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    Bruno Falba, le talent au service du 9ème art

    Bruno Falba, le talent au service du 9ème art

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    Entretien exclusif avec Bruno Falba scénariste de Bandes dessinées qui vient de sortir un nouvel album, dans une nouvelle série L’Espion de l’Empereur. Alors que la crise frappe depuis plusieurs décennies la France, les ventes de bandes dessinées sont en constantes augmentation, tant en France, qu’en Belgique. Ce phénomène dynamique est dû à l’émergence de nombreux artistes du 9ème Art, dont Bruno Falba fait partie. Il a accepté de se pencher avec nous sur le monde de la BD. Partie 1.

    Laurent Brayard, La Voix de la Russie: Bruno Falba bonjour, vous êtes scénariste d’un art quasiment inconnu en Russie, celui de la Bande dessinée, le 9ème Art. Pourriez-vous vous présenter ?

    Bruno Falba : Je suis né dans le sud de la France dans une famille très marquée par la tradition orale. C’est elle qui m’a transmis très tôt l’amour des histoires avec un petit et un grand « H ». Enfant, j’ouvrais grand mes oreilles pour ne rien perdre de tout ce que j’entendais. Lorsque ma tante Athena ne me contait pas les nombreuses légendes de notre région, j’écoutais attentivement les opéras que chantait mon grand-père, chanteur lyrique ténor. A table, je tendais l’oreille pour savourer le passé de mes ancêtres raconté par les adultes. Pour m’encourager à lire, mes parents m’offraient de nombreuses bandes dessinées. Aussi, tout cet environnement a contribué à développer mon imaginaire... Ce qui m’a conduit tout naturellement à écrire. Mes premiers écrits sont parus dans la presse spécialisée, alors que je suivais des études en Communication. J’ai ensuite œuvré comme Game designer, avant de me tourner vers la Bande dessinée. Les principaux genres abordés dans mes albums sont l’humour, le fantastique et l’histoire. Le chant des elfes(Soleil Productions, Dark Dragon Books), dessinée par Mike Ratera, m’a permis de créer une passerelle entre ces deux derniers. Cette trilogie traite des invasions de l’Empire Romain d’Occident par les hordes d’Attila le Hun sous un nouvel angle : celui des créatures mythologiques qui peuplent nos légendes. A partir de cette série, je me suis tourné vers d’autres périodes. Ainsi,Antichristus(Vladimir Aleksic, Soleil Productions, Saga Uitgaven) parle de Bonaparte et de la campagne d’Egypte de 1798 à 1801. Confessions d’un Templier(Fabio Bono, Soleil Productions, Daedalus) raconte la fin de l’ordre du Temple et la chute des Etats Latins d’Orient, au travers du récit de son dernier Grand Maître, Jacques de Molay. Cathares(Fabio Bono, Glénat, Daedalus) aborde la question des hérétiques dans le Sud-Ouest de la France au XIIIème siècle. Le troisième et dernier tome est paru en octobre 2012. Comme vous l’avez deviné, mes époques de prédilection sont l’Antiquité, le Moyen-âge et le XVIII-XIXème siècle.

    La voix de la Russie : Bruno vous avez écrit le scénario d’une nouvelle série, intitulée L’espion de l’Empereur. Je connais bien ce personnage, nous avons eu droit dans les années 70 à une série télévisée qui nous a laissé sur notre faim et ce personnage est tout à fait incroyable. Voulez-vous nous expliquer qui il est et pourquoi l’avoir choisi ?

    Bruno Falba : Vous faites allusion à Karl Ludwig Schulmeister… Monsieur Charles, comme le nommait Napoléon. Originaire de Bade, cet audacieux personnage fut tour à tour cadet des Hussards, secrétaire, agriculteur, puis contrebandier avant de rejoindre l’armée de la Révolution aux côtés de Savary vers 1794. En 1805, ses expériences passées et sa connaissance des deux rives du Rhin, lui ont permis de servir l’Empereur des Français comme espion. Lors de la guerre contre la IIIème coalition, Monsieur Charles a joué un rôle majeur dans la prise d’Ulm en plongeant l’état-major Autrichien dans une totale confusion. Pourquoi l’avoir choisi ? Et bien tout comme vous, cher Laurent, la série télévisée que j’appréciais beaucoup, m’a laissée un peu sur ma faim. Schulmeister, l’espion de l’Empereur diffusée en France de 1971 à 1974, interprétée par Jacques Fabbri, était certes distrayante, mais les épisodes restaient éloignés des faits historiques. Une fois adulte, j’ai souhaité offrir aux amateurs de l’épopée Napoléonienne la possibilité de redécouvrir ce personnage en collant au plus prêt de la réalité. Démarrer le tome 1 par la prise d’Ulm me semblait intéressant. C’est la première fois que notre espion à fait parler de lui. D’autre part, cette victoire française est mal connue, sans doute a-t-elle été occultée par celle d’Austerlitz. Traiter de tels faits en bande dessinée m’a semblé être un moyen de les rendre plus populaires.

    La Voix de la Russie :Bruno Falba, comme je l’ai précisé, ici en Russie et en général dans les pays de l’ex Union soviétique, il y a une grande confusion entre la Bande dessinée, le manga et les comics, au point que c’est ce dernier mot qui qualifie en fait les trois d’une manière assez péjorative, reliant la bande dessinée à une sous production, à l’Amérique, à sa culture, à Coca-Cola et McDonald’s… Pourriez-vous nous expliquer ce que c’est justement que la Bande dessinée ?

    Bruno Falba : La Bande dessinée est si riche et complexe, qu’il n’est pas simple de la définir en quelques lignes. Disons, que le 9ème Art est un médium qui permet de raconter des histoires à l’aide d’une succession d’images organisées (phylactères). Celles-ci sont accompagnées ou non de textes (récitatifs, dialogues et onomatopées). Ces derniers, lorsqu’ils sont présents, sont complémentaires et indissociables du dessin. La Bande dessinée a comme principal support le papier. Elle répond à des codes de narration qui lui sont propres. Les sujets et les genres abordés (fantastique, policier, historique, etc.) sont aussi variés que les styles graphiques (humoristique, semi-réaliste, réaliste, etc.). Elle offre à ses auteurs une totale liberté de création à un coût bien moindre que les productions cinématographiques. Certaines mauvaises langues prétendent que la BD est le cinéma du pauvre, puisqu’elle ne prend pas en compte dans son budget le coût de ses acteurs, des décors et des effets spéciaux. Ce qui différencie principalement la Bande dessinée (franco-belge) du Comics (anglo-saxon), du Fumetti (italien) ou du Manga (japonais), c’est le format des livres et la narration (composition des pages, rythme des cases, etc.). Avec la mondialisation, il n’est pas rare que des genres hybrides apparaissent. Ainsi, certaines publications associent un trait asiatique à une narration anglo-saxonne sur un format franco-belge. Cependant, chaque style reste bien marqué d’un continent à l’autre.

    La Voix de la Russie : Bruno Falba, pour revenir à votre dernière œuvre, j’aimerais avoir votre avis sur le thème de l’Empire dans la bande dessinée. De votre avis, pourquoi le thème impérial a été si peu exploité dans la bande dessinée, de même que le thème révolutionnaire, alors qu’une énorme littérature concerne ce sujet, est-ce difficile de mettre en images, en BD, l’épopée impériale ?

    Bruno Falba : Force est de reconnaître que la production de bandes dessinées est largement inférieure à celle de la littérature, bien que ces dernières années aient vues de belles publications sur l’épopée impériale. Je pense notamment à Shandi, un anglais dans l’Empire (scénario de Matz, dessin de Bertail, chez Delcourt),Souvenirs de la Grande armée (scénario de Dufranne, dessin d’Alexander chez Delcourt), Surcouf (scénario : de Delalande/Surcouf, dessin de Michel chez 12 Bis), La Bataille (scénario de Richaud, dessin de Gil chez Dupuis), Ils étaient dix(scénario/dessin de Stalner chez 12 Bis) ou encore Napoléon(scénario/dessin d’Osi chez Joker) pour ne citer qu’elles. Les raisons sont nombreuses et diverses. Les amateurs de l’épopée Napoléonienne connaissent parfaitement leur sujet. Ils sont donc exigeants et attentifs. Ce qui est tout à leur honneur. Les livres sont écrits par des spécialistes et répondent aux attentes de leurs lecteurs. La Bande dessinée reste un médium consacré principalement au divertissement. Elle n’a pas pour dessein d’instruire… Ou tout au plus, de par son format (généralement 46 pages), elle ne peut que vulgariser un sujet. Même si un bon dessin vaut dix mots, cela reste limité. D’autre part, le thème impressionne les auteurs. La période est très dense. Les nations, les batailles, les uniformes sont nombreux et complexes. Sans oublier l’aspect économique. Un scénariste et un dessinateur sont rémunérés par leurs éditeurs en fonctions des pages livrées. Le prix de la page est déterminé lors de la phase de négociation du contrat. Par conséquent, le temps passé à faire de nombreuses recherches, rassembler de la documentation et travailler le dessin pour obtenir un trait parfait est long et… non rémunéré. Il est donc nécessaire de faire appel à des professionnels qui soient familiarisés avec cette époque. Dans la Bande dessinée comme dans tous les domaines, chaque auteur a sa période de prédilection. Ces dernières années, la Serbie et la Croatie nous ont révélé leurs dessinateurs. La plupart ont œuvré dans leurs pays respectifs, puis en Italie, en France, ainsi qu’en Belgique... Et leur maîtrise du dessin réaliste et de l’histoire ont donné un second souffle à l’épopée impériale en Bande dessinée.

    Laurent Brayard, La Voix de la Russie: Merci Bruno Falba nous nous retrouverons bientôt, ainsi que nos lecteurs, dans une seconde et dernière partie dans les pages de La Voix de la Russie!

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