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    Gori: la ville qui adore encore Staline

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    Pour le monde entier, il reste un dictateur soviétique sanguinaire, qui a ruiné des millions de vies humaines. Mais pour les habitants de la ville de Gori, où Joseph Staline est né à l'est de la Géorgie, il est simplement un "gars du coin" qui a réussi sa vie.

    Pour le monde entier, il reste un dictateur soviétique sanguinaire, qui a ruiné des millions de vies humaines. Mais pour les habitants de la ville de Gori, où Joseph Staline est né à l'est de la Géorgie, il est simplement un "gars du coin" qui a réussi sa vie.

    "Je l'adore et tous les membres de ma famille aussi", affirme, avec le sourire, Nino Guiorgadze. Elle a 19 ans et se promène sur l'avenue Staline, l’artère principale de la ville. "Bien sûr, j'ai entendu parler des répressions et des camps mais je l'aime quand même".

    Joseph Djougachvili, né en 1878, a passé les quatre premières années de sa vie à 40 kilomètres de Tbilissi, dans une modeste maison en bois à la périphérie de Gori. Aujourd'hui, cette maison fait face au Musée national Staline créé en 1937, en pleine Grande terreur, par le chef du NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures) et son compatriote Lavrenti Beria.

    Selon les estimations des historiens, entre 4 et 20 millions de personnes auraient péri au cours des Grandes purges de Staline, visant à éliminer ses ennemis politiques réels ou imaginaires. Mais le musée de Gori élude presque entièrement ce chapitre de l'histoire soviétique.

    "Les étrangers demandent toujours pourquoi les Goulags ne sont pas évoqués ici, déclare Olga Toptchichvili, guide du musée depuis 30 ans. Mais en quel honneur devrait-on parler de tout ça? J’en ai par-dessus la tête des contes de fées sur Staline."

    Côté polonais, "les visiteurs demandent sans cesse pourquoi rien n'est dit sur Katyn", soupire-t-elle, faisant référence au massacre de 20 000 officiers et représentants du milieu intellectuel polonais orchestré en 1940 par les services de sécurité de Staline.

    En effet, le musée décrit avant tout le parcours glorieux de Staline – d'abord en tant que séminariste, puis bandit, braqueur de banques, avant de virer révolutionnaire marxiste et, enfin, dirigeant de l'Union soviétique pendant 30 ans.

    Dans l'une des salles du musée est exposé le masque mortuaire du dictateur et au fil des salles, on découvre également une exposition de cadeaux destinés à Staline, dont une radio originale en forme de char et des tapis à son effigie.

    Devant le musée s’élève le monument de Staline, qui siégeait en plein centre-ville jusqu'en 2010. Les autorités craignaient un tel élan de colère suite à leur décision de démanteler le monument qu'elles l'ont déplacé pendant la nuit.

    "Je suis fière de Staline, déclare Tamar, vendeuse d'une boutique de souvenirs au premier étage du musée – elle y écoule des t-shirts, des tasses, des bouteilles de vin et des briquets à l’image du "père des peuples". Il est né dans notre ville et c'est devenu un grand homme."

    Toutefois, les jours du musée Staline - sous sa forme actuelle - semblent être comptés.

    Dans un coin discret, au premier étage du musée, trois affiches écrites en géorgien, en anglais et en russe pourraient ne pas plaire aux habitants de Gori.

    "Le présent musée est un exemple typique de propagande soviétique et de falsification de l'histoire, peut-on y lire. A différentes époques, ses salles d'exposition ont été partiellement modifiées et réorientées mais le but principal restait de légitimer le régime le plus sanguinaire de la planète. Le musée sera transformé en musée du stalinisme, où les expositions évoqueront de façon détaillée et impartiale des étapes cruciales de cette ère."

    Olga Toptchichvili nous accompagne volontiers dans une petite pièce, où le parcours du futur musée du stalinisme devrait commencer. Elle ne cache même pas qu'il lui est déplaisant de montrer les vêtements des "prétendues victimes des répressions".

    "Regardez, dit-elle en montrant l'affiche. Il est écrit que le régime soviétique a exterminé entre 15 et 40 millions de personnes. Mais où sont passés les 25 millions de différence? Je suis historienne, j'ai besoin de faits et pas de ces… contes de fées."

    Dans la rue, Tatia Kopadze, étudiante de 17 ans, a rit lorsqu'on lui a demandé ce qu'elle pensait de Staline.

    "Il était cent fois mieux que notre président actuel!", sourit-elle (Notre conversation a eu lieu à la veille des législatives, où le parti du président Mikhaïl Saakachvili, héros pro-occidental de la révolution des roses en 2003, a connu une cuisante défaite).

    L'admiration de Saakachvili, pour les institutions et les hommes politiques occidentaux, contraste avec les témoignages de dévouement pour Staline à Gori. La Géorgie est le seul pays du monde où, dans les appellations des rues, les noms de Staline et de George W. Bush sont voisins. Le dernier changement de nom, en 2005, avait d’ailleurs provoqué des protestations.

    "C'est très simple, nous explique un journaliste de Tbilissi à qui nous avons demandé pourquoi on admirait toujours Staline à Gori. Prenez les Espagnols, par exemple. Ils sont fiers de leur équipe de football qui est devenue championne d'Europe, n'est-ce pas? De la même façon, les gens, à Gori, sont fiers qu'une homme originaire d'ici soit devenu champion du monde – du moins de sa partie soviétique."

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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