a alors utilisé une corde. Allongé sur un lit, il passait la tête dans un nœud coulant relié à une poulie et tirait sur l’autre extrémité de la corde. Ces séances ne duraient que 4 ou 5 secondes, mais cela suffisait pour que son visage vire au rouge et sa vision se brouille, d’après l’ouvrage Handbook of Forensic Medicine.

    Puis, Minovici a placé son cou dans un nœud desserré. Ensuite, il demandait à des assistants de tirer sur la corde jusqu’à ce qu’il soit suspendu au-dessus du sol. Lors d’une expérience, le professeur a résisté 25 secondes à l’étranglement. Selon le livre Electrified Sheep d’Alex Boese, ces expériences ont provoqué des ecchymoses et des difficultés pour avaler, mais ont permis de mener l’étude la plus complète jamais menée sur les effets de la pendaison.

    Les chercheurs sont prêts à ne rien manger, ne pas boire (ou boire trop), ne pas dormir et même à ne pas respirer. L’amour de la science les pousse à des actes héroïques et risqués qui pourraient paraître insensés. Mais les chercheurs ne veulent pas se faire passer pour des héros, ils sont tout simplement prêts à tout faire pour explorer le monde.

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