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    Le héros grec Manolis Glezos exige la rupture de l'accord UE-FMI

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    Il y a 71 ans, le 31 mai 1941, avec un ami Manolis Glezos a décroché le drapeau nazi de l'Acropole. Dimanche, ce héros de la Grèce, qui à 89 ans est en pleine forme, compte voir son parti remporter la victoire aux élections, ce qui permettra d'annuler l'accord créancier avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

    Il y a 71 ans, le 31 mai 1941, avec un ami Manolis Glezos a décroché le drapeau nazi de l'Acropole. Dimanche, ce héros de la Grèce, qui à 89 ans est en pleine forme, compte voir son parti remporter la victoire aux élections, ce qui permettra d'annuler l'accord créancier avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

    "Tous les accords conclus avec les "prêteurs" – on ne les qualifie pas de partenaire ou de créancier, ce sont des "prêteurs" – seront annulés… On commencera par leur dire: nous ne vous devons absolument rien", a déclaré Glezos dans une interview accordée à RIA Novosti.

    Ce vétéran est le premier dans la liste des candidats aux élections législatives de la coalition de la gauche radicale, Syriza, dont il dirige l'une des 12 fractions. Les radicaux de gauche, selon les derniers sondages, sont en lice pour la première place avec le parti de centre-droit Nouvelle démocratie, qui appelle à être plus prudent avec les créanciers et à ne changer les accords créanciers que par le biais d'un compromis.

    "On trouvera l'argent"

    Avant les élections qui pourraient le propulser au poste de premier ministre, le leader des radicaux de gauche Alexis Tsipras a adouci son discours, et à la veille du vote du 17 juin n'a même pas mentionné la rupture immédiate des accords avec les créanciers. Mais le numéro un de sa liste est intransigeant: il est nécessaire d'abroger les accords par la première loi qui sera adoptée par le nouveau parlement. Cela rétablira la souveraineté de la Grèce, qui a permis aux créanciers de s'ingérer dans ses affaires et de lui imposer une réduction des dépenses, estime Glezos.

    Le danger de la sortie de la Grèce de la zone euro est associé au fait que les créanciers menacent de suspendre le financement du pays si la Grèce ne tient pas ses engagements, et Athènes ne pourra pas emprunter sur les marchés internationaux en raison de la perte de confiance.

    Mais Glezos est convaincu qu'il sera possible de trouver de l'argent et répète la phrase tristement célèbre de l'ex-premier ministre Georgios Andreas Papandréou: "On a l'argent!". En remportant sous ce slogan la victoire électorale à l'automne 2009, alors que quelque 18 mois plus tard Papandréou a laissé tomber le pays dans les bras des créanciers internationaux, car il s'était avéré qu'il n'y avait plus d'argent au moment de son élection.

    "On trouvera de l'argent, ne vous inquiétez pas, et cela ne doit pas non plus préoccuper les étrangers", affirme Glezos. Il cite l'exemple de l'île de Paros dans la mer Egée, où il est membre du conseil municipal. Il assure que sur l'île se trouvent 1.300 villas appartenant à des étrangers, qui les louent en trouvant des clients par internet et ne payent pas d'impôts. Auparavant Glezos proposait de taxer les revenus élevés ou d'utiliser les épargnes des personnes aisées pour des emprunts forcés.

    Selon Glezos, Syriza espère obtenir la majorité absolue au parlement, mais même dans ce cas la coalition solliciterait la participation d'autres partis de gauche – le parti communiste grec et les Démocrates de gauche. S'ils refusaient, ils seraient responsables devant le peuple grec, estime Glezos.

    "L'Allemagne nous est redevable"

    La logique d'entraide en Europe ne séduit pas le héros national grec. Selon Glezos, l'Allemagne n'a pas dédommagé la Grèce du préjudice infligé pendant la Seconde guerre mondiale et n'a pas versé de compensations pour l'emprunt forcé pendant l'occupation. Selon ces calculs, le montant des indemnisations s'élève à 1.000 milliards d'euros, intérêts compris.

    "L'Allemagne a une énorme dette envers notre pays. C'est l'Allemagne qui nous est redevable, et non pas l'inverse". L'Allemagne doit payer sa dette envers le peuple grec", déclare Glezos. Il va jusqu'à accuser l'Allemagne de se venger de la Grèce pour les événements de la Seconde guerre mondiale. Glezos refuse de reléguer les différends dans le passé, tant que les Allemands ne payeront pas: "L'Allemagne nous est redevable, et elle payera. On ne fera pas marche-arrière".

    Glezos insiste sur l'abrogation intégrale du mémorandum avec les créanciers, au lieu de son changement partiel. Il compare le mémorandum à une prison, dans laquelle il a lui-même passé 15 ans pour ses convictions communistes. "Nous avions diverses prisons, certaines "meilleures" que d'autres. Par exemple, dans certaines on était autorisé à boire du café, et pas dans d'autres. Mes camarades proposaient de demander d'être transféré dans une meilleure prison, mais j'étais contre. Je n'avais pas besoin d'une meilleure prison, je devais en sortir!"

    "Nous hisserons ensemble le drapeau de l'indépendance"

    Chaque jour Glezos participe aux rassemblements de campagne de Syriza, c'est une véritable célébrité. Son parti est arrivé en première position à Athènes aux dernières élections du 6 mai, en s'imposant largement devant les partis de centre-droit et de centre-gauche, qui ont dominé pendant des décennies dans la vie politique du pays. Les dernières élections n'ont pas désigné de vainqueur indiscutable, et un nouveau vote a été fixé pour le 17 juin.

    "Les gens viennent se plaindre en me disant: on m'a réduit mon salaire, ma retraite, mes indemnités journalières, je ne peux pas acheter de médicaments ou du lait pour mes enfants. Certaines personnes désespérées décident de mettre fin à leurs jours. Mais nous leur disons: prenez votre mal en patience jusqu'aux élections, et dès le lendemain on vous sauvera.

    Nous disons à ceux qui jettent des yoghourts et des chaises en accusant les hommes politiques et les autres: attendez, transformez votre colère en action politique, en une voie menant aux élections. Vas et punis les en votant pour Syriza, et on t'aidera à sortir de l'impasse", déclare Glezos.

    La vie du vétéran est une existence de lutte. On l'a condamné à mort à quatre reprises, pendant la Seconde guerre mondiale et pendant les années de guerre civile en Grèce, il a été jeté en prison et condamné pour "espionnage au profit de l'URSS". En URSS, on organisait des manifestations sous le mot d'ordre: "Libérez Manolis Gnezos!", on a réalisé des films sur le patriote grec et on appelait les enfants en son honneur. En 1963, Glezos a reçu le prix Lénine, mais sa conversation de quatre heures au Kremlin avec le secrétaire général du Comité central du PCUS Nikita Khrouchtchev s'est mal passée. "On s'est entendus sur beaucoup de choses, et avait des points de vue différents sur beaucoup d'autres", déclare diplomatiquement Glezos, même si après cette conversation il n'est pas retourné en Russie pendant deux décennies.

    Glezos continue de penser que la Russie aidera la Grèce, mais sans pour autant préciser de quelle manière cette aide serait apportée.

    En se souvenant de la nuit la plus mémorable de sa vie, lorsqu'à l'âge de 18 ans il a escaladé l'Acropole en échappant à la garde allemande et a mis une heure pour décrocher le drapeau nazi, Glezos déclare que son acte est devenu un symbole de la lutte politique actuelle.

    "Ce que j'ai fait ce jour-là continue aujourd'hui. Mais, heureusement, cette fois je ne suis pas seul. Avec tout le peuple grec nous décrochons aujourd'hui le drapeau de la soumission et de la trahison et levons le drapeau de l'indépendance nationale et de la souveraineté de notre pays!

    Je le fais avec tout le peuple grec", conclut le vétéran.

     

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