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    Dourova : l’héroïne russe de Borodino

    Dourova : l’héroïne russe de Borodino

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    Nadejda Andreïevna Dourova est née le 2 avril 1783 en Ukraine. Sa mère, tombée amoureuse d’un officier s’échappe une nuit de la maison de ses parents, et en route pour Kiev s’était mariée avec son officier.

    Elle rêvait d’un beau garçon, d’un fils et quand il lui fut née une fille, elle en éprouva une forte déception. Un jour, à l’occasion d’un déménagement vers une autre ville, quand la jeune Nadejda pleurait et criait toute la nuit et tout le jour, sa mère la jeta en dehors de la voiture qui les convoyait. Tous pensèrent que la jeune fille était morte, mais elle était encore en vie. Son père, lui interdit dès lors de prendre l’enfant dans ses bras. Elle fut élevée dans le régiment de Hussards de son père. Ce dernier la portait dans ses bras à cheval, lui donna pour jouets des armes, et elle fut employée à la musique du régiment.

    La relation avec sa mère resta toujours très mauvaise. Elle n’aimait pas l’apparence et les manières de sa fille, elle souhaitait qu’elle ait une peau blanche, et les manières d’une jeune fille. Elle n’aimait pas aussi son intérêt pour la carrière militaire. Elle tenta d’inculquer à sa fille la couture et d’autres occupations de ce genre, la grondant souvent et lui interdisant de se promener ou de monter à cheval.

    Son père, au contraire, était bon et possédait un caractère doux. Il aimait beaucoup sa fille, et essayait de la défendre contre sa mère. Bien évidemment Nadejda aimait également beaucoup son père et le lui rendait bien. Quand son père acheta un bel étalon, elle commença à l’accompagner le matin, à monter avec lui, et après quelques années, il ne tarda pas à lui offrir ce cheval. La fille, désormais, pratiquait souvent l’équitation en compagnie de son père, lors de grandes promenades.

    A 18 ans, Nadejda contre sa volonté fut mariée à un jeune homme du nom de Tchernova. En 1803, naît de cette union un fils nommé Ivan mais sa vie de couple n’était pas heureuse et elle revînt bientôt dans la maison familiale. Le bonheur n’y était pas plus présent, son père avait des relations avec d’autres femmes bien que sa femme continua à l’aimer passionnément. Nadejda voyant la tragédie de la destinée de sa mère, ne voulait pas suivre le même chemin. Un soir, elle se coupa les cheveux, revêtit un uniforme, sauta sur son cheval et partit de la maison.

    Elle s’engagea dans l’Armée Russe, au sein du régiment de cavalerie des Cosaques du Don, qui fut envoyé à l’aide des prussiens dans la guerre contre Napoléon (campagne 1806-1807). Au régiment, elle prit l’identité d’Alexandre Sokolov, et jusqu’à la fin de sa vie, elle utilisa ce pseudonyme. Durant de longues années, elle n’écrivit pas à sa famille, et ils pensaient qu’elle était morte. Mais durant ce temps, Nadejda vécut de durs événements et la vie difficile du soldat. Pour elle cette vie était dure, physiquement et psychologiquement, mais jamais elle ne pensait à quitter l’armée.

    En 1806, elle participa à diverses actions contre l’armée française en Prusse-Orientale. En 1807, elle sauva de la mort l’officier russe Panine qui avait été blessé. Elle vit la mort, le sang, et périr nombre de ses compagnons. Personne ne connaissait alors son identité véritable, et elle rendait compte qu’elle pourrait périr sans laisser de traces. Elle décida donc d’écrire à son père pour lui indiquer qu’elle servait dans l’Armée. Sachant la vérité, son père s’empressa d’écrire au Tsar Alexandre pour obtenir de lui le retour de sa fille à la maison.

    Toutefois, à ce moment, le Tsar était en visite à l’Armée, précisément où servait le « héros Alexandre Sokolov. Remarqué par lui, elle fut félicitée lors d’une revue et accompagna le Tsar jusqu’à Saint-Pétersbourg. Ils eurent un entretien où ils parlèrent de choses et d’autres, et il était clair qu’elle plaisait beaucoup au Tsar Alexandre. Il était intéressé et fier de compter une femme patriote dans les rangs de l’Armée russe, et l’autorisa lui-même à rester dans l’Armée, et à y servir comme officier. Elle fut même élevée par le Tsar à un honneur rare, elle fut décorée de l’Ordre de Saint-Georges, et il lui accorda l’honneur de porter officiellement son nom d’emprunt. C’est ainsi qu’elle devînt Alexandre Alexandrovitch Sokolov. Pour tous, elle resta incognito exceptée du Tsar et d’importants généraux. Elle fut renvoyée à l’Armée dans un autre régiment. Elle visita également Saint-Pétersbourg dans ces années, alla au théâtre et au bal, et fut bientôt introduit dans la bonne société où elle fut invitée. Il y eut plus d’un riche parti, qui lui offrit de se marier avec leur fille !

    En 1812, recommença la guerre contre Napoléon. Elle participa à la difficile bataille des redoutes de Chevardino, puis à la bataille de Borodino, où fut anéanti son régiment. Nadejda fut blessé à la jambe droite lors de cette dernière bataille et resta blessée sur le champ de bataille jusqu’à la fin du jour. Seulement à la nuit tombée, elle put rejoindre ses camarades, et après quelques jours fut de nouveau capable de servir dans son régiment. Elle continua ainsi sa carrière militaire jusqu’en 1816, servant notamment comme ordonnance du général Koutousov. Elle quitta alors l’armée et vint s’établir dans la ville d’Elabourg sur la Volga.

    Elle y rencontra le célèbre peintre Chichkin qui peignit son portrait, aida les citoyens de la ville, et s’employant à écrire et à s’entremettre pour l’amélioration de leur sort. Elle commença également à correspondre avec Alexandre Pouchkine qui était une connaissance de son frère. Elle devait rencontrer le célèbre poète en 1836 à Saint-Pétersbourg. Lors de la rencontre, Pouchkine lui fit le baise main, et Nadejda ne put s’empêcher de faire un pas en arrière et de dire : «  Oh mon Dieu ! Comme il y a longtemps que je suis déshabituée de cela !  ». Cela ne devait toutefois pas avoir de conséquences néfastes sur leur relation, et elle lui confia son travail littéraire dénommé «  Notes d’un cavalier  » qu’elle avait composées et écrit à Elabourg. Pouchkine, lui-même devait vanter son talent littéraire et son style vivant.

    C’est ainsi que de 1838 à 1840, elle s’employa à écrire des nouvelles et des histoires. Elle joua un rôle dans le futur à propos de la condition féminine dans la Russie, mais cessa d’écrire après 1840. Même après son départ de l’armée, elle continua à porter des costumes masculins, à fumer le cigare et à porter son nom d’homme. Elle vécut paisiblement à Elabourg, et mourut à l’âge respectable de 83 ans en 1866. Elle fut inhumée comme un héros militaire au cimetière de Troïsk. La destinée peu commune et extraordinaire de cette femme, fut à l’origine dans les temps modernes d’une magnifique comédie musicale dénommée «  La ballade du Hussard  », et sa vie fut mise à l’honneur dans de nombreuses biographies et parutions jusqu’à nos jours. Un des derniers ouvrages en langue française qui lui est consacré est «  La Cavalière du Tsar  », de Paul Lequesne, paru en 1995 aux éditions Viviane Hamy, également «  La Hussarde qui préférait les chevaux aux hommes, les mémoires de Nadejda Dourova  », de Carole Perret aux éditions Caracole Favre   ou encore «  La Dourova  », de Luba Jurgenson aux éditions Calmann Levy. Elle reste l’une des icônes patriotiques de la Russie parmi les plus populaires.

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