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    L’Etat français, le plus gros trafiquant d’alcool au monde ?

    L’Etat français, le plus gros trafiquant d’alcool au monde ?

    Photo : SXC.hu
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    Voilà un scandale qui dure en France depuis de longues décennies et il est très étonnant qu’il soit passé sous silence depuis si longtemps. Bien sûr, nous sommes au fait des lois liberticides qui ont condamné les bouilleurs de cru à disparaître. Et pour lutter contre les « privilèges », sous le couvert d’une lutte contre l’alcoolisme, l’Etat français a privé les Français d’un de ses droits essentiels, et mis à mort une tradition ancestrale, se faisant, il est aussi devenu le plus grand trafiquant d’alcool de France… et peut-être du monde.

    Ce que les Français savent moins, c’est qu’en s’attaquant aux bouilleurs, l’Etat s’est acharné à tuer et à prendre sous son contrôle la fabrication des alcools traditionnels pour de fausses raisons. Dans les années 80, 90 et même 2000, puisque que le président Chirac avait prorogé la durée des « privilèges » de distillation encore détenus, la production d’alcools traditionnels, eaux-de-vie ou plus familièrement « gnôles » a été quasiment anéantie. Et puis c’était aussi faire un gros cadeau au lobby des fabricants en éliminant une concurrence bien gênante. L’hypocrisie de l’affaire, réside aussi dans le fait que les « petits vieux » qui fabriquaient encore leur alcool, de prune, de poire, leur marc, leur calva, n’étaient nullement en mesure de représenter une menace pour la santé publique.

    Et j’en sais quelque chose, moi qui fut petit-fils d’un grand amateur du « pousse café » et qui avait toujours, bien caché dans son grenier, quelques touques de « prune » ou de « poire » de la meilleure qualité… Cela faisait-il de lui un criminel ou un alcoolique ? Evidemment non, c’était certes un vrai bon vivant, un excellent cuisinier, mais personne ne pouvait dire que son alcool était la source d’un danger, ni pour son entourage, ni pour la communauté villageoise. Quand j’étais enfant, je regardais passionnément ce travail, la barrique pleine de fruits, quelque argent que je recevais pour la cueillette des poires (gare aux guêpes !)… et le droit de tourner la manivelle du broyeur ! C’était une leçon de chose… et une belle tradition.

    Alors l’Etat français centralisateur impose désormais que nous en passions par un bouilleur assermenté, pour un prix au litre décourageant et même exagéré, si l’on pense que l’Etat ne fournit rien… mais se sert. Jusque-là vous me direz, il n’y a rien de nouveau mais ce que les Français savent beaucoup moins, c’est le scandale qui frappe les vignerons. Cette noble profession, poumon économique, a fait l’objet d’une succession de lois pernicieuses, qui obligent le viticulteur à passer à la caisse de l’Etat de manière éhontée. Il s’agit en effet des fameuses taxes dont ils sont frappés à tous les niveaux, dont la plus honteuse est peut-être celle qu’ils doivent verser à l’Etat en nature : en moût, en lie ou même en vins finis…

    5 %... c’est ce que chacun d’entre eux doit remettre après chaque récolte, à l’Etat français et sous le contrôle méticuleux des Douanes françaises qui ne surveillent plus nos frontières mais sont massivement mobilisés pour exercer une étroite surveillance sur la profession des vignerons. Cette manne inconnue de l’opinion publique française est passée sous silence, elle doit toutefois être mise en corrélation avec la production nationale de vins qui s’élevait en 2011 à plus de 50 millions d’hectolitres, 60 millions il y a quinze ans. Chaque année, l’Etat français à la barbe de ses citoyens rafle donc une quantité gigantesque de matières premières destinées à la distillation qui sont ensuite revendues pour entrer dans la composition d’alcool à usage domestique, médical et surtout dans celles des spiritueux à fort titrage en ° d’alcool. Il s’agit de stocks énormes et d’un impôt de type Ancien régime, dans ce sens où il s’agit de taxer une production en nature. La République française ne le claironne pas à haute voix, mais nous sommes typiquement dans la saisie de richesses, comme un seigneur pouvait autrefois s’emparer d’un poulet, d’un cochon… ou d’un cuissage.

    L’Etat français moralisateur qui interdit les publicités sur l’alcool mais qui est l’un des plus gros fournisseurs de matières premières aux marchands de spiritueux, voilà une affaire qui étrangement ne mobilise pas beaucoup les journalistes. Pendant ce temps chaque année, les vignerons payent leur obole, et sont aussi cyniquement ponctionnés à tous les niveaux de la chaîne : ponction de la MSA sur le bénéfice, capsules « congés » pour la circulation des vins, TVA bien sûr, taxe de l’ONIVINS si vous vous enhardissez à vouloir faire vos greffons de replantation vous-mêmes, taxe écologique (sans doute la plus justifiée) et nous ne citons que les principales.

    Comme pour le tabac, objet de longue date en France d’un racket national, la législation française joue donc sur plusieurs tableaux à la fois. D’un côté en distillant un discours protecteur, moralisateur et même parfois tracassier, et de l’autre en participant activement au système, non sans dériver parfois vers de stupides restrictions qui pourraient bien tuer la « poule aux œufs d’or » voire à la séquestrer. L’Etat qu’il soit de gauche ou de droite, décidément fait feu de tout bois et les Français une fois encore sont et seront les dindons de la farce, c’est aussi qu’ils le veulent bien.

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