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    Ces femmes qui sont présidentes …

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    Danielle, Bernadette, Carla, Valérie à présent ! Que de beaux prénoms féminins, d’autant plus beaux qu’ils sont encadrés de ces noms très vivants, très à la une qui font vibrer la France de tout son être. Eminences grises ? Ombres chétives et frileuses qui tremblent à l’idée d’être « Premières dames de France » ?


    Fondamentalement, deux points de vue coexistent et, à mon sens, ne s’entre-excluent pas. Ainsi, disent certains, à la différence d’autres puissances européennes, seule la France prête une telle attention à la Première dame. Ce fait semble lié à la tradition galante qui veut qu’une femme, quelle que soit la petitesse de son statut, a toujours un rôle de présence à jouer, rôle décoratif ou rôle d’écuyer, n’importe. Tant mieux si c’est les deux à la fois ! D’autres ont plutôt tendance à valoriser l’image de la « Présidente », voyant en celle-ci une véritable Eminence aux allures et à l’intelligence fort influentes, voire en beaucoup décisives.

    La gauche ayant remporté les élections et Mr. Hollande se revendiquant du mitterrandisme, le premier nom qui vient à l’esprit – car il faut bien entamer le thème ! – est bien entendu celui de Mme. Danielle Mitterrand qui nous a quittés l’an dernier. Le contexte de sa rencontre avec le futur président est tout à fait particulier et déterminera le degré de dévouement de cette femme humble et courageuse sans fard. Entrée dans la Résistance à 17 ans en qualité d’agent de liaison, c’est sa sœur aînée, Christine Gouze, qui lui présentera un certain François Morland, Morland, on le devine, étant le nom de code de Mitterrand, lui aussi Résistant. De 1944 à 1996, Danielle, devenue Mitterrand, puis « épouse du Président de la République » se gardera d’endosser le titre de « Première dame », insistant plus d’une fois sur le fait qu’elle n’a rien d’« une potiche », que, nonobstant cette extrême humilité qui l’accompagnera sa vie durant, jamais au grand jamais elle ne se soumettrait à des convictions qui contrediraient les siennes. Naturellement, cette déclaration était à prendre au second degré et pourtant, force est de le reconnaître, c’est bien Danielle qui affichera sans nulle scrupule une sympathie très marquée pour Fidel Castro, c’est toujours elle qui s’évertuera plus d’une fois à intercéder en faveur des prisonniers politiques allant même jusqu’à fonder, en 1986, le Fondation France-Libertés, c’est encore elle qui se prononcera contre l’interdit du port du voile, s’opposant, en 1993, à la Politique migratoire de Mr. Charles Pasqua quitte, dans le cas présent, à s’attirer les foudres de son mari-Président. Qu’à cela ne tienne ! Danielle avait justifié non seulement en paroles, mais aussi et surtout en actes sa ferme détermination à être plus qu’« une potiche ». Et elle a réussi, sans pour autant, à des exceptions près, jouer de mauvais tours à celui qu’elle a connu lors des années noires de l’Occupation. En février 1996, soit un mois après  le décès  de Mitterrand,  Christine  Ockrent a interviewé Danielle : « L’ombre [celle de la mémoire] n’est pas trop lourde »? – a demandé Mme. Ockrent. Et la veuve Mitterrand, en toute simplicité et sincérité : « Ce n’est pas une ombre. C’est une présence. Je crois que je n’ai jamais été aussi proche de lui que depuis qu’il nous a quittés. Il n’y a pas de journée, pas de minute où je ne me réfère à lui » (…). Tout est dit. Bien qu'étant loin de porter Mr. Mitterrand et son épouse dans mon cœur, je ne saurais dénier à cette dernière la plus grande dignité et cette finesse particulière qui consiste à savoir sortir de l'ombre quand il le faut et y retourner au gré des circonstances. Nous sommes bien prêts de concilier les deux points de vue exposés au début.

    Une autre personnalité que Bernadette … et oui, Chirac! Issue d'une vieille famille aristocratique, Mme. Bernadette Chaudron de Courcel fût cette corde supplémentaire qui vint se greffer à l'arc du jeune Jacques, alors soldat de deuxième classe dans un régiment de Bretagne. Pour comble de malheur, son passé communisant ne lui permettait pas de décrocher le grade d'officier et il lui a fallu toute la bonne grâce de sa belle-famille pour obtenir celui de sous-lieutenant de la cavalerie. Au-delà de ce mariage inégal qui pousserait presque à employer le terme désuète de mésalliance, on restitue, par fragments épars, le caractère entièrement «Première Dame» de Bernadette, éminence grise de son mari qui n'hésitera point à descendre en lice contre d'autres redoutables éminences telles que Pierre Juillet et Marie-France Garaud (Appel de Cochin), à militer plus que formellement pour l'union de la droite ou UMP à ce jour aux côtés de Jean-Pierre Raffarin nommé premier ministre, à intervenir tout à fait résolument dans la réconciliation des chiraciens et de Sarkozy. On retiendra également les tournées annuelles de Mme. Chirac en province, tournées qui, lit-on dans Wikipédia (cf. Bernadette Chirac), auraient amené à la mise en garde de son mari contre la menace lepeniste, celle-ci piétinant au seuil du deuxième tour en 2002.

    Image « vieille France» mimée par les Guignols de l'info? Mais oui, et pourquoi pas? La force flagrante de Bernadette ne tient pas à son autoritarisme ou napoléonisme version femme. Plus vigoureuse, politiquement plus ferrée que sa prédecesseure – 30 ans et quelques au Conseil général de Corrèze, c'est quelque chose! –, elle a su dépasser le rôle socio-décoratif de Première femme jusqu'à mériter le terme connoté maintenant comme sexiste de Présidente. Une nouvelle preuve nous en parvient : opposée au choix de son mari de voter Hollande, non seulement Bernadette soutiendra l'UMP mais en plus elle votera à la place de Mr. Chirac déclarant que le premier choix de ce dernier n'avait trait qu'à une simple « maladresse » qu'il « regrettait » déjà lui-même et qu'elle s'empressait de rectifier sur le champ. Comme quoi, les bonnes rencontres se font tout aussi bien dans la Résistance qu'à Sciences Po.

    Toute autre histoire pour Mr. et Mme. Sarkozy. La fameuse Carla Bruni, belle comme le jour, svelte comme une bouteille de Contrex, sexy à miauler des chansons (de qualité pour certaines, faut-il reconnaître) d'amour toutes présentes sur youtube, est bien franchement le mauvais génie du pauvre Nicolas. Les frasques de sa vie mondaine ont eu, quoique cela puisse paraître étrange, de sérieuses répercussions sur l'image de Mr. le Président. Comme quoi, le traditionalisme sous-jacent de la société française a donné de la voix, enlevant net celle de Carla. Ceci dit, il serait injuste de ne pas mentionner et souligner d'un triple trait l'engagement humanitaire de Mme. Bruni-Sarkozy, ambassadrice mondiale pour la protection des femmes et des enfants contre le HIV, sponsor occasionnel de la Fondation de France et des Restos du cœur. On appréciera également ses intercessions pour certaines prisonnières, entre autres l'Irakienne Sekineh Mohammed-Ashtiani, condamnée à mort. Idem pour son combat en faveur des animaux qui, en guise de comparaison, renvoie la meilleure image de Brigitte Bardot. Néanmoins, une absence totale et obstinée de position politique, le refus tout prononcé d'en avoir, colle à merveille avec ses prouesses musicales dont le contenu et la forme s'accordent mal avec ce que le peuple français attend de Madame France. Enfin …. c'était à son mari d'y songer bien avant que ne tombe le rideau.

    Nous en venons, pas de surprise, à Mme. Valérie Trierweiler. Et oui, bien Trierweiler … ou Massonneau … mais en aucun cas Hollande. Après Louis-Napoléon Bonaparte, Mr. Hollande est le deuxième président de la République à entrer en charge en tant que célibataire. Sa bien-aimée, journaliste politique de 46 ans qui, en vertu d'une enfance plus que modeste, sait ce que cela veut dire se débrouiller pour surnager et nager, a vraiment du cran, un cran admirable si l'on entre dans les détails d'une biographie laborieuse. Cette femme dont la froideur renvoie aux archétypes « hitchkok[iens] » selon la juste métaphore du magazine Sud Ouest, n'a vraiment pas froid aux yeux. Son titre imminent de « Première dame », nonobstant une vague imprécision juridique, est loin du conte de fée. Elle l'assume, en toute conscience, fière de son élu que Ségolène a mis à la porte après sa défaite contre Nicolas Sarkozy. S'il est encore possible de dresser un portrait assez approximatif de sa personnalité – femme autoritaire, intelligente et indépendante qui pour rien au monde ne sacrifierait « sa liberté sur l'autel de la médiatisation», on ne saurait prédire avec justesse le rôle qu'elle jouera auprès de son cher et tendre. Naturellement, on pourrait s'accrocher au jeu de mot injurieux du député UMP Lionel Luca qui, par calembour, a traité Mme. Trierweiler de «Rottweiler» … celui de Hollande. Pour autant que je m'y connaisse en races de chiens, les rottweilers ont la réputation d'être des toutous assez agressifs, ce qui se confirme par leur classement (depuis janvier 1999) dans la catégorie « chiens dangereux » … en numéro 2! On est parti loin du gentil labrador des époux Mitterrand, chien dont le caractère docile et bon enfant incarnait par excellence les relations de ce couple. Que penser de la méchante et impardonnable déformation de Mr. Luca ? Qui vivra verra. En attendant, bonne chance à Mr. Hollande et Mme. Trierweiler.

    Cet aperçu, au-delà de sa vocation synthétique, nous démontre une fois de plus qu'une femme, quel que soit d'ailleurs son poste, a le pouvoir miraculeux ou infernal de sauver, tout autant que de perdre un homme. 

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