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Un groupe international de scientifiques a découvert la disparition d’un grand lac sous-glaciaire en Antarctique. Un phénomène rare, qui demande des observations particulières comme facteur potentiellement important pour l’analyse des changements climatiques.

Une équipe internationale de chercheurs a constaté la disparition soudaine d’un lac gelé sur la barrière de glace d’Amery, dans la partie orientale de l’Antarctique. Dans une étude publiée dans la revue américaine Geophysical Research Letters, les scientifiques ont analysé la chronologie de ce phénomène pour mieux comprendre l’impact possible des lacs antarctiques sur la stabilité des barrières de glace du continent Blanc. Un élément non négligeable sur la liste des facteurs étroitement liés aux changements climatiques.

À l’aide d’images satellite et radar, l’équipe a défini que l’événement rarissime avait eu lieu en juin 2019, c’est-à-dire en plein hiver austral. Le lac de fonte contenant entre 600 et 750 millions de mètres cubes d'eau, un volume deux fois plus important que celui de la baie de San Diego en Californie ou du lac Léman à la frontière franco-suisse, a cessé de faire partie du paysage.

Les chercheurs sont parvenus à la conclusion que le lac s’était écoulé dans l’océan suite à la formation d’une fissure dans son fond, ce qu’on appelle une hydrofracture.

«Nous pensons que le poids de l'eau accumulée dans ce lac profond a ouvert une fissure dans la plateforme de glace, une hydrofracture qui a permis à l'eau de s'écouler dans l'océan situé en dessous», selon l’auteur en chef de l’étude, le glaciologue à l’université de Tasmanie Roland Warner.

Un satellite sophistiqué utilisant un laser à lumière verte ICESat-2 (Nasa) a également enregistré le moment de la fracturation, après laquelle la couverture de glace du lac s’est effondrée de près de 80 mètres, formant ainsi un cratère s'étendant sur environ 11 kilomètres carrés.

Helen Amanda Fricker,  co-auteur de l’étude de l'Institut d'océanographie Scripps (Scripps Institution of Oceanography, SIO) s’est félicitée du niveau technologique du satellite ICESat-2 permettant des observations si détaillées.

«C’est fascinant de voir que le ICESat-2 nous montre des détails de processus ayant lieu sur la plateforme de glace à une échelle spatiale si précise», a souligné la glaciologue américaine qui étudie les lacs sous-glaciaires antarctiques depuis leur découverte, en 2007.

Raisons et conséquences

Des hydrofractures ayant déjà été observées sur de petites plateformes de glace, le phénomène, qui a fait disparaître le lac de fonte en question, a été qualifié de rare parce qu’il s’est produit sur une épaisseur de quelque 1.400 mètres au sein de la barrière de glace d’Amery, l’une des plus grandes du continent austral.

Avec l’aide du Centre géospatial polaire (Polar Geostatial Center, PGC) de l’université du Minnesota, l’équipe de chercheurs a pu constater que l’événement avait changé le paysage local sur environ 60 kilomètres carrés.

Prenant en compte le petit nombre de lacs de fonte de la plateforme glaciaire d’Amery et après avoir calculé le volume d’eau perdue, les scientifiques ont en même temps découvert que la quantité d'eau écoulée en 2019 était plusieurs fois supérieure à l'apport annuel d'eau de fonte dans la zone.

Ce résultat a amené l’équipe à émettre l’hypothèse qu’il s’agit d’un phénomène pour le moment exceptionnel et dont les raisons ne sont pas récentes.

«Cet événement brutal est apparemment le point culminant de décennies d'accumulation et de stockage d'eau de fonte sous un couvercle de glace isolant», a indiqué un autre co-auteur de l’étude, le professeur de l’Observatoire terrestre Lamont-Doherty (Lamont-Doherty Earth Observatory, LDEO) de l’université Columbia Jonathan Kingslake.

Les scientifiques ont également observé près de la doline du lac disparu la formation d’une nouvelle retenue d’eau dans le cratère glaciaire.

Avec le changement climatique, le nombre de lacs de fonte pourrait s’accroître, ce qui augmente aussi le risque d’un effondrement généralisé des barrières de glace. Pour autant, les chercheurs n’ont pas constaté que l’écoulement de ce lac dans l’océan était spécialement lié au réchauffement climatique. Des évolutions en la matière devraient encore être observées et analysées.

«Puisque la fonte de l’eau à la surface des barrières de glace peut provoquer leur effondrement, ce qui finalement entraîne l’élévation du niveau de la mer […], il est important de comprendre les processus qui affaiblissent les plateformes glaciaires», selon Helen Amanda Fricker.

Reforestation contre réchauffement

Reconnus au plus haut niveau politique international, les problèmes de réchauffement climatique restent dans le viseur de multiples recherches. La revue internationale Biogeosciences (BG) a publié en avril 2021 une étude de chercheurs du Royaume-Uni et de Hong Kong sur les conséquences hypothétiques pour le climat de la reforestation de vastes surfaces de la ceinture tropicale.

Les spécialistes ont modélisé le rétablissement des forêts tropicales sur de vastes terrains agricoles dans des pays comme le Brésil, le Congo, l’Inde, l’Indonésie, etc.

Malgré une importante croissance potentielle des massifs forestiers tropicaux, dont la superficie pourrait doubler d’ici 2100, les scientifiques ont constaté avec surprise que la reforestation des tropiques, compte tenu de son influence supposée concernant le stockage de CO2 dans les autres macro-écosystèmes, n’aurait pour résultat qu’une réduction de gaz carbonique atmosphérique relativement basse.

Les conclusions de cette étude ont mis en exergue l’interdépendance des biotopes et la complexité de l’équilibre climatique sur la Terre pour en même temps accentuer le poids de mesures qui simplement limitent, dès maintenant, les émissions globales de carbone fossile.

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Tags:
recherches, réchauffement climatique, océan, glacier, lacs, Antarctique
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