Ecoutez Radio Sputnik
    A technician performs an MRI scan. File photo

    Effacer les mauvais souvenirs? C'est possible, mais laborieux

    © Sputnik . Grigoriy Sisoev
    Sci-tech
    URL courte
    105
    S'abonner

    Des chercheurs suggèrent d'effacer les souvenirs négatifs afin de soigner les traumatismes psychiques. A l'inverse, ils proposent de combattre la dépression en insufflant de bonnes impressions aux patients.

    Toutes les méthodes de travail avec les souvenirs impliquent une intervention active sur le cerveau à l'aide de produits ou d'électrodes implantées, ce qui est très laborieux et douteux du point de vue de l'éthique.

    Oublier pour ne plus avoir peur

    Fin 2018, des chercheurs espagnols ont étudié comment les différentes substances utilisées lors des anesthésies générales agissaient sur le cerveau de l'homme. A cet effet, 50 volontaires en attente d'une opération sous anesthésie ont visionné, une semaine avant l'opération, deux vidéos avec un événement négatif au milieu. Dans la première un garçon était victime d'un accident, dans la seconde des criminels attaquaient une femme. Le début et la fin des deux histoires étaient émotionnellement neutres.

    Juste avant l'opération, les participants se faisaient rappeler ces vidéos en montrant l'image de l'une d'elles. Les patients étaient ensuite placés sous anesthésie générale. A certains volontaires, il a été demandé de se souvenir des détails de l'histoire une demi-heure après leur réveil, et aux autres le lendemain.

    Il s'est avéré que le propofol utilisé pour l'anesthésie était capable d'effacer les souvenirs traumatisants et négatifs. Les participants qui ont essayé de raconter l'histoire qui avait été évoquée en détail à la veille de l'opération, ne pouvaient pas se souvenir des détails de l'événement désagréable qui s'était produit au milieu le lendemain. Ils se souvenaient mieux de la seconde vidéo. Le plus grand nombre de détails a été rapporté par ceux qui avaient été interrogés une heure après l'effet de l'anesthésie. Il s'avérait que l'effet du produit était notable seulement une journée après son utilisation.

    Les auteurs de ces travaux pensent que le propofol est le moyen idéal de soigner les troubles de stress posttraumatique — un état psychologique grave caractéristique des vétérans de guerre ou des personnes ayant subi des violences, ainsi que d'autres troubles graves liés aux souvenirs désagréables.

    De la dépression au stress

    En 2014, des neurobiologistes japonais ont forcé des souris de laboratoire à oublier la peur qu'elles avaient vécue. D'abord, les rongeurs ont été placés dans une cage pour y subir des chocs électriques. Les animaux avaient peur et se figeaient, et l'on constatait l'activation de certains amas de cellules nerveuses dans l'hippocampe — la partie du cerveau qui participe aux mécanismes de formation des émotions et de transformation de la mémoire à court terme en mémoire à long terme. A l'aide d'impulsions laser, les chercheurs déconnectaient ces neurones avant de réinsérer les souris dans la cage dangereuse. Les animaux n'éprouvaient plus aucune peur, alors que leurs «cousins» du groupe test dont le cerveau était resté intact continuaient d'avoir peur.

    Les spécialistes ont tenté d'utiliser les résultats de ces expériences pour soigner les différentes maladies neurodégénératives et psychologiques chez des animaux de laboratoire.

    Dans une expérience menée par des chercheurs américains sous la direction du lauréat du prix Nobel Susumu Tonegawa, des souris se voyaient infliger des chocs électriques pour comprendre quels amas de neurones s'activaient en présence d'une telle stimulation. Une fois que les rongeurs avaient oublié la peur, quand ils se retrouvaient dans la cage où ils avaient reçu des chocs électriques ces neurones étaient activés. Les animaux se souvenaient de l'expérience négative et éprouvaient de nouveau la peur.

    Un an plus tard, ce même groupe scientifique a appris à faire sortir les souris de laboratoire de la dépression en provoquant artificiellement dans leur mémoire des souvenirs agréables. Les chercheurs ont permis aux mâles de passer quelque temps avec des femelles tout en identifiant les groupes neuronaux qui s'activaient pendant l'accouplement. Puis les rongeurs étaient placés dans des étaux spéciaux limitant leurs mouvements. A l'issue de la première semaine d'immobilisation, les souris présentaient des signes de dépression: elles refusaient de boire de l'eau sucrée et ne cherchaient pas à s'échapper quand elles étaient tenues par la queue.

    Mais si les neurophysiologistes «allumaient» leurs neurones associés aux souvenirs de femelles, les symptômes négatifs disparaissaient en quelques minutes. Lors d'une activation régulière de souvenirs agréables, les mâles sortaient de leur état de stress en l'espace d'une semaine. Par contre, quand les mâles dépressifs étaient simplement placés avec des femelles, ils les ignoraient et leur état ne s'améliorait pas.

    Ne te fie pas à toi-même

    Des spécialistes français ont forcé des souris à se souvenir de choses qui ne s'étaient pas produites en réalité. Le cerveau d'un rongeur endormi a été reprogrammé de sorte à créer chez lui une succession de faux souvenirs et d'associations.

    Le fait est que la mémoire des animaux, notamment de l'homme, se transforme de mémoire à court terme en mémoire à long terme essentiellement pendant le sommeil. A partir de ce principe, les chercheurs ont créé un algorithme informatique permettant d'associer les lieux visités par un rongeur à des ressentis concrets — la douleur, la peur ou le plaisir. Deux électrodes étaient introduites dans le cerveau de la souris à cet effet: dans l'hippocampe et dans le système de récompense (centre du plaisir).

    Dans l'hippocampe des souris, il existe des «neurones de lieu» activés au fur et à mesure que l'animal se déplace dans l'espace. Les chercheurs ont associé l'un de ces neurones à une zone spéciale de la cage où vivait le rongeur. Quand, pendant le sommeil, ce neurone s'activait dans le cerveau de l'animal, l'électrode stimulant le centre du plaisir était activée. De cette manière, les souvenirs initialement neutres sur un lieu étaient associés à quelque chose de positif. En se réveillant, les souris reprogrammées préféraient passer la majeure partie du temps dans la partie de la cage qui était désormais associée au plaisir. Cette méthode ne fonctionnait pas quand elle était appliquée aux animaux éveillés.

    Les auteurs de l'étude admettent qu'une telle approche pourrait également être utilisée pour des expériences avec des manipulations ciblées de la mémoire humaine. Mais on ignore si une telle méthode sera efficace sur les hommes compte tenu des difficultés supplémentaires que constituent la transplantation d'électrodes et des éventuels problèmes éthiques.

    De plus, selon des chercheurs britanniques, pour l'instant l'homme n'a pas besoin de dispositifs scientifiques complexes pour former de faux souvenirs. Selon leurs informations, les premiers souvenirs de la plupart des hommes ne sont pas authentiques. En interrogeant plus de 6.000 personnes, les spécialistes ont découvert que 40% des souvenirs précoces se rapportaient à un âge compris entre 1 et 3 ans, quand les souvenirs de la mémoire épisodique ne se forment pas encore. Par conséquent, ils sont tous inventés.

    En outre, des spécialistes américains ont montré qu'il était possible de simplement suggérer de faux souvenirs à un individu. Les sujets d'une étude ont visité Disneyland et ont visionné une fausse vidéo de Disney avec le lapin Buggs Bunny dans le rôle principal. Peu de temps plus tard, il leur a été demandé de raconter leur voyage dans le parc d'attraction, et 16% d'entre eux étaient persuadés avoir rencontré Buggs Bunny à Disneyland. Or il s'agit d'un personnage de Warner Brothers, qui ne pouvait pas se trouver à Disneyland.

    Les auteurs de cette étude soulignent que tous les souvenirs sur le héros du dessin animé étaient émotionnellement décrits et débordaient de détails, c'est-à-dire que les individus considéraient les faux souvenirs comme authentiques.

    Tags:
    cerveau, amnésie, études, droit à l'oubli, chercheurs, mémoire, souvenir
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik